Pour Muriel Pénicaud, le Covid accélère la révolution du travail

Publié le par angeline351

Pour Muriel Pénicaud, le Covid accélère la révolution du travail

Pour l’ex-ministre du Travail Muriel Pénicaud, représentante permanente de la France auprès de l’OCDE, la crise amplifie la mutation de l’emploi. 

On l’avait quittée ministre du Travail. L’été dernier, elle a été débarquée du gouvernement. Puis bombardée représentante permanente de la France auprès de l’OCDE, à la place de Jean-Pierre Jouyet. On la retrouve, souriante et presque détendue, pour disserter de l’avenir du travail. Un thème qu’elle abordera en mai dans un livre: "A partir de mon expérience de ministre et de dirigeante d’entreprise, enrichie d’une vision internationale, je livrerai humblement et modestement quelques pistes d’actions pour les entreprises, le capitalisme et la démocratie de demain."

Jeu à somme nulle
Le futur, Muriel Pénicaud le voit très numérique. Comme cette ribambelle de petits engins qui l’enregistrent et la filment cet après-midi. Pas de public pour ce colloque organisé en partenariat avec Challenges chez l’incubateur Tomcat Factory. Comme les autres intervenants qui défileront, responsables d’entreprises (Suez, Edenred, La Poste, EDF), de start-up spécialisées en ressources humaines (People In, Comet, Figures) et de grandes écoles (Polytechnique, HEC, Essec, Dauphine), Muriel Pénicaud se prête au jeu de "l’hybride". C’est devant une salle vidée d’humains –à l’exception de quelques techniciens– qu’elle s’exprime donc au Future of Work Summit. Tout sera monté pour être diffusé sur Internet. "J’avais l’habitude de fixer deux ou trois regards pour capter l’attention de l’auditoire", se rappelle l’ex-ministre et DRH avant de se lancer dans sa keynote.

Le Covid-19 est un accélérateur
En dix-huit minutes chrono, y compris les relances, la voilà qui brosse sa vision du travail de demain. La pandémie? Elle est un "accélérateur". Car, selon elle, le travail n’a pas attendu le confinement pour être bousculé. La révolution a commencé "il y a trois ou quatre ans". D’emblée, on a droit à une étude de l’OCDE –les fiches sont étalées sur la table basse– selon laquelle "un quart des emplois pourraient être automatisés et 30% vont être profondément transformés par la révolution numérique". Juste derrière, une autre étude, du cabinet de conseil McKinsey cette fois, avec des chiffres encore plus stressants.

Et ça continue: "D’ici à 2035, on estime à l’OCDE qu’on aura gagné un tiers de productivité par l’intelligence artificielle, on est tout au début." Un peu glaçant? "Non, il ne faut pas forcément opposer intelligence artificielle et intelligence humaine; en combinant les deux, BMW a fait des gains de productivité de 85%." Pas vraiment rassurant, tout de même. De quoi donner du grain à moudre à ceux qui considèrent que les robots, de plus en plus intelligents, vont créer des cohortes de chômeurs. Mais voilà une autre étude de l’OCDE, selon laquelle "en net, net, au bout du bout, la balance créations-suppressions d’emplois sera équilibrée, ce sera un jeu à somme nulle". Ce débat est loin d'être tranché. Mais l’ex-ministre nous assure que l’intelligence artificielle ne pourra se substituer à tous les jobs, "notamment dans les relations humaines, mais aussi dans les services à la personne et pour les créatifs".

Fière de sa vie d'avant
Le débit un peu particulier de Muriel Pénicaud –jadis moqué par les humoristes– s’accélère un peu plus: "C’est une course contre la montre, il faut des compétences, des compétences, des compétences. C’est pourquoi je suis très contente qu’on ait lancé le compte personnel de formation."  Sa "vie d’avant" fait irruption. Elle nous raconte, "il y a un an", sa visite à des élèves de Montreuil (Seine-Saint-Denis) "croyant être foutus car nuls en maths": "Eh bien, l’un d’entre eux est entré chez Safran pour gérer des données dans l’intelligence artificielle." Tout cela car l’école en question avait bénéficié du Programme d’investissement dans les compétences, autre initiative portée par la ministre Pénicaud.

Nouvelles formes de management
Et puis, "il y a le droit au télétravail qu’on a mis en place en 2017, ça s’est généralisé avec le Covid, mais la tendance était là". La fin de la keynote approche. Il faut aborder "de façon hardie et rapide" quantité de sujets. La formation bien sûr, que le chômage partiel peut faciliter ("nous sommes un modèle en Europe"). Ensuite, la "distance", au propre comme au figuré, par rapport au travail. Muriel Pénicaud évoque là encore l’accélération d’une tendance: celle de la "quête de sens". "Etre éloigné de son travail, c’est dur à vivre, mais cela amène forcément à s’interroger sur ce que l’on fait." Même phénomène pour la multiplication des statuts en dehors du salariat, "qui nécessitent tous une protection sociale". L’ancienne dirigeante se réjouit enfin de voir fleurir au temps du Covid de "nouvelles formes de management en réseau, avec plus d’espace pour chacun, et moins de pyramidal et de vertical". Un management moins jupitérien en quelque sorte.

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