Quand Ikea accumule les casseroles

Publié le par angeline351

 

Quand Ikea accumule les casseroles
 

Le mea culpa du géant suédois sur son recours au travail forcé en ex RDA intervient après plusieurs autres affaires très négatives pour son image. Pas sûr, toutefois, qu’elles aient un impact sur ses résultats. Retrospective.

Mea culpa, une fois de plus. Le groupe a reconnu cet après-midi avoir eu indirectement recours au travail forcé de détenus est-allemands dans les années 80. Après le scandale de l’espionnage et la publication du catalogue « sans femme », l’année 2012 se conclut donc sur une nouvelle polémique. Sans compter les conflits sociaux qui se multiplient. Reste à savoir si toute cette mauvaise publicité peut freiner les affaires du n°1 mondial du meuble. Rien n’est moins sûr…

Quand Ikea faisait fabriquer ses meubles par des prisonniers de RDA

Accusé par d’anciens détenus est-allemands d’avoir eu recours au travail forcé dans les années 80, Ikea commandait en mai une étude à Ernst & Young pour faire la lumière sur l’affaire. L’industriel a présenté aujourd’hui à Berlin les conclusions de cette enquête. Verdict: oui, le groupe a bien recouru indirectement à des prisonniers pour fabriquer ses meubles, et oui la direction savait qu’il était possible que des détenus politiques soient envoyés dans ses usines.

« La société avait pris des mesures pour s’assurer que des prisonniers n’étaient pas utilisés mais il est maintenant clair que ces mesures n’étaient pas suffisamment efficaces », a expliqué Ikea. « A cette époque, nous n’avions pas encore les systèmes de contrôle développés actuels et nous n’avons manifestement pas fait assez pour empêcher de telles méthodes de production », a regretté Jeanette Skjelmose, une des responsables d’Ikea.

Si certains apprécient le mea culpa du suédois, tel le président de l’Union des organisations allemandes de victimes de la tyrannie communiste (UOKG) qui y voit le « début d’un travail systématique, mais aussi scientifique sur cette problématique », d’autres dénoncent le manque de légitimité et de crédibilité de l’étude réalisée par le cabinet anglais.

C’est le cas de l’Association d’aide aux victimes de la RDA, pour qui le document est « une mise en scène non scientifique ». L’association déplore que le groupe ait confié les recherches à une entité privé, « probablement moyennant finance », et non à des historiens indépendants. « Il aurait été plus simple de nous solliciter, parce que nous sommes compétents sur ce sujet », a aussi regretté Klaus Schröder, directeur d’un centre de recherche sur le régime communiste de la RDA au sein de l’Université Libre de Berlin.

Quand les femmes disparaissent des catalogues saoudiens

Début octobre, le quotidien suédois Métro publie des photos du catalogue saoudien de la marque, semblable en apparence à celui édité dans une quarantaine d’autres pays. Mais, à y regarder de plus près, un détail choque : les femmes ont été purement et simplement effacées de ses pages.

En Suède, pays ou la promotion de l’égalité des sexes est obligatoire dans les écoles depuis 1998, l’affaire passe pour  » moyenâgeuse », selon les mots de la ministre Birgitta Ohlsson. Ikea présente ses excuses et annonce dans un communiqué qu’il va « revoir ses procédures de routine et de travail pour que cela ne se reproduise plus ». Le groupe, qui concède avoir pris l’initiative de la retouche sans concertation avec son franchisé saoudien, justifie ce choix par une volonté de concilier valeurs propres et respect de la culture et de la législation locales.

Quand la direction française espionnait ses employés

Le Canard enchaîné accuse en février la filiale française du groupe de s’être procuré entre 2003 et 2009 des renseignements personnels sur des clients et salariés, notamment à Brest et Rouen. Dans la foulée,Ikea est également suspecté d’avoir espionné certains employés sur son site de Franconville de juillet 2010 à juin 2011. Cette surveillance aurait été réalisée par l’entremise d’une société spécialisée dans la gestion du risque social, Groupe Synergie Global.

En mai, après plusieurs dépôts de plaintes émanant du syndicat FO et l’ouverture d’une enquête judiciaire le 13 avril, quatre dirigeants sont licenciés, dont le directeur général Jean-Louis Baillot et le responsable de la sécurité depuis 1998, Jean-François Paris. Ce dernier, chargé de la mise en oeuvre des dispositifs de surveillance, sort de son silence fin octobre. Il dénonce alors ces procédés qui selon lui « étaient visés par la direction financière et connus de la direction générale », et assure ne pas avoir « mesuré les conséquences pénales de ses actes ». L’enquête est toujours en cours.

En attendant, le climat social se dégrade. Fin octobre, plusieurs magasins ont vu leur fonctionnement perturbé par un mouvement de grève. Les salariés dénonçaient la baisse de leur prime d’intéressement et la dégradation de leurs conditions de travail.

Quand le fondateur sympathisait avec les nazis

Ingvar Kamprad, le fondateur d’Ikea, a entretenu, pendant et après la seconde guerre mondiale, des liens avec des groupuscules nazis suédois. Il l’a d’ailleurs partiellement reconnu voici une quinzaine d’années, en révélant avoir adhéré à un mouvement de jeunesse fasciste durant la guerre, et en qualifiant cet épisode de « plus grave erreur » de sa vie et de « folie de jeunesse ». Mais un livre publié par la journaliste Elisabeth AasbrinkEt les arbres restent debout à Wienerwald, a levé le voile en 2011 sur son appartenance à un autre groupuscule, encore plus extrémiste, le Rassemblement socialiste suédois (SSS).

L’ouvrage affirmait par ailleurs que l’industriel était resté un admirateur de Per Engdahl, l’une des principales figures suédoise du nazisme. On y apprenait enfin que la Säpo, les services de l’intelligence suédoise, avait ouvert un dossier intitulé « nazi » sur le compte d’Ingvar Kamprad en 1943. Année où il avait fondé, à 17 ans, une petite entreprise nommée Ikea dans un village du sud de la Suède…

Il ne s’agit là que des polémiques les plus récentes ayant visé le roi du meuble en kit. Ikea a aussi été impliqué en 2010 dans une affaire de pots de vin en Russie, ce qui a obligé Ingvar Kamprad à présenter des excuses. Groupe familial non coté en bourse, Ikea a régulièrement été critiqué pour son culte du secret. Exemple: il n’a dévoilé ses bénéfices pour la première fois qu’en 2010.

Quand Ikea n’a jamais gagné autant d’argent

Si ces dossiers ont toujours fais couler beaucoup d’encre, ils n’ont eu en revanche aucun impact sur les résultats d’Ikea. En dépit des controverses et de la crise, la filiale française a annoncé récemment avoir enregistré des ventes en hausse de 3,2% sur son exercice 2011-2012 alors que le marché du meuble reculait de 1,8%. Et elle a indiqué vouloir ouvrir 45 magasins d’ici 2025. Au niveau mondial, le résultat net du groupe suédois, a engrangé un bénéfice record de près de 3 milliards d’euros en 2010-2011 pour un chiffre d’affaires de 25 milliards d’euros, un autre record.

Publié dans COMMUNIQUE FO

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article