SALARIES ENCOURAGES PAR LEUR REGIONAL

Publié le par olympia & Sylvie

Carrefour expose ses salariés et vante son bilan social

SOCIÉTÉ – Karine, 36 ans, travaille depuis dix-huit ans comme caissière dans un supermarché Carrefour. Elle a un contrat de 29 heures hebdomadaires. Sur sa feuille de salaire, il est indiqué 900 euros nets par mois. Pour atteindre un niveau de revenus correct, elle est obligée de travailler ailleurs parallèlement. Elle se définit comme « une employée satisfaite ». En février dernier, les employés du groupe s’étaient mis en grève pour protester contre les bas salaires et les temps partiels imposés. Aujourd’hui, Carrefour tente de redorer son image de bon employeur. Vendredi, la direction régionale lyonnaise organisait à Villeurbanne une opération de communication sur son bilan social. Une douzaine de salariés étaient présents pour parler de leur travail…

Des salariés volontaires et plutôt contents de leur sort chez Carrefour. Installées par les bons soins d’une agence de com’ sous une tente et attablés derrière de petits bureaux à la manière d’un rendez-vous de speed-dating, les employés expliquent leurs postes, détaillent leurs évolutions de carrières et parlent un peu moins facilement de leurs salaires. Ils ont devant eux une étiquette avec leur «profil». Yves est «grande école», Sandy «étudiante», Jean-Pierre «apprenti», Xavier «personne handicapée», Abdelhak  «diversité»… Karine, «hôtesse de caisse», donc, ne se sent pas instrumentalisée. «Cela montre au moins que la direction s’intéresse à nous. Que l’on n’est pas des simples pions  mais des individus qui ont une utilité dans la société».

Les employés sont encouragés par leur directeur régional à dire « tout ce qu’ils ont sur le cœur ». Pour «preuve», parmi les employés-témoins, la direction a tenu à ce qu’il ait un représentant syndical. En l’occurrence Claude Ciraolo, délégué FO (syndicat majoritaire). «Au départ, dit-il, j’étais sceptique sur la démarche et puis, à partir du moment où on est libre de dire ce qu’on veut, je trouve cela plutôt positif.» Contrairement aux autres, lui parle beaucoup de la question des salaires.

Claude Ciraolo est un ancien du groupe. Il est entré au rayon camping en 1979. Carrefour était alors une de ces entreprises où il faisait plutôt bon vivre sa condition de salarié. Les choses ont changé. Les (ex-) très fortes primes d’intéressement et de participation sont devenues portions presque congrues. Et, même s’il reste selon lui des acquis comme les 13 mois et demi qui n’existe pas forcément ailleurs dans la grande distribution, la question des petits salaires est devenu le problème numéro un.

«Après les tensions que nous avons connues en début d’année, nous avons le sentiment que Carrefour avait cristallisé de façon un peu injuste les problèmes de la grande distribution en général», se défend Jean-Marc Assael, directeur régional de la chaîne. « Nous n’avons pas les salaires de chez Google mais nous ne faisons pas les mêmes métiers. S’il l’on compare avec les autres enseignes de la grande distribution, nous avons des salaires nettement plus élevés », souligne-t-il. Certains des employés présents travaillaient auparavant dans d’autres petites enseignes, rachetées par Carrefour. C’est le cas de Karine, l’hôtesse de caisse. Pour elle, «Carrefour est incomparable», d’un point de vue social. Elle est surtout contente parce que cette année, elle va enfin pouvoir passer à 35 heures. Et donc quitter son deuxième emploi, à La Poste.

Une avancée due à la mobilisation du début d’année. En mars, sous la poussée des syndicats, la direction a en effet annoncé la fin programmée des temps partiels subis d’ici la fin 2009. Karine et les autres caissières qui le souhaitent pourront effectuer les heures qui leur manquent pour un plein temps en travaillant sur un autre poste. La direction appelle cela « la poly-activité ». Les salaires ont par ailleurs été revalorisés de 3,2 % en moyenne, 4,8 % sur les plus bas salaires.

Selon la direction, une caissière ayant plus de six mois d’ancienneté gagne 19.892 euros par an. Soit, précise Jean-Marc Assael le directeur régional, 27% de plus que le Smic. Une façon très positive de présenter les chiffres puisqu’il intègre les primes de participation et d’intéressement bloquées. En fait, le salaire de base chez Carrefour est bien le Smic. Au bout de six mois, il est de 1.382 euros bruts (le smic est à 1.308 euros) sur 13 mois et demi, auxquels s’ajoutent une moyenne de 200 euros de primes annuelles.

Environ un tiers des employés de Carrefour sont à temps partiel, dont une grande partie des caissières. «Lorsque les temps partiels avaient été créés, on pensait que ce serait une avancée sociale, explique Claude Ciraolo. Ils étaient censés permettre le retour à l’emploi des certaines femmes, mères de famille. Et puis c’est devenu un piège en devenant la règle.» Aujourd’hui, même Karine, la caissière «heureuse» l’accorde : «personne ne peut vivre avec ces temps partiels».

A.Gd.

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