Qui sont les étudiants pauvres en 2021?

Publié le par angeline351

Qui sont les étudiants pauvres en 2021?

Selon une étude de l'association Co'p1 Solidarités étudiantes, les femmes et les étudiants internationaux sont sur-représentés parmi les bénéficiaires de ses paniers alimentaires et près des trois quarts ne bénéficient d'aucune bourse.

A un moment, je ne me nourrissais plus que de pizzas à 1,50 euro: matin, midi, soir... toute la semaine. Je n'avais pas assez pour m'acheter du pain, de la viande...", témoigne l'un des milliers d'étudiants qui sont allés percevoir un colis alimentaire à la permanence de l'association Co'p1 dans le IIIe arrondissement de Paris. Un autre raconte: "il y a bien des fois où je saute des repas. Je ne prends pas de déjeuner et parfois de dîner quand j'ai trop de travail ou quand je n'ai plus assez d'argent, ou même à cause du couvre-feu parce que je finis souvent à 21h."
On en parle peu dans le débat public, comme si c'était devenu une fatalité ou un passage obligé, mais de nombreux étudiants vivent dans la pauvreté et ne mangeraient pas à leur faim sans l'aide d'ONG telles que le Secours Populaire, les Restos du Cœur et cette récente association baptisée Co'p1, créée il y a seulement quelques mois par une dizaine d'étudiants pour venir en aide à leurs congénères en difficulté. Son succès a hélas été énorme puisque cette structure au départ très informelle qui a bénéficié de l'aide logistique d'autres associations, de commerçants qui fournissent leurs invendus alimentaires et de la mairie de Paris

 compte aujourd'hui 450 bénévoles. "Au début, au mois d'octobre 2020, on distribuait 150 à 200 paniers par semaine, aujourd'hui, nous en sommes à 750", révèle Paul Bordron, co-fondateur de Co'p1. 

Très vite, en voyant la file d'attente devenir de plus en plus longue devant leur permanence, et les rangs des bénévoles grossir presque aussi rapidement, les fondateurs de Co'p1, eux-mêmes étudiants en Sciences Politique et en droit notamment, ont eu l'idée de poser quelques questions aux bénéficiaires, tous étudiants (un justificatif leur étant demandé).

Un mépris des responsables politiques
"Nous nous sommes fait aider par des sociologues dans la conception d'un questionnaire, la manière de l'administrer et le traitement des résultats", explique Paul Bouscary, l'étudiant responsable de cette étude. Il s'agissait pour eux d'apporter des éléments concrets et irréfutables permettant d'ouvrir les yeux des responsables politiques et académiques. Même si encore une fois, leur action bénévole et les chiffres et témoignages qu'ils livrent aujourd'hui se veulent non partisans, ces étudiants ont toujours en travers de la gorge la phrase de Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, qui lorsqu'on lui a demandé s'il n'était pas nécessaire d'envisager un revenu minimum ou RSA pour les étudiants précarisés par la crise et la pandémie, avait répondu: "à 20 ans on ne devrait quand même pas avoir comme ambition de toucher des allocations".

Ces bénévoles demandent que l'on s'attarde sur le sort des jeunes en difficulté et que l'on cesse de les traiter "avec mépris". "On sait trouver un milliard d'euros quand il y a un coup de gel qui touche notre agriculture, c'est une excellente chose. Mais on peut s'étonner que pour les étudiants, la question ne soit pas considérée comme pertinente! Nos responsables politiques ont peur de créer une génération d'assistés. Mais ceux qui parlent ainsi, sont juste en train de montrer qu'ils ne connaissent pas le problème. Rester étudiant, continuer à suivre les cours et à préparer ses examens quand les conditions de vie sont si difficiles, c'est la preuve que l'on n'est pas du tout assisté!", expliquent les bénévoles.

Un étudiant sur deux ne mange pas à sa faim
Parmi les enseignements principaux de leur étude portant sur 1.122 questionnaires, un constat est particulièrement glaçant: un étudiant sur deux affirme ne pas avoir mangé à sa faim depuis la rentrée universitaire. 79% des bénéficiaires n'avaient encore jamais sollicité une aide alimentaire. On y voit aussi que les femmes sont surreprésentées: 67% des bénéficiaires. "Peut-être sont-elles moins bloquées par le regard social sur ceux qui osent demander de l'aide, suggère Paul Bouscary. Peut-être aussi apprécient-elles tout particulièrement les kits d'hygiène et protections périodiques qui sont proposés par Co'p1 et qui leur évite des dépenses importantes."

Autre chiffre jusque-là méconnu, 63% des bénéficiaires sont des étudiants internationaux. Ils sont originaires, dans l'ordre, des pays du Maghreb, d'Amérique latine, de Russie et enfin d'Afrique. 

Fait étonnant, les boursiers sont en minorité. "Alors que c'est le critère unanimement reconnu pour identifier les étudiants les moins fortunés en France, on s'aperçoit que parmi nos bénéficiaires nous n'avons que 27% de boursiers, explique Paul Bouscary. Il existe une catégorie mal connue d'étudiants pauvres qui échappent au système des bourses dont les critères devraient être réactualisés. Les parents, en province ou à l'étranger, parviennent à financer le loyer de leur chambre mais l'étudiant doit subvenir seul à ses autres dépenses dont l'alimentation grâce à des jobs." Or, avec l'épidémie de Covid-19 ces petits boulots étudiants, dans la restauration et le commerce ont disparu.

Dépenses de santé repoussées
Bien entendu, les dépenses jugées encore moins essentielles que l'alimentation ont disparu, pour ces étudiants. 55% d'entre eux ne parviennent pas à subvenir à leurs dépenses de santé, 36% n'ont pas les conditions nécessaires à leurs études (calme, espace, ordinateur, wifi, fournitures scolaires, etc.) et fort logiquement, 82% se disent incapables de pouvoir s'offrir des loisirs ou activités extra-scolaires.

"Normalement je ne suis jamais triste, mais depuis novembre je pense que je suis entrée en dépression", confie une bénéficiaire, qui a passé le second confinement seule dans une chambre en résidence étudiante. Lorsqu'on leur demande si la détresse étudiante risque d'avoir une traduction politique, et si ce sujet sera évoqué lors des prochaines échéances électorales, les auteurs de l'étude répondent: "c'est peu probable, les jeunes votent peu hélas. Et quand vous avez faim, il vous est presque impossible de vous projeter dans la prochaine élection".

 

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