Henri Razafintsalama ou l’ADN du développement syndical

Publié le par angeline351

Henri Razafintsalama ou l’ADN du développement syndical

Préparateur de commandes « marée » chez le grossiste R&O à Rungis (Val-de-Marne), Henri Razafintsalama est DS FO depuis 2010. Non content d’avoir introduit le syndicalisme dans l’entreprise, il a fait de FO l’organisation majoritaire et même un recours pour les salariés des TPE environnantes.

L’annonce du deuxième confinement, fin octobre, a tout stoppé. Alors qu’Henri Razafintsalama s’apprêtait à lancer une campagne de syndicalisation, avec la FGTA-FO, auprès des TPE du marché de Rungis (Val-de-Marne), les contraintes sanitaires l’ont obligé à remiser ses ambitions. Ce n’est que partie remise, précise le délégué FO du grossiste en produits de la mer R&O (400 salariés en France).

Le militant connaît l’importance des besoins en conseils et accompagnement des salariés des TPE, lui qui est souvent appelé à la rescousse pour défendre leurs droits. Appelle Henri : le bouche-à-oreille a assis sa notoriété parmi les quarante entreprises (800 salariés) qui se côtoient au pavillon de vente A4 dédié aux produits de la mer et d’eau douce.  Le milieu de la poissonnerie est un microcosme, explique-t-il.

Les avancées sociales que le militant FO a obtenues sont sa carte de visite. Elles détonnent dans cet environnement empreint d’une culture familiale, informelle, héritée des anciennes halles. La culture de la pièce qu’on donnait de la main à la main, résume-t-il.

 La boîte doit se réinventer
Mais Henri Razafintsalama ne s’en laisse pas conter. Lorsqu’il est embauché fin 2007, à 47 ans, comme préparateur de commandes au Label-Bleu (devenu ensuite R&O), l’ancien éducateur sportif a déjà eu plusieurs vies : entraîneur de volley-ball, vendeur de logiciels, commercial import-export de produits malgaches. Il est aussi un militant averti qui a monté, vingt ans avant, un syndicat FO à la résidence universitaire d’Antony (Hauts-de-Seine) où il faisait ses armes d’éducateur sportif.

Alors quand il découvre au Label-Bleu le dépassement allègre de la durée maximale du travail, il fait front. Huit mois après son embauche il obtient le paiement des heures supplémentaires. Dix-huit mois après, il fait légitimer en justice sa casquette de DS FO de l’UES du groupe et décroche des élections anticipées.

Son premier mandat débute sur un triomphe, porté par 80 % des voix. Depuis, il consolide. Une pointeuse a été mise en place, puis des repos compensatoires de nuit, puis des jours de fractionnement...

En janvier 2020 il a fait rectifier le calcul de la majoration des heures supplémentaires de nuit. Résultat, + 20 % de majoration pour les intéressés ! En dix ans, j’ai modifié toutes les lignes de la fiche de paie, sourit le militant, qui, aux dernières élections, a encore propulsé FO en tête avec 53 % des voix.

Après un an de crise sanitaire, alors que R&O tourne à 50 %, il n’a qu’une obsession : s’assurer d’une répartition équitable des heures de travail.

 La boîte doit se réinventer et organiser des rotations pour que chaque salarié travaille. Il n’est pas normal que certains bossent à 80 % quand d’autres, souvent moins qualifiés, sont au chômage partiel chez eux depuis un an, à perdre de l’argent et se sentir abandonnés, dit-il.

Dans ses rotations, il voit les prémices de l’organisation qui supporterait un possible accord APLD. Il y voit aussi, pour chacun, une condition de maintien de tous les emplois et donc de toutes les compétences. Une autre obsession d’Henri Razafintsalama, qui est le seul salarié représenté dans les instances paritaires de branche, le nouveau certificat de qualification professionnelle de « préparateur en poissonnerie des produits de la mer ». Nul doute que celui-ci intéressera aussi les TPE de Rungis.

ELIE HIESSE
Journaliste à L’inFO militante

 

Publié dans INFORMATION, COMMUNIQUE FO

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