> «LA FEMME C’EST SOIT LA BEAUTÉ, SOIT LA MÉNAGÈRE»

Publié le par angeline351


> «LA FEMME C’EST SOIT LA BEAUTÉ, SOIT LA MÉNAGÈRE»

Valérie Gervais, Secrétaire générale de l’Association Force Ouvrière des consommateurs (AFOC).

 

FO Hebdo: Quelle est l’image de la femme dans les publicités?
Valérie Gervais: Elle est toujours prise en étau entre deux caricatures, la femme-objet et la ménagère. Il y a d’un côté la dictature de l’apparence, avec des filles taille mannequin quel que soit le sujet de la publicité. L’an dernier, j’avais été choquée par une affiche sur le cancer du sein, un sujet qui fait consensus et qui concerne toutes les femmes, mais plutôt avancées en âge. On y voyait trois bombes, très belles et très maquillées, dans une posture lascive. Je n’ai toujours pas compris le propos. Même sur ce thème, le message est toujours le même, la femme c’est l’apparence, la beauté, la jeunesse... Le pire c’est que les photos sont souvent retouchées, elles n’ont aucune réalité et ce n’est même pas possible de leur ressembler. 

Et à l’opposé, il y a la ménagère de 50 ans...
Quand elle n’est pas objet, la femme est associée aux tâches domestiques et aux basses besognes. Par exemple, sur le visuel du dossier de presse présentant l’affichage environnemental, on voit une petite bonne femme poussant son chariot. Pourtant le développement durable est censé être en avance sur ces questions. C’est anodin, mais c’est ça qui est dramatique. Ces images banales renvoient à des stéréotypes qui ont la vie dure. 
On voit quand même de plus en plus de publicités mettant en scène des pères de famille. 
Un père rentre toujours en scène en copain alors que la mère joue très souvent le mauvais rôle. Je me souviens par exemple d’un spot où un ado se moque de sa mère hystérique. Dans 85% des familles monoparentales, ce sont les femmes qui sont chefs de famille. Les pères sont plutôt placés dans des situations avantageuses. 

FO Hebdo: Pensez-vous que ces discours publicitaires ont un impact sur la société?
Valérie Gervais: C’est comme une image subliminale qui rentre dans la tête de tout le monde. Les femmes réalisent encore 80% des tâches ménagères et les médias n’aident pas à faire progresser les choses. Si on proteste, on est ridicule et on passe pour une féministe extrémiste. Dans le parcours professionnel, c’est le même étau. La femme passe sans transition de la jeune minette sans expérience à la vieille peau, même si on ne nous le dit jamais en face. C’est mon explication du plafond de verre. 

FO Hebdo: Que faire?
Valérie Gervais: Il faut protester. Si une publicité nous choque, il est possible de saisir le jury de déontologie publicitaire*. Ce dernier peut la faire retirer pour atteinte à l’image de la personne humaine. Souvent le mal est déjà fait mais c’est mieux que rien. Les femmes sont vues comme une minorité au même titre que les immigrés ou les handicapés, alors qu’elles sont plus nombreuses que les hommes! Ce n’est ni le même registre ni le même mécanisme d’intégration, et je suis favorable à la discrimination positive pour faire avancer les choses. 

FO Hebdo: Comment expliquer alors que le combat féministe semble révolu? 
Valérie Gervais: Les femmes s’autocensurent, elles n’osent plus dire qu’elles sont féministes. Ce qui est sournois, c’est que le discours ambiant est à l’opposé des faits. On dirait que les femmes n’ont plus besoin de se battre. Pourtant il y a un recul de leurs droits, par exemple sur l’IVG qui est pratiquée dans de moins en moins d’établissements. Heureusement il y a aussi des avancées. Je me réjouis de la suppression du terme «mademoiselle» dans les documents administratifs. Une femme a énormément de mal à faire reconnaître son identité. Elle est toujours vue relativement, soit à son mari, soit à ses enfants. On ne demande pas à un homme s’il est marié. 

* http://www.jdp-pub.org/ 

Publié dans COMMUNIQUE FO

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