Royaume-Uni : le phénomène du « Virer puis réembaucher » inquiète Dans le contexte du Brexit et de la crise sanitaire, de plus en plus d’employeurs britanniques font pression sur leurs salariés afin de les licencier et les réembaucher à des conditions inférieures. Il s’agit du Fire and rehire (« virer et réembaucher »), une pratique qui a tendance à se renforcer et que dénonce FO.

Publié le par angeline351

Royaume-Uni : le phénomène du « Virer puis réembaucher » inquièteDans le contexte du Brexit et de la crise sanitaire, de plus en plus d’employeurs britanniques font pression sur leurs salariés afin de les licencier et les réembaucher à des conditions inférieures. Il s’agit du Fire and rehire (« virer et réembaucher »), une pratique qui a tendance à se renforcer et que dénonce FO.

C’est la pratique alarmante du moment dans les

entreprises britanniques. A ce jour, au moins treize groupes britanniques, dont British Airways, British Gas, ou encore la célèbre chaîne de supermarchés Tesco, se sont livrés à ce procédé controversé : le Fire and rehire (littéralement, virer puis réembaucher). 
 

Marjorie Alexandre, Secrétaire confédérale au secteur International de FO résume le procédé : Le salarié se voit proposer un licenciement pour être ensuite réembauché avec des conditions de travail moins avantageuses qu’auparavant, soit en termes de salaire, de temps ou de conditions de travail. S’il refuse, il est licencié définitivement. Dans tous les cas, cela représente un avantage pour l’employeur. C’est une forme de chantage à l’emploi. Le but de la manœuvre est bien sûr de faire réaliser des économies à l’entreprise, en réduisant pour l’employeur coût d’emploi et obligations.

500 salariés licenciés en avril
En avril dernier, l’affaire British Gas, fournisseur d’énergie britannique, avait ému la presse outre-Manche. L’entreprise a placé ses 20 000 employés face à un cruel dilemme : accepter de signer un nouveau contrat de travail prévoyant 3 heures hebdomadaires de travail supplémentaires (pour arriver à 40 heures), y-compris les week-ends et jours fériés, sans compensation salariale, ou bien perdre leur emploi. Devant une telle pression, la plupart a ont accepté, mais 500 ingénieurs ont refusé et ont donc été licenciés. 

D’autres entreprises se sont engouffrées dans la brèche. Les chauffeurs de bus de la ville de Manchester par exemple, ou encore les travailleurs de l’usine de café Jacobs Douwe Egberts sont ainsi confrontés eux aussi à la pratique du Fire and rehire et sont en conflit avec leur direction.

D’autres employeurs risquent encore de tenter d’user de cette méthode, surtout dans le contexte actuel, indique Marjorie Alexandre. Le marché du travail anglais est aujourd’hui très précarisé, avec une grande flexibilité, et il est encore plus fragilisé par le Brexit. Certaines entreprises, sous prétexte d’une adaptabilité au marché actuel, en profitent pour modifier les termes des contrats. Et en particulier, le temps de travail.

Le temps de travail au cœur des préoccupations
C’est un sujet de préoccupation majeur de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) où le temps de travail est de plus en plus souvent remis en question par le groupe employeurs. Pour mémoire, la toute première convention de l’OIT, qui date de 1919, avait mis en place une réglementation de la durée du travail, traduisant pour la première fois dans un texte réglementaire international, la première des revendications du mouvement syndical international. Cette norme garantit, encore aujourd’hui, un cadre permettant de réglementer les heures de travail, le repos hebdomadaire, les congés annuels payés, le travail de nuit ainsi que le travail à temps partiel des travailleurs.

Le TUC, soutenu par les affiliés de la Confédération européenne des syndicats, dont FO, revendique par ailleurs le maintien des acquis sociaux de l’Union européenne, notamment en termes de temps de travail, pour les travailleurs britanniques, dans le contexte du Brexit.

Le système du Fire and rehire n’hésite pas, lui, à revenir sur le temps de travail des anciens contrats, en imposant aux salariés concernés de travailler davantage sans compensation salariale.
Ce phénomène n’est pourtant pas nouveau, précise la secrétaire confédérale. C’est légal au Royaume-Uni, mais également au Canada. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que cette pratique se soit répandue en 2020 et 2021, en plein cœur de la crise sanitaire. Le Trades Union Congress (TUC, confédération syndicale britannique), estime qu’en 2021, près d’un employé sur dix en Angleterre a été confronté à ce procédé. 

La crise ne peut être un prétexte
 
Les premiers touchés sont les travailleurs les plus vulnérables : jeunes, femmes, travailleurs issus de l’immigration ou ceux qui ne sont pas syndiqués. Un constat d’autant plus inquiétant qu’il s’inscrit dans une logique mondiale, comme le rappelle la responsable de la branche internationale de FO. Lors de la crise du Covid, la Confédération syndicale internationale a relevé de nombreuses attaques contre les libertés démocratiques, syndicales, contre les travailleurs. A FO, nous rappelons que cette crise ne peut être en aucun cas un prétexte pour remettre en question les droits fondamentaux des travailleurs. 
 
Et de préciser que, parmi les treize entreprises recensées pratiquant le Fire and rehire, neuf ont fait des bénéfices au cours des années 2020 et 2021 ou bien ont augmenté la rémunération de leurs dirigeants. De plus, des aides publiques du gouvernement britannique ont été distribuées aux entreprises anglaises, destinées à la protection de l’emploi et non à son affaiblissement. 

Pour FO, la vigilance s’impose
Doit-on craindre un Fire and rehire en France ou dans l’Union Européenne ? Probablement pas, explique Marjorie Alexandre, dans la mesure où ce procédé exigerait la consultation des partenaires sociaux qui évidemment s’y opposeraient. En France, le licenciement sans motif justifié ouvre droit pour le salarié à des actions prud’homales pouvant mener à l’obtention d’indemnités financières conséquentes en fonction notamment de l’ancienneté dans l’entreprise.

Mais souligne-t-elle, Nous devons rester vigilants afin que cette idéologie libérale ne se répande en Europe et dans le monde et porte atteinte aux salariés fragilisés par ce contexte général d’incertitude du marché de l’emploi lié à la crise sanitaire. Côté britannique, le TUC demande la modification de la loi afin de faire interdire la pratique du Fire and rehire.

 MAUD CARLUS

 

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