«Passeport vert», obligation de se faire vacciner: la liberté en danger

Publié le par angeline351

 

«Passeport vert», obligation de se faire vacciner: la liberté en danger


- Va-t-on être obligé de se faire vacciner pour bénéficier de ses libertés? Lundi, Jean Castex a présenté un projet de loi instituant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires comprenant un article lui permettant de subordoner certaines libertés à l’administration d’un vaccin. Une députée UDI, Valérie Six, propose également de mettre en place un «passeport vert» pour toutes les personnes vaccinées. Pour le consultant et analyste politique Mathieu Slama de tels dispositions seraient hautement liberticides et créerait deux catégories de citoyens n'ayant pas les mêmes droits.

Consultant et analyste politique, Mathieu Slama collabore à plusieurs médias, notamment Le Figaro et Le Huffington Post. Il a publié La guerre des mondes, réflexions sur la croisade de Poutine contre l’Occident, (éd. de Fallois, 2016).

Depuis presque un an, on assiste à un délitement inédit de l’État de droit. C’est quasiment devenu une évidence de le dire, ce qui prouve à quel point on s’est habitué à l’inacceptable. Nous vivons depuis mars dernier au rythme du confinement, du déconfinement, du reconfinement et du couvre feu. Le tout dans un silence politique quasi absolu. Seule la méthode (et la gestion de l’épidémie par le gouvernement) est mise en cause par l’opposition. Pas les mesures mêmes alors que ce sont ces mesures qui devraient être remises en cause.

Il faut reconnaître à la majorité une créativité sans faille dans l’élaboration de mesures de plus en plus liberticides, trouvant leur inspiration chez les médecins du conseil scientifique, omniprésents dans les médias, dont le souci des libertés publiques est, pour la plupart d’entre eux, égal à zéro.

La dernière idée en date franchit un cap dans la frénésie liberticide actuelle, et ceci, encore une fois, dans un relatif silence médiatique et politique. Elle vient d’une députée UDI, Valérie Six, pharmacienne de profession, qui a proposé, lors d’une prise de parole à l’assemblée nationale, de mettre en place un «passeport vert» pour toutes les personnes vaccinées. Une proposition de loi a même été déposée.

Il y aurait désormais, dans le monde du coronavirus, deux catégories de citoyens qui n’ont pas les mêmes droits : les citoyens qui se font vacciner et les citoyens qui ne se font pas vacciner
«Nous pourrions prendre exemple sur Israël qui octroie à chaque personne vaccinée un passeport vert, permettant de se rendre dans des lieux de culture, de restaurant... En définitive, de retrouver une vie normale», a-t-elle indiqué.

Notons que Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, défend une mesure similaire qui permettrait aux personnes testées négativement au covid de se rendre sur l’île de beauté munies d’un «green pass» qui attesterait qu’ils ne sont pas porteurs du virus.

On ne sait pas si Valérie Six, le groupe UDI qui soutient cette proposition ou encore Gilles Simeoni saisissent l’effarante régression démocratique que constitueraient de telles mesures. Si c’est le cas, alors les circonstances sont aggravantes et on peut raisonnablement considérer que ces personnes n’appartiennent plus au camp républicain.

Car que signifie, concrètement, cette idée de passeport sanitaire? Elle implique en réalité deux choses. La première, c’est qu’il y aurait désormais, dans le monde du coronavirus, deux catégories de citoyens qui n’ont pas les mêmes droits: les citoyens qui se font vacciner et les citoyens qui ne se font pas vacciner. Les citoyens qui se font vacciner auraient accès aux lieux de la vie sociale retrouvée, à condition de présenter le justificatif de vaccination (le passeport, donc).

 


Ils pourraient manger au restaurant, visiter des musées, aller à des concerts. Retrouver une vie normale, comme le dit si bien Valérie Six. Les citoyens qui décideraient de ne pas se faire vacciner (quelle qu’en soit la raison) n’auraient pas accès à ces lieux de sociabilité et vivraient donc un confinement social à peu près total. Une ségrégation, disons le mot, fondée sur le critère de la santé. Si vous n’êtes pas vacciné, cela veut dire que vous êtes potentiellement dangereux ; on vous écarte donc de la vie publique et sociale.

Si vous vous faites vacciner, vous avez le droit de vivre normalement                                            Jean-Christophe Lagarde
«Moi, je respecte absolument ceux qu’ils ne veulent pas se faire vacciner. Je peux les comprendre. Je dis seulement qu’être vacciné et ne pas être vacciné, ce n’est pas la même chose […] Si vous vous faites vacciner, vous avez le droit de vivre normalement», a déclaré le patron de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde. Sa collègue Valérie Six a abondé: «Notre groupe considère qu’une telle mesure serait de nature à inciter les Français à se faire vacciner et à faire prendre conscience que la vaccination permet de se protéger soi-même, mais également autrui».

Penser qu’une mesure comme le passeport vert puisse inciter les Français à se faire vacciner est un contresens absolu. C’est même certainement le contraire qui se passerait. La méfiance déjà très grande des Français vis-à-vis du vaccin augmenterait encore plus, et les complotistes de tout bord auraient un nouvel argument pour faire tourner leur machine à mécroire. Il faut être bien naïf, ou bien parfaitement déconnecté de la réalité, pour penser le contraire.

Mais cette histoire de vaccin est secondaire. Le problème fondamental est ailleurs. Il est dans la possibilité qu’une telle idée, aussi barbare et anti-démocratique, ait pu émerger au sein de notre démocratie, au sein de notre Parlement, et qu’elle puisse être défendue par des gens qui sont, a priori, des modérés et des démocrates.

C’est un signe supplémentaire de l’incroyable régression démocratique à laquelle nous assistons, impuissants, depuis mars dernier, dans un silence politique quasi-total. Les mesures les plus folles et les plus liberticides ont ainsi été imposées, sans aucun débat démocratique, sous l’influence d’un conseil scientifique qui n’est pas élu et qui n’a donc aucune légitimité démocratique.

Toutes les digues n’ont pas encore sauté, mais pour combien de temps ?
Nous nous sommes progressivement isolé et séparé les uns des autres, par un confinement généralisé dont on ne mesure sans doute pas encore totalement les effets psychologiques sur les Français, par les couvre-feux successifs, par le port du masque qui, comme l’a récemment rappelé le philosophe italien Giorgio Agamben, pose des questions éthiques et morales décisives (qu’est-ce qu’une société où nous échangeons, dans l’espace public, avec des noms sans visage?), ou encore par le télétravail.

Le nouveau monde post-covid est une «société du sans contact» (expression du journaliste François Saltiel), un monde où la peur et le discours médical ont rendu possible ce qui aurait paru inconcevable avant le début de l’épidémie. Tout cela justifié par un discours moralisateur et culpabilisant sur un devoir de solidarité qui s’imposerait à tous, tenu par un gouvernement qui, ironie de l’histoire, ne cesse pourtant de bafouer et piétiner cet impératif de solidarité depuis trois ans.

Toutes les digues n’ont pas encore sauté, mais pour combien de temps?                               Quelques médecins se sont prononcé publiquement contre le passeport vert, estimant que cela serait contreproductif dans la perspective de convaincre le plus de monde possible à se faire vacciner. L’OMS a récemment déclaré qu’elle ne recommandait pas la mise en place des passeports d’immunité (mais elle a signé un rapport avec l’Estonie en octobre pour collaborer à l’élaboration d’un certificat de vaccination numérique…).

Les Anglais semblent avoir renoncé eux-aussi à cette mesure alors que l’hypothèse avait été évoquée par leur nouveau ministre des vaccins, Nadhim Zahawi. Espérons que la France tienne bon également, malgré les pressions qui ne manqueront pas de s’exercer du côté politique et médical.

Des mesures aussi choquantes que le confinement généralisé ou encore le passeport vert ne suscitent plus de réelles indignations
Le plus inquiétant encore, dans tout cela, est la disparition de tout esprit critique, et le fait que des mesures aussi choquantes que le confinement généralisé ou encore le passeport vert ne suscitent plus de réelles indignations.

Dans un monde où l’indignation est devenue une sorte de sport national, c’est un comble. Et une raison supplémentaire d’être particulièrement pessimiste sur l’état démocratique de notre pays.

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