Depuis neuf mois, l'épidémie de Covid-19 se lit dans les eaux usées à Nantes... et l'ARS l'ignore

Publié le par angeline351

Depuis neuf mois, l'épidémie de Covid-19 se lit dans les eaux usées à Nantes... et l'ARS l'ignore

Exploitée par Suez, la station d'épuration de la Petite-Californie (Rezé) transmet chaque semaine deux échantillons à un laboratoire du réseau Obépine.

Eclairer les pouvoirs publics dans leurs prises de décision. Et anticiper les prochaines vagues de la Covid-19. Tel est l’objectif du réseau Obépine qui étudie la concentration du coronavirus, rejeté dans les selles, dans les eaux usées. 

Deux échantillons transmis chaque semaine
Dans la métropole de Nantes, Suez est chargé de l’exploitation des deux stations d’épuration : Tougas (Saint-Herblain) et Petite-Californie (Rezé). Depuis la fin du mois d’avril 2020, l’entreprise transmet des échantillons à un laboratoire partenaire du réseau Obépine, situé à Nancy, à raison de deux envois par semaine.

Interrogé à plusieurs reprises sur le sujet, l’Agence régionale de santé des Pays de la Loire a indiqué à actu Nantes ne pas être au courant de la démarche.
« On avait démarré avec Tougas, mais comme le bassin de collecte du site comprend le CHU de Nantes, on a préféré réaliser les prélèvements à la station d’épuration de la Petite-Californie [pour ne pas fausser les résultats, NDLR] », rapporte Hubert Dupont, le directeur technique adjoint de Suez Eau France. 

« Tougas va être de nouveau intégré au réseau », ajoute-t-il.

« Il n’y a plus de débat dans l’intérêt »
Dans les faits, comment ça se passe ? Chaque station reliée au réseau Obépine est dotée d’un préleveur automatique. Goutte à goutte, il rassemble en 24h un demi-litre de liquide dans un récipient réfrigéré. L’échantillon est ensuite expédié en Meurthe-et-Moselle où le laboratoire du CNRS est spécialisé en virologie.

Là-bas, à l’aide de filtres ou de centrifugeuses, les microorganismes présents dans l’échantillon sont analysés pour y mesurer la concentration en SARS-CoV-2. Un indicateur qui permet de saisir l’évolution de l’épidémie avec plusieurs jours d’avance. « Il n’y a plus de débat dans l’intérêt, estime le virologue Vincent Maréchal, professeur d’université à la Sorbonne, et pilote du réseau Obépine. L’outil est fiable et donne un signal en amont sur une éventuelle recirculation du virus. »

Interrogé sur le sujet lors d’une conférence de presse organisée par l’ARS, le docteur Yves-Marie Vandamme, du service des maladies infectieuses et tropicales du CHU d’Angers, émet quelques réserves, d’une façon un peu abrupte : « Le caractère prédictif n’est pas très intéressant. L’intérêt épidémiologique est assez limité. »

Une affirmation contestée par les faits. À Marseille, les marins-pompiers traquent le coronavirus dans les eaux usées depuis l’été dernier. À l’époque, ils avaient vu avant tout le monde le retour de l’épidémie dans les Bouches-du-Rhône. 

Plus récemment, le réseau Obépine a permis de découvrir que la concentration de virus dans les eaux usées d’Île-de-France avait crû d’environ 50 % en trois semaines. De quoi anticiper une hausse des tests, des appels au Samu et donc des hospitalisations. Et in fine permettre aux établissements de préparer l’ouverture de lits supplémentaires, en médecine conventionnelle puis en réanimation. 

La circulation du virus à bas-bruit surveillée
Le dispositif permet aussi de repérer les personnes asymptomatiques grâce à la charge virale présente dans leurs selles. Selon Vincent Maréchal, l’indicateur peut aussi évaluer l’impact de certaines mesures de freinage de l’épidémie, comme le confinement et le couvre-feu. 

L’Académie nationale de médecine a d’ailleurs recommandé dès juillet « l’analyse microbiologique des eaux usées ». Selon la société savante, elle peut jouer « un rôle stratégique dans la surveillance prospective et régulière de la circulation du virus », en raison des troubles gastro-intestinaux provoquées dans au moins 10% des cas de Covid-19.

De plus, les porteurs asymptomatiques ou paucisymptomatiques potentiellement contagieux éliminent momentanément le virus dans leurs selles (...). Cette relation temporelle directe avec la vague épidémique et surtout avant même son apparition, peut faire de cet indicateur un précieux outil pour prévoir d’éventuelles résurgences, en testant la présence du virus sur des centaines de milliers de personnes.

Académie nationale de médecine

Alors, qu’attend donc l’ARS pour regarder ce qu’il se passe dans les eaux usées de la région ? « Ils connaissent Obépine et peuvent sans problème nous solliciter », invite Vincent Maréchal. 

Il serait peut-être temps.

Publié dans INFORMATION, SANTE

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