Réouverture des lieux culturels : « L’interdiction générale est disproportionnée », critique Laurent Lafon

Publié le par angeline351

 

Alors que le Conseil d’Etat doit examiner, ce lundi, le référé-liberté pour la réouverture des salles de spectacle et de cinéma, les sénateurs de la commission de la culture regrettent la politique du gouvernement, qu’ils jugent incohérente.

« Le monde de la culture est anéanti ». C’est le constat de la sénatrice Laure Darcos, vice-présidente de la commission de la culture, alors que le gouvernement a pris la décision de retarder la réouverture des lieux culturels, initialement prévue le 15 décembre. Et alors que Jean Castex avait annoncé le 7 janvier, comme possible date de réouverture, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot a annoncé, ce jeudi, que cette date était une « clause de revoyure », pour examiner si les conditions sanitaires permettront de rouvrir les lieux culturels. Une annonce mal reçue par le monde de la culture, qui revendique la possibilité de rouvrir les lieux de spectacle dans le respect des normes sanitaires, mises en œuvre dans les lieux ouverts au public. D’autant qu’une étude de l’Institut Pasteur, publiée ce jeudi, indique que seulement 0,46 % des contaminations seraient intervenues dans un lieu culturel.

« Moins de 0,5 % des contaminations se sont donc déroulées dans les lieux culturels », commente le président de la commission de la culture Laurent Lafon. « Cette étude confirme ce qu’avait déjà mis en avant le comité scientifique : ce ne sont pas des lieux qui présentent une exposition forte et un risque important. Cela remet donc en cause la mesure d’interdiction générale prise par le gouvernement. » « L’interdiction de réouverture est scandaleuse », renchérit Laure Darcos. « S’il y a bien un lieu où l’on respecte les mesures sanitaires, ce sont les théâtres et les cinémas. Les gens ne parlent pas, ne mangent pas, sont assis à distance les uns des autres et portent le masque. »

« Plus de certitude pour l’avenir »
Les sénateurs membres de la commission de la culture dénoncent ainsi une incohérence dans la gestion de crise gouvernementale, au détriment du monde de la culture, alors que les petits commerces et grandes surfaces ont pu ouvrir à nouveau. « C’est la confirmation d’incohérences dans cette communication chaotique en laquelle on n’a pas confiance », tacle le sénateur socialiste David Assouline. « On ne peut pas dire que des lieux avec des protocoles sanitaires établis, négociés, sans file d’attente soient plus à risque que les foules qui envahissent les supermarchés aujourd’hui. C’est à la fois incohérent et suspect. » D’autant que, pour les parlementaires, ces « clauses de revoyure » contribuent à mettre à terre le monde de la culture.

« Cela contribue à mettre dans le rouge ce secteur, économiquement et moralement », assure Laure Darcos. « Si bien que certains préféreraient ne pas avoir de fausses promesses pour le 7 janvier, mais plutôt une plus forte visibilité et plus de certitude pour l’avenir. » « L’ouverture des lieux culturels se fera en fonction de la situation sanitaire », tempère Julien Bargeton, sénateur de la majorité présidentielle. « Les autorités politiques prennent la décision, assument leurs responsabilités, au regard des données exposées par les experts scientifiques. La priorité absolue est la lutte contre la Covid. La circulation du virus est très vive chez nos voisins européens. Nous accompagnerons le secteur culturel comme nous l’avons fait jusque-là, et nous comprenons les difficultés. Nos efforts collectifs portent leurs fruits, poursuivons-les, c’est la meilleure façon d’éviter la troisième vague. »

La décision du Conseil d’Etat ce lundi
Excédées, plusieurs associations de professionnels du cinéma ont toutefois décidé de saisir le Conseil d’Etat en référé-liberté pour la réouverture des salles. Le Conseil d’Etat devrait rendre sa décision, ce lundi. « Toute la question est de savoir si la mesure d’interdiction est proportionnée au risque sanitaire, et les données scientifiques montrent que l’interdiction générale semble disproportionnée », analyse Laurent Lafon. « J’attends donc que le Conseil d’Etat donne un avis en droit, et qu’en fonction de cet avis, le gouvernement puisse réétudier sa position, qui me paraît trop stricte et pas assez justifiée sur le plan sanitaire. »

« Si on nous dit aujourd’hui que l’épidémie est en remontée exponentielle, alors on prend les décisions qu’il faut pour tout le monde, s’il y a un danger grave de morts massives, on ferme tout », abonde David Assouline. « Mais à partir du moment où on pense qu’on peut faire ses courses, alors la logique est de se dire que cette vie culturelle, de toute façon restreinte, est tout aussi indispensable pour la cohésion sociale, que la consommation. Malheureusement, ce gouvernement considère la culture comme un superflu alors qu’elle est l’âme de notre République. »

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