Des médecins accusés de sélectionner les patients

Publié le par angeline351


Des médecins accusés de sélectionner les patients
Olivier Auguste

Selon un nouveau «testing», 22 % des spécialistes à honoraires libres refuseraient les assurés en CMU.

Le calendrier ne doit rien au hasard. L'association de patients Ciss, l'Union nationale des associations familiales et la Fédération nationale des accidentés du travail et handicapés ont dévoilé lundi un nouveau «testing» auprès des médecins. Et ce, alors que l'examen de la loi Bachelot se poursuit au Sénat.

Au vu de l'enquête, ses auteurs demandent aux sénateurs de réintroduire la possibilité - supprimée en commission - de sanctionner un médecin lorsqu'un tel «testing» prouve qu'il refuse de recevoir certains patients, selon leur origine sociale notamment. Une mesure inutilement vexatoire, pour bien des médecins. Il en va du «principe constitutionnel d'égal accès aux soins», rétorque Christian Saout, le président du Ciss.

L'expérience a consisté à demander par téléphone un rendez-vous auprès de 466 spécialistes de secteur 2 (honoraires libres), en précisant bénéficier de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C).

 

«Croisade antimédecins»

En contradiction avec la déontologie et la loi, 22 % des médecins ont refusé de recevoir le demandeur, proposé un rendez-vous plus tard que pour un autre malade, refusé de pratiquer le tiers-payant ou demandé un dépassement d'honoraires (interdit en cas de CMU). Le taux de refus, nul chez les pneumologues, atteint 41 % chez les psychiatres.

5 % des médecins contactés ont été plus ambigus, proposant un rendez-vous lors d'un «jour réservé CMU» ou renvoyant vers les consultations qu'ils assurent à l'hôpital. 73 % ont accordé un rendez-vous sans difficulté.

Pour Magali Léo, du Ciss, «les refus de soins sont liés à l'impossibilité de pratiquer des dépassements, plus que par une quelconque idéologie». Mais les médecins de secteur 1 (tarif Sécu, dont la quasi-totalité des généralistes) n'ont pas été «testés». Cela ne permet donc pas d'étayer cette affirmation, que conteste Michel Chassang. Pour le président de la CSMF, principal syndicat de médecins libéraux, «si quelqu'un fait état de sa condition sociale pour obtenir un rendez-vous, le médecin se dit surtout qu'il est tombé sur un casse-pieds». Dans la pratique, très peu de personnes se présentent d'emblée comme bénéficiaires de la CMU. Le «testing» surévaluerait donc le nombre de refus, poursuit le Dr Chassang, qui dénonce une «croisade antimédecins».