Royaume-Uni : la confédération TUC revendique un plan massif de créations d’emplois

Publié le par angeline351

Royaume-Uni : la confédération TUC revendique un plan massif de créations d’emplois

Outre-Manche, la crise sanitaire a percuté un marché de l’emploi déjà marqué par une forte précarité. De plus, l’accord de libre-échange post-Brexit conclu le 24 décembre entre l’Union européenne et le Royaume-Uni n’apporte de garanties suffisantes, ni pour la sauvegarde des emplois, ni pour celle des acquis sociaux, alerte le TUC, la confédération syndicale britannique. Pour elle, le salut passe par des investissements publics massifs permettant de créer 1,85 million d’emplois sur deux ans, d’augmenter les salaires et de préserver le système public de retraite.

Le pire recul depuis plus de 300 ans. C’est ainsi que le ministre des Finances britannique, Rishi Sunak, qualifiait la situation économique de son pays le 25 novembre dernier. Cela renvoie bien sûr aux effets des mesures mises en place dans le cadre de la crise sanitaire. Le diagnostic avait été posé par la banque centrale du Royaume-Uni dès le mois de mai. Selon les prévisions officielles dévoilées par le ministre des Finances, la chute du Produit intérieur brut du Royaume-Uni pourrait ainsi atteindre 11,3% sur l’ensemble de l’année 2020. Ce qui place le pays en troisième position en termes de recul économique, après l’Espagne et l’Argentine.

Au deuxième trimestre, la richesse produite avait déjà diminué de près de 20% Outre-Manche, ce qui a constitué la plus forte baisse constatée dans les pays de l’OCDE dont les données sont disponibles, à la même période. Malgré un rebond de 16% au troisième trimestre après la levée des mesures sanitaires pendant l’été, les suppressions d’emplois ont déjà été massives dans des secteurs comme le transport aérien, le commerce ou la restauration.

Plus de 800 000 emplois détruits entre mars et novembre
Depuis octobre, la croissance ralentit de nouveau sous l’effet des nouvelles mesures prises dans le cadre de la crise Covid. Et sans surprise, le taux de chômage continue de grimper. Il se situait à 4,9% fin octobre, soit 1,2 point de pourcentage au-dessus de son niveau un an plus tôt, à l’époque où le gouvernement britannique se vantait de l’avoir contenu à son plus bas niveau depuis plus de 40 ans.

Et ce n’est pas fini. Le taux de chômage devrait atteindre son pic au deuxième trimestre 2021, à 7,4%, estime l’OCDE, avec 2,5 millions de demandeurs d’emplois, soit une augmentation de 1,2 million depuis 2019.

Malgré le système d’indemnisation du chômage partiel mis en place pour maintenir l’emploi depuis le début de la pandémie (système qui devait prendre fin en octobre mais a été prolongé jusqu’à la fin mars) [*], le nombre de licenciements a en effet explosé ces derniers mois, atteignant 370 000 entre début août et fin octobre, indiquait l’Office national des statistiques (ONS) le 14 décembre.

Au total, rapporte l’ONS, le pays compte 819 000 salariés de moins qu’en février dernier, selon les statistiques de novembre. Quant aux offres d’emploi, leur niveau reste inférieur de près d’un tiers à celui d’il y a un an à la même période.

Si le gouvernement assure que l’économie britannique aura retrouvé sa vigueur fin 2022, la banque d’Angleterre, elle, prédit qu’il faudra attendre sept ans avant que le taux d’emploi ne revienne à son niveau d’avant crise.

La crise sanitaire a percuté un marché du travail déjà très précaire
Le choc de la crise sanitaire est d’autant plus brutal qu’il percute un marché de l’emploi déjà extrêmement fragile. Pas moins de 3,6 millions de salariés, soit un sur neuf, étaient déjà en emploi précaire avant l’apparition de la pandémie, rappelle la confédération syndicale TUC (Trade Union Congress). Et détaille-t-elle, ces précaires regroupent 1,81 million de travailleurs « indépendants » faiblement rémunérés, de 970 000 salariés intérimaires, saisonniers ou occasionnels (CDD) et enfin de 840 000 travailleurs en « contrats zéro heures ».

Pour rappel, ces contrats, qui seraient au nombre de 3 millions dans l’ensemble de l’Union européenne, ne mentionnent aune indication d’horaire ni de temps de travail. Le salarié est rémunéré à l’heure travaillée et doit pouvoir se rendre disponible à n’importe quel moment de la journée. Depuis 2014, le gouvernement considère qu’un chômeur est tenu d’accepter un contrat zéro heure qui lui est proposé par le Job Center (Service public de l’emploi) sous peine de voir son indemnité chômage suspendue. Ce type de contrats concerne tous les types d’emplois, y compris les plus qualifiés, et pas seulement dans le secteur privé. Les collectivités locales et les hôpitaux y ont aussi recours.

Sous l’effet de la crise sanitaire, le TUC évalue désormais à plus d’un million le nombre de contrats zéro heures, un niveau encore jamais atteint jusqu’ici.

Si le gouvernement a décidé de mobiliser 280 milliards de livres (près de 311 milliards d’euros) en 2021 pour permettre au pays de faire face, cela ne suffira pas, alerte le TUC, mais aussi de nombreux économistes.

Selon une étude de l’université Heriot-Watt, la récession historique provoquée par la Covid-19 pourrait entraîner un dédoublement de l’extrême pauvreté au Royaume-Uni, à deux millions de foyers et ainsi concerner un million d’enfants.

L’autre menace réside dans le Brexit
C’est dans ce contexte déjà extrêmement fragilisé, que le gouvernement britannique et l’Union européenne ont conclu l’accord de libre-échange régissant leurs nouvelles relations commerciales post-Brexit. Ils l’ont fait in extremis, le 24 décembre dernier, alors que la période de transition s’achevait au 31 décembre.

Sans cet accord, à compter du 1er janvier, les échanges du Royaume-Uni avec ses anciens partenaires auraient dû se dérouler par défaut selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec des droits de douane élevés et des contrôles douaniers ad hoc.

En octobre, la Banque centrale européenne, dans une publication qui synthétise et analyse plusieurs études, alertait sur les risques qu’un tel scénario aurait fait courir aux entreprises britanniques. L’introduction d’obstacles, tarifaires ou autres, au commerce de produits qui s’échangeaient jusque-là librement, expliquait-elle, entraînerait une augmentation des coûts de production et une diminution des profits Outre-Manche. Les dommages d’un No deal seraient bien plus graves pour l’économie britannique que pour celle des autres pays de l’UE, soulignait la BCE. On pouvait déduire de cette analyse que les entreprises de Grande-Bretagne chercheraient à se rattraper en taillant dans leurs effectifs.

De plus, ce No deal était redouté par le mouvement syndical européen qui y voyait une porte grande ouverte au dumping social. Cela aurait laissé les mains libres au gouvernement britannique pour remettre en cause les droits du travail dérivés du droit européen, n’a eu de cesse de dénoncer la confédération britannique TUC. Au Royaume-Uni en effet, l’acquis social de départ, avant intégration des normes de l’Union européenne, est bien plus faible que celui d’autres États membres de l’UE, notamment en matière de congés payés, de réglementation sur les licenciements, de protection des intérimaires ou de temps de travail.

L’accord post Brexit : mieux que rien, mais pas de beaucoup réagit le TUC
Mais l’accord conclu le 24 décembre ne règle pas tout, même s’il prévoit, pour éviter toute concurrence déloyale, des sanctions et des mesures compensatoires en cas de non-respect des règles, en matière d’aides d’État, d’environnement, de droit du travail et de fiscalité.

Dans sa publication d’octobre, la Banque centrale européenne avertissait : Même si un bon accord sur la future relation entre l’UE et le Royaume-Uni avant la fin de la période de transition permettrait d’éviter le pire des scénarios, les pertes économiques seront considérables quoi qu’il en soit.

En 2018, le précédent gouvernement avait estimé que le PIB du Royaume-Uni se contracterait inévitablement de 4,9% dans le cadre d’un accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni, contre 7,6% en cas de No Deal.

C’est mieux que rien, mais pas de beaucoup, a réagi la confédération syndicale TUC à l’annonce de l’accord le 24 décembre. Ce texte ne protègera pas les emplois et mettra en cause les droits acquis, a déclaré la secrétaire générale du TUC, France O’Grady. Et d’avertir : il est de la responsabilité du Premier ministre de veiller à ce que la vie des travailleurs et de leurs familles ne se détériore pas. Il ne peut plus être question de pointer du doigt l’Union européenne. Le gouvernement doit mettre en œuvre une stratégie industrielle pour un travail décent, en investissant dans les emplois et dans l’industrie verte dans les régions du pays qui en ont le plus besoin. Nous n’accepterons pas une course vers le moins-disant social.

La confédération syndicale revendique la création de 1,85 million d’emplois en deux ans
Réclamant depuis déjà plusieurs années la fin des contrats zéro-heures, la confédération syndicale britannique a mis en avant ces derniers mois ses propositions pour sortir de la crise.

Le TUC se prononce pour une relance de l’économie par la création d’emplois et l’augmentation des salaires. Elle revendique ainsi des investissements massifs pour permettre la création de 1,25 million d’emplois dans les industries vertes du futur. Un objectif bien supérieur à celui du Premier ministre Boris Johnson qui a annoncé le 18 novembre dernier un plan en dix points pour un futur plus vert qui devrait permettre de créer et de soutenir quelque 250 000 emplois.

Le TUC revendique de surcroît la création de 600 000 emplois dans le secteur public et des augmentations de salaires pour ses agents, en particulier ceux en première ligne. Les créations d’emplois devraient être réparties de la façon suivante, précise le TUC : 135 000 emplois dans le secteur de la santé, 220 000 dans les services sociaux pour les adultes, 80 000 dans l’éducation, 110 000 dans les collectivités locales, et 50 000 dans les administrations nationales.

Enfin, le TUC appelle le gouvernement à résister aux appels à geler le salaire minimum national et à impulser, au contraire, une augmentation des plus bas salaires. L’organisation s syndicale s’oppose aussi à route remise en cause du système public des pensions de retraite, déjà l’un des plus faibles d’Europe.

EVELYNE SALAMERO
Journaliste à L’inFO militante

Publié dans INFORMATION, COMMUNIQUE FO

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article