ECLAIRAGE SUR LE REPOS DOMINICAL

Publié le par Olympia Sylvie & Angeline1








 

éclairage sur la loi sur le repos dominical

L’OUVERTURE DES COMMERCES LE DIMANCHE

 

En principe, les établissements industriels et commerciaux employant des salariés ne doivent pas ouvrir le dimanche.

 

Cependant, il existe des dérogations strictement énumérées par le code du travail.

 





Il est interdit d’occuper un même salarié plus de 6 jours par semaine (L.221-2 du code du travail) ;

 

Le repos hebdomadaire doit être d’une durée minimale de 24 heures consécutives (L.221-4 du code du travail) ;

 

Le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche (L.221-5 du code du travail).

 

Observations :

Ce principe ne s’applique pas aux commerçants qui exploitent seuls un fonds de commerce.

 

L’accord des salariés ne figure pas au nombre des dérogations à la règle du repos dominical énumérées par le code du travail et ne saurait donc constituer un fait justificatif.

 

 

  1. Dérogations de plein droit

 

Aucune autorisation n’est nécessaire pour l’ouverture le dimanche lorsque l’entreprise exerce l’une des activités expressément énumérées par le Code du Travail.

 

Il s’agit notamment des établissements qui exercent à titre exclusif ou principal la vente de denrées alimentaires au détail (articles L.221-16, R.221- 6-1).

 

Ces établissements peuvent employer des salariés le dimanche matin jusqu’à midi.

 

La jurisprudence constate généralement que les hypermarchés sont une catégorie d’établissements non spécialisé uniquement dans l'alimentaire et offrent à la vente divers produits sur une grande surface. Dès lors ils ne peuvent se prévaloir de cette dérogation de plein droit.

 

 

  1. Dérogations soumises à autorisation

 

· Autorisation préfectorale sur demande d’une entreprise (L. 221-6 et suivant)

Malgré le principe d’interdiction d’ouverture le dimanche, le préfet peut accorder une dérogation lorsque l’entreprise qui en fait la demande est en mesure d’établir que le repos simultané, le dimanche, serait préjudiciable au public ou compromettrait gravement le fonctionnement normal de son entreprise.

 

L’atteinte au fonctionnement normal de l’établissement est nécessairement liée à la spécificité de l’activité exercée et son importance doit être telle qu’elle met en cause la survie même de l’entreprise.

La dérogation préfectorale est accordée à titre individuel et pour une durée limitée.

 

Le préfet doit obligatoirement consulter au préalable :

· Le conseil municipal

· La chambre de commerce et d’industrie

· Les syndicats d’employeurs et de salariés

· Autorisation préfectorale sur demande du conseil municipal (L.221-8-1 du code du travail) : le cas des zones touristiques et thermales

 

Dans les communes touristiques ou thermales et dans les zones touristiques d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente, le préfet peut accorder une dérogation pendant la ou les périodes d’activités touristiques, dans les établissements de vente au détail qui mettent à la disposition du public des biens et des services destinées à faciliter son accueil ou ses activités de détente ou de loisir d’ordre sportif ou culturel.

 

La liste des communes touristiques ou thermales est établie par le préfet. Pour les autres communes, le périmètre des zones touristiques d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente est délimité par arrêté motivé du préfet pris sur proposition du conseil municipal.

 

Pour ouvrir le dimanche, l’entreprise doit formuler sa demande auprès du préfet qui dispose d’un pouvoir entier d’appréciation. L’autorisation est accordée après avis du conseil municipal, de la chambre de commerce et des syndicats d’employeurs et de salariés intéressés de la commune.

 

· Autorisation collective exceptionnelle prise par arrêté municipal (L.221-19 du code du travail)

Pour les établissements de commerce de détail où le repos dominical est en vigueur, un arrêté municipal (préfectoral pour Paris) peut accorder une autorisation exceptionnelle d’ouverture, pour un maximum de cinq dimanches par an, après avis des organisations d’employeurs et de salariés.

 

 

  1. Les arrêtés préfectoraux de fermeture (article L. 221-17 du code du travail)

 

La décision préfectorale d’interdiction va contraindre tous les commerçants d’un secteur d’activité et d’une région déterminée à fermer un certain jour de la semaine et interdire de façon générale la vente, le jour de cette fermeture, des articles faisant l’objet de cette profession.

 

L’arrêté de fermeture fait suite à un accord professionnel intervenu entre les syndicats d’employeurs et de salariés d’une profession ou d’une région.

 

Tous les syndicats concernés et présents dans le département doivent être associés à la négociation. L’accord servant de fondement à l’arrêté préfectoral doit être signé par les organisations représentatives de la profession et doit rassembler la majorité des employeurs.

 

Il appartient au préfet de s’assurer que l’accord est intervenu entre les organisations représentatives de la profession et qu’il rassemble la majorité des employeurs et salariés, syndiqués ou non.

 

  1. les sanctions

 

Le non respect de la règle du repos dominical par l’employeur peut entraîner a fermeture de l’établissement concerné et/ou l’application de sanctions civiles et pénales.

 

· Sanctions pénales (article R.262-1 du code du travail) :

Le code du travail prévoit des peines d’amende non cumulatives en cas d’ouverture ou de travail dominical non autorisé et d’infraction à la réglementation sur le repos hebdomadaire.

 

Le non respect d’un arrêté de fermeture est passible d’une amende de 1500€ au plus, pouvant être portée à 3000 Euros en cas de récidive.

 

Les infractions au repos dominical sont réprimées par une amende de 1500€ au plus, pouvant être portée à 3000 € en cas de récidive ;

 

Les infractions donnent lieu à autant d’amende que de salariés concernés et que de dimanches travaillés.

 

C’est au Ministère Public (Procureur de la République) de mettre en mouvement l’action publique et faire juger l’employeur.

 

Tout syndicat régulièrement constitué a qualité pour défendre l’intérêt de la profession. Il peut devant toutes les juridictions exercer tous les droits réservés à la partie civile relativement aux faits portant un préjudice direct ou indirect à l’intérêt collectif de la profession qu’ils représentent.

 

La plainte du syndicat peut être adressée directement au procureur de la République. Il faut adresser une lettre sur papier libre au tribunal de grande instance du lieu de l'infraction ou du domicile de l'auteur de l'infraction.

 

La lettre doit notamment préciser :

· l'état civil complet du plaignant,

· le récit détaillé des faits, la date et le lieu de l'infraction,

· la description et l'estimation provisoire ou définitive du préjudice,

 

Décisions possibles du procureur :

 

Classement sans suite

Le procureur décide de classer la plainte et de ne pas poursuivre. Le plaignant reçoit un avis de classement sans suite qui doit être motivé. Si celui-ci conteste cette décision, il peut former un recours auprès du procureur général ou déposer une plainte avec constitution de partie civile.

 

Citation directe

Si l'affaire est simple, le procureur peut utiliser la citation directe. Il saisit alors directement le tribunal et convoque le plaignant pour le jour de l'audience où l'affaire sera examinée.

 

Ouverture d'une information judiciaire

Enfin, le procureur de la République peut aussi décider l'ouverture d'une information.

Il demande alors la désignation d'un juge d'instruction afin de recueillir tous les éléments utiles à la manifestation de la vérité. Le juge d'instruction pourra déléguer ses pouvoirs à d'autres magistrats ou à des officiers de police judiciaire. Dans ce cadre, le plaignant peut être convoqué par le juge d'instruction ou par les experts.

 

Si malgré la plainte simple le procureur de la République a décidé de classer l'affaire et de ne pas poursuivre, il est possible de forcer les poursuites en citant directement l'auteur de l'infraction devant le tribunal compétent ou vous constituer partie civile devant un juge d'instruction.

 

L'assistance d'un avocat n'est pas obligatoire, mais peut être précieuse.

Le juge d'instruction détermine une certaine somme d'argent (consignation) pour les frais de procédure.

Cette somme sera remboursée à la fin du procès si la constitution de partie civile n'est ni abusive, ni dilatoire.

 

· Sanctions civiles :

L’employeur peut être condamné à verser des dommages et intérêts au salarié en réparation du préjudice subi ou à une organisation professionnelle pour atteinte portée à l’intérêt de la profession.

 

D’autre part, les commerçants concurrents ayant subi un préjudice de fait de l’ouverture irrégulière d’un commerce le dimanche, peuvent demander des dommages et intérêts pour concurrence illicite et déloyale.

 

· La fermeture de l’établissement :

La violation délibérée de l’interdiction de l’emploi des salariés le dimanche constitue à elle seule un trouble manifestement illicite auquel il doit être mis fin.

 

Le président du Tribunal de Grande Instance du siège du magasin peut d’office, en référé, ordonner la fermeture du magasin le dimanche.

Il peut également, à cette fin, être saisi par un syndicat de salariés ou l’employeur dans la mesure ou la méconnaissance de la règle du repos dominical rompt l’égalité et porte atteinte aux intérêts collectifs de la profession.

Il peut assortir sa décision d’une astreinte qui sera due en cas de non respect de la décision.

Le référé est une procédure d’urgence qui permet d’obtenir dans des délais très courts une décision de justice.

S'adresser au greffe du tribunal de grande Instance pour fixer la date de l'audience. Dans les cas très urgents, l'audience peut avoir lieu même un jour férié.

Faire signifier par huissier de justice (la liste figure au greffe du tribunal) la date et l'heure de l'audience à son adversaire.

 

Les deux parties comparaissent à l'audience et sont entendues par le juge des référés. Ce dernier rend sa décision sur-le-champ sous forme d'ordonnance. L'ordonnance est exécutive dès sa signification, quelquefois immédiatement.


Lundi 1 octobre 2007
En France, le dimanche est devenu jour de repos et de la famille après une longue mutation qui s’amorça au milieu du XVIIIème siècle pour s’achever en 1906. En ce début de XXIè siècle, vivement remis en cause, le repos dominical mérite bien que l’on retrace ses années de luttes et de débats.

 

En effet, des Philosophes des Lumières, farouches anticléricaux et libéraux, jusqu’au Premier Empire autoritaire, ont jugé à l’instar de Napoléon que si « le peuple mange le dimanche, il doit pouvoir travailler le dimanche. » Cependant entre 1802 et 1814, le dimanche chômé est prévu pour les administrations publiques et les institutions judiciaires.

 

Si aujourd’hui cela peut nous surprendre, c’est sous la Restauration, en 1814, qu’une première loi imposa le repos dominical. Mais cette dernière qui prévoyait des sanctions financières et pénales à l’encontre de ses contrevenants, tomba progressivement en désuétude.

 

En parallèle, héritée du mouvement révolutionnaire de 1789, naît dans le milieu ouvrier la culture contestataire de la "St Lundi". Ces défendeurs du lundi chômé refusaient le symbole religieux contenu dans ce 7ème jour de la semaine ; ces laïcs militants profitaient également de cette journée de repos pour organiser des meetings politiques, les rassemblements syndicaux et les déjeuners citoyens.

 

Avec l’arrivée des Républicains en 1879, une série de dispositions législatives et réglementaires laïcisent le pays. En 1880 ils votent l’abrogation de la loi de 1814, du même coup celle du repos dominical. L’employeur est seul juge pour accorder ou non un jour de repos hebdomadaire et libre de fixer ce jour. Mais une forte opposition va naître contre cette loi rassemblant aussi bien les membres du clergé, la droite traditionaliste, les partisans de la familles, des socialistes réformateurs ou encore des médecins hygiénistes alertés par les conditions de travail et de santé des employés. Leurs nombreux arguments sont aussi divers que variés : renforcement du lien familial garant des bonnes mœurs, éducation de la masse ouvrière par des activités culturelles inaccessibles en semaine, repos du corps, diminution du risque de délabrement physique ou moral, augmentation de la productivité, le devoir d’assister à la messe, l’unification du rythme de vie de tous les citoyens, mais aussi faciliter la tâche… de l’inspection du travail ! De plus la déchristianisation étant assez avancée et les preuves de la laïcité de l’Etat faites, le caractère religieux du dimanche peut passer largement au second plan. Mais au sein du mouvement ouvrier comme chez certains grands patrons, c’est un tollé. L’attention y est surtout focalisée sur la mise en place ou non des « trois-huit » et de nombreuses raisons de réticence au dimanche chômé subsistent. Certains craignent une baisse conséquente des salaires, d’autres y voient une entrave à la liberté du travail ou encore un renforcement de l’emprise cléricale et surtout une mesure de plus prise dans le processus de « disciplinarisation » de la main-d’œuvre.

 

 

Finalement après de multiples débats houleux, le repos hebdomadaire, pour le privé comme pour le public, pour les femmes comme pour les hommes, est fixé au dimanche. Mais ce n’est qu’après la guerre de 14-18 qu’il sera réellement appliqué et encore avec des difficultés -comme toujours- dans l’industrie et le commerce. Notons également qu’en 1917, la semaine anglaise apparaît – bien que confinée dans un cadre étroit puisque appliqué uniquement aux ouvrières du textile ; cette mesure sera appelée « le samedi du balai ». Elle sera finalement généralisée en 1936, lors de la mise en place de la semaine de quarante heures qui prolonge sensiblement le repos hebdomadaire ; la semaine de cinq jours était née.

 

Malheureusement, on assiste depuis les années 1980, au développement de groupes de pressions financiers, commerciaux ou industriels, avides de main-d’œuvre peu onéreuse et toujours disponible, souhaitant grandement l’abrogation de la loi de 1906. Outre la rentabilité économique et l’augmentation des emplois, les arguments invoqués détournent les arguments familiaux de 1906 : cela répondrait à une demande des consommateurs de faire leurs courses et activités culturelles le dimanche. En 1989, un rapport du Conseil Economique et Social a cependant détruit un à un ces arguments en affirmant qu’au contraire cela entraînerait la destruction du commerce de proximité, l’affaiblissement financier des fournisseurs, le développement du consumérisme et par-dessus tout, l’exclusion familiale et sociale des employés travaillant le dimanche. Une circulaire ministérielle en 1994 rappellera encore « ce principe fondamental du repos dominical […] Le respect de cette réglementation constitue à la fois une règle protectrice des salariés et une condition du maintien de l’égalité entre commerçants ». On aimerait pouvoir saluer plus souvent le juste regard de nos gouvernants…

Souhaitons que nos ministres aillent rapidement faire un tour dans leurs archives, cela leur évitera d’une part de se contredire tous les dix ans et d’autre part d’oublier ces siècles de combats d’hommes et d’idées de tous bords, pour ce repos, pour tous, le dimanche.

Mardi 25 septembre 2007
La lutte pour réduire le temps de travail
LA LOI SUR LE REPOS HEBDOMADAIRE OBLIGATOIRE
 

Trente ans avant les congés payés arrachés par la grève généralisée lors du Front populaire, la CGT obtient enfin le dimanche chômé.
Mais aujourd’hui c’est le lundi de Pentecôte que les pouvoirs publics suppriment.

 

Le 13 juillet 1906, le Parlement vote la loi Sarrier, instaurant le repos dominical obligatoire de 24 heures pour les ouvriers et les employés de commerce. Mais la bataille fut rude pour obtenir cette avancée, parfois même gradjouan-2776.jpgcontre des personnes inattendues.

 

Ce combat se situe dans le contexte de l’abaissement du temps de travail. La loi du 30 mars 1900, appliquée à partir de 1904, instaure la semaine de 60 heures.

 

Nous sommes encore loin des quinze jours de congés payés de 1936, mais le dimanche chômé est le bienvenu, d’autant qu’il revient de loin. Ce repos dominical avait été précédemment instauré le 18 novembre 1814, sous la pression de l’Église qui souhaitait que les travailleurs puissent se rendre à la messe du dimanche matin. Mais, le 12 juillet 1880, cette loi est abrogée par des députés anticléricaux bornés qui n’ont pas compris qu’ils renvoyaient ainsi à l’atelier des ouvriers brisés par la fatigue.

 

Pourtant, le grand penseur anarchiste, Proudhon, peu soupçonnable de «jésuiterie curaillonne», avait publié une brochure au titre évocateur: «De la célébration du dimanche considérée sous les rapports de l’hygiène publique, de la morale, des relations de famille et de cité». Dans la même veine, le docteur Féré écrivait à cette époque: «Le repos hebdomadaire autorise une restauration des poumons, un rétablissement de la circulation sanguine et de l’activité sensorielle, un apaisement du système nerveux, une reviviscence des capacités d’attention et de raisonnement logique. Le respect du dimanche désamorce le surmenage.»

 

UNE LOI DÉTOURNÉE

 

Jaurès militait aussi pour le dimanche chômé et la CGT appelait à «la grève générale du dimanche».

 

En effet, de 1880 à 1906, les ouvriers devaient passer leurs dimanches matin à nettoyer leurs machines. Dès 1889, le député Nadaud a voulu supprimer la loi de 1880.

 

Pourtant, une fois votée, la loi Sarrier sera largement amputée. Les préfets autorisent 13 000 dérogations, surtout pour le petit commerce. Si des employeurs font travailler le dimanche sans dérogation, ils doivent payer une contravention de… un franc! Vingt-neuf mille contraventions ont été dressées en 1906; même nombre en 1907.

 

Et cette situation perdure aujourd’hui. En 2000, vingt mille commerces ont ouvert illégalement, surtout dans l’alimentation et la grande distribution, bien que le repos dominical soit inscrit dans le Code du travail. Dans cette volonté de s’en prendre au repos dominical, le député Patrick Balkany a déposé une proposition de loi le 30 janvier 2003 pour autoriser l’ouverture du dimanche dans tous les commerces de détail. Enfin, le 30 juin 2004, le gouvernement Raffarin a instauré la fameuse «journée de solidarité» rendant le lundi de Pentecôte travaillé, mesure qui ne touche, comme d’habitude, que les salariés.

http://www.force-ouvriere.fr/1906/index.asp?dossier=4000


Jeudi 2 août 2007
 
La loi sur le repos hebdomadaire
 
Force Ouvrière n°506, daté du 27 octobre 1955.
 
La condition du travail était jadis si dure et si inhumaine que la classe gav-pres.jpglaborieuse n’avait même pas droit au repos du dimanche. Les patrons se souciaient fort peu de la santé morale et physique des ouvriers, car ils exigeaient 16 à 18 heures de travail par jour; leur but était de les exploiter jusqu’à l’extrême limite de leur capacité et de leur force, sans leur donner toutefois un minimum de bien-être.
 
Il est vrai, rappelons le, qu’une loi du 18 novembre 1814, sous le régime de la Restauration, prescrivait «le repos dominical», mais cette loi les patrons ne la respectaient pas. De même que la loi, promulguée en 1848, qui fixait la durée du travail à douze heures par jour, ne fut jamais appliquée par le patronat.
 
Seules, pour «la protection» des ouvriers mineurs, les lois de 1841 et 1874, et, pour les femmes, celle de 1892, instituèrent le principe du repos hebdomadaire. Puis la loi du 12 juillet 1880 abrogea simplement la loi de 1814 sur le «repos dominical», au nom de la laïcité et de la liberté du travail.
 
Mais la classe ouvrière ne renonça pas pour cela à revendiquer périodiquement le repos hebdomadaire. C’est ainsi que le Congrès de la CGT, tenu à Rennes, en 1898, vota la résolution suivante: «Parmi les revendications formulées par un grand nombre de travailleurs, il en est une dont l’acceptation immédiate s’impose, c’est le repos hebdomadaire. Il faut que le prolétaire puisse au moins se reposer un jour sur sept. C’est à cette condition seulement qu’il pourra être un homme et non une bête de somme, incessamment attelée à son fardeau.»
 
Dès lors, la Confédération Générale du Travail fit une campagne vigoureuse et inlassable pour le repos hebdomadaire. Après neuf ans de lutte, la loi du 13 juillet 1906 instituait le repos hebdomadaire d’une durée minimum de 24 heures consécutives, en stipulant qu’il est interdit formellement d’occuper plus de six jours par semaine un employé ou un ouvrier dans un établissement. Cette loi est insérée dans le livre II du Code du Travail, sous les articles 30 à 50 b, 93 et suiv. 1958 et suiv.
 
Cette loi cependant ne fut pas accueillie avec enthousiasme par la classe ouvrière, mais la presse syndicale et socialiste de l’époque l’avait enregistréepouget.gif néanmoins avec une certaine satisfaction. «Bien que cette loi, écrivait le syndicaliste Émile Pouget, laisse la porte largement ouverte à toutes les roueries patronales, car les dérogations prévues sont nombreuses, cette loi sanctionne les améliorations obtenues par l’activité consciente des intéressés. L’avantage de la loi sera, grâce à l’initiative syndicale, de faire bénéficier du repos hebdomadaire, les couches ouvrières encore inconscientes» [1]. Dans L’Humanité de Jean Jaurès, Louis Revelin reconnaît l’imperfection de la loi qui «offre à l’imagination subtile des capitalistes, des combinaisons infiniment variées, mais qui cependant affirme le principe du repos hebdomadaire. Elle donne aux droits acquis par l’action ouvrière la force légale. La réforme réalisée à une valeur incontestable: elle est le commencement d’une réforme plus décisive et plus profonde.» [2]
 
En effet, onze ans plus tard, en 1917, une loi accordait aux ouvriers le bénéfice de la semaine anglaise et plus tard ils obtenaient le congé des jours fériés.
 
Si la loi de 1906 sur le repos hebdomadaire ne resta pas lettre morte et devint une réalité, c’est que les organisations syndicales, comme le disait Émile Pouget, ont su en imposer l’application générale.
 
René Gibère
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