LE JACKPOT:

Publié le par Olympia & Sylvie

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rise financière
LES BANQUIERS DÉCROCHENT LE JACKPOT

Pour assurer la continuité du système bancaire, les fonds publics mobilisés en Europe pourraient s’élever à plus de 1.700 milliards d'euros. En France l’addition des contribuables risque d’atteindre, à terme, 360 milliards d’euros.

On rassure bien les marchés! Après le sommet de crise des pays de l’Eurogroupe, dimanche soir à Paris, les chefs d’Etats et de gouvernement ont tour à tour décliné leurs plan nationaux pour rétablir la «confiance» sur les marchés financiers. Au bout du compte, l’addition risque d’être bien salée pour les contribuables européens. En incluant le dispositif de l’Angleterre, qui n’appartient pas à la zone euro, les fonds publics mobilisés et destinés à recapitaliser ou garantir le financement des banques pourraient en effet s’élever à plus de 1.700 milliards d'euros. C’est plutôt cher payé pour «récompenser» l’irresponsabilité de banquiers.

Présenté lundi par le président Nicolas Sarkozy, le plan de sauvetage français est estimé à 360 milliards d’euros. Pour éviter toute faillite bancaire, environ 40 milliards d’euros sont prévus pour investir dans le capital des établissements financiers, dont les fonds propres ont besoin d’êtres renforcés ou consolidés. Ces investissements au coup par coup prendraient alors la forme d’une participation ou d’une nationalisation pure et simple à travers la future SPPE, Société de prises de participation de l'Etat (voir notre article du 10 octobre 2008). Les 320 milliards d’euros restant doivent servir à alimenter jusqu’au 31 décembre 2009 un fonds de garantie des «prêts interbancaires». Lequel sera réservé aux établissements financiers ayant des actifs insuffisants pour recourir à des emprunts auprès de leurs pairs. Une sorte de caution publique censée relancer la circulation d’argent entre les banques.

Explication. Selon les règles en vigueur, pour distribuer 100 euros de prêt aux entreprises ou aux particuliers, une banque doit posséder au minimum 9 euros en réserve. Et lorsqu’elle veut octroyer plus de crédits que ne lui autorisent ses réserves, elle est notamment obligée de s’adresser à ses concurrentes. Or, depuis le début de la crise les établissements financiers ne se font plus «confiance». Ils ne se prêtent plus aussi facilement de l’argent qu’avant. Une défiance dès lors considérée comme l’obstacle majeur à toute sortie de crise. D’où cet engagement de l’Etat à jouer quoi qu’il arrive le rôle d’une société d’assurance du marché des «prêts interbancaires». En cas de défaillance d’une ou plusieurs banques, il devra rembourser ainsi les emprunts contractés sur ce marché.


Concrètement, les banques qui souhaitent bénéficier de la garantie publique devront s’acquitter d’une sorte de «cotisation d’assurance (intérêts sur l’emprunt) et «gager» en contrepartie un certains nombre d’actifs «sains» (prêts immobiliers, prêts aux collectivités publiques…). Autrement dit, si une banque reste insolvable, l’Etat la nationalisera en récupérant les titres ou créances «gagés». Afin de faire face à la demande des établissements de crédit (impossible aujourd’hui à chiffrer), l’Etat empruntera à son tour sur le marché financier via une «caisse de refinancement». En clair, l’Etat s'endettera pour prêter aux banquiers.

«Le pari raisonnable que nous faisons est qu'en apportant cette garantie, nous n'aurons pas à la faire jouer (…). L'encours total des prêts garantis est plafonné à 320 milliards d'euros. Ce chiffre est un maximum qui ne sera sans doute jamais atteint. Il ne représente en aucun cas un coût pour le contribuable puisqu'il s'agit d'une garantie qui ne jouera qu'en cas de défaillance d'un établissement. En l'absence de défaillance, le contribuable sera gagnant du montant des commissions encaissées sur les garanties souscrite», a expliqué lundi M. Sarkozy. Mais, le ministre du Budget, Eric Woerth reconnaissait le même jour que ce plan «augmentera la dette» de l'Etat. Reste à savoir dans quelles proportions.

On le saura peut être à l’issue de l’adoption du projet de loi de finances rectificative devant notamment instituer la SPPE et cette «caisse de refinancement» chargée d'alimenter à moyen terme le système en liquidités. Précisions de la ministre de l'économie, Christine Lagarde, les utilisateurs potentiels des deux dispositifs devront s’engager à distribuer des prêts aux ménages, aux entreprises et aux collectivités territoriales et respecter le «Code de bonne conduite» sur les rémunération des patrons proposé la semaine dernière par le MEDEF. Pour le premier engagement, c’est la moindre des choses. Pour le second, c’est plus cocasse au regard du peu contraignant «Code de bonne conduite» (voir notre article du 7 octobre).

Le plan dévoilé lundi «est mot pour mot ce qu'on voulait», dixit un commentaire saisi à la volée par l’AFP dans une salle de marché. Mais pour M. Sarkozy, «quand la crédibilité des institutions financières se trouve à ce point atteinte», il est logique que «tout le monde se tourne vers les institutions publiques». Quitte à les tourner en bourrique… Mercredi à la mi-journée, la Bourse de Paris était en net recul. Après avoir fortement rebondi lundi et mardi, le CAC 40 à cédé en effet près de 3%. Qui veut gagner des milliards?

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Olympia & Sylvie
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