L’AUSTÉRITÉ POUR LES AUTRES

Publié le par angeline351



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Le Premier ministre justifie l’utilisation de fonds publics pour sauver les établissements financiers et annonce qu'il y aura «des conséquences sur l'activité, sur l'emploi et le pouvoir d'achat des Français».

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  Avec la mobilisation (sans scrupules) de milliards d’argent public qu’il injecte ces temps-ci pour sauver des groupes privés, on aurait pu penser que le gouvernement ait tiré quelques leçons de la crise financière actuelle, en renonçant par exemple à la rigueur budgétaire alors que s’installe la récession. Que nenni. Mercredi, lors du débat consacré à cette crise à l’Assemblée nationale, le Premier ministre, François Fillon, a exclu toute idée de relance de l’économie et de la consommation, via notamment une politique active de l’emploi et de soutien au pouvoir d’achat des ménages.

«L'urgence, c'est de répondre au problème de liquidité sur le marché interbancaire», a lancé M. Fillon devant les députés. Il a annoncé dans la foulée que la France allait se doter d'une société publique capable – au coup par coup et en empruntant sur le marché – d'aider les banques françaises qui seraient menacées de faillite… dans l’espoir de rassurer la Bourse. La nouvelle Société de prises de Participation de l'Etat (SPPE) permettra aux pouvoirs publics, a-t-il insisté, de «maîtriser la stratégie et la gestion» des établissements bancaires sauvés. Histoire de rassurer les contribuables, il a précisé que les interventions de l'Etat seront «réactives» et «temporaires», c’est-à-dire que ses éventuelles participations seront revendues, «si possible avec une plus-value». Autrement dit, l’Etat n’aura pas vocation à rester dans le capital de ces banques une fois leur situation redressée.

Si le Chef du gouvernement a prétendu ainsi expliquer pourquoi il est si prompt à mettre la main à la poche pour sauver le système financier, il s’est refusé à mobiliser des fonds publics pour relancer l’activité, ce qui s’imposerait tout autant. Selon lui, «la crise ne nous donne aucune raison de relâcher la discipline que nous nous sommes imposée en matière de finances publiques» car «notre politique budgétaire est adaptée à la crise: ni laxiste, ni récessive». Il a enfoncé le clou en affirmant que le budget devrait faire même office de «stabilisateur» dans la tempête : «le taux de prélèvements obligatoires n'augmentera pas et toute reprise de la croissance sera mise à profit pour le baisser d'ici 2012». Le Premier ministre entend dès lors maintenir tels quels ses objectifs en matière de réduction des dépenses publiques, à travers notamment la suppression de 50.000 postes de fonctionnaires et la poursuite de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP). A part ça, il s’est voulu «lucide»: «nous savons que l'Europe sera rudement affectée par le ralentissement. Nous savons que la France le sera aussi. Il y aura des conséquences sur l'activité, sur l'emploi et le pouvoir d'achat des Français. Il serait absurde et irresponsable de le nier».

En attendant, rien n’est prévu pour limiter les conséquences puisque M. Fillon n’a à aucun moment parlé de relance. De fait, parmi les mesures inscrites dans le budget 2009 en direction des ménages depuis l’aggravation de la crise financière, seule la majoration de 152,45 à 220 euros de la «prime de Noël» qui est attribuée à certains bénéficiaires de minima sociaux constituera une dépense publique nouvelle. Quant à la politique de l’emploi, le gouvernement compte sur les 60.000 contrats aidés et précaires décidées en juillet, pour jouer opportunément le rôle «d'airbags» aux chocs de la crise, dixit le ministre de l’emploi.

C’est pourquoi, écrit Jean-Claude Mailly (FO) dans son dernier édito publié dans FO Hebdo, «l’austérité budgétaire est (…) le contraire de ce qu’il faut faire» et «c’est le moment de revoir certaines dispositions, telles celles du bouclier fiscal, qui ont concerné les plus riches». Pour lui, «une chose est sûre: quand on réclamait (propositions à l’appui) 12 milliards d’euros pour les retraites, on nous trouvait irréalistes. C’est pourtant une goutte d’eau par rapport à ce qui est engagé ces temps-ci». Et le leader de FO de s’interroger face à ces deux poids, deux mesures: «qui peut encore oser dire que la lutte de classe n’existe pas?».
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