Près de Toulouse. Les salariés d'un sous-traitant d'Airbus en grève pour sauver leurs emplois

Publié le par angeline351

Près de Toulouse. Les salariés d'un sous-traitant d'Airbus en grève pour sauver leurs emploiS

Un mouvement de grève a débuté lundi 30 novembre 2020 chez Cauquil, sous-traitant d'Airbus à Mondouzil (Haute-Garonne), près de Toulouse, contre la suppression de 32 postes sur 76.

Dans le froid et l’humidité ambiante, aux prémices de l’hiver, ils se réchauffent les mains autour d’un feu de palettes, face au grillage de l’usine. Avant-même les fêtes de fin d’année, c’est la gueule de bois dans ce petit village de 200 âmes niché sur les hauteurs de Montrabé, à l’est de Toulouse. À Mondouzil (Haute-Garonne), comme beaucoup d’acteurs de la filière aéronautique, Cauquil est en proie à des turbulences sans précédent.

32 postes menacés sur environ 76
Spécialiste de l’usinage de précision dans les alliages de pointe, ce sous-traitant d’Airbus et de Safran emploie 76 personnes, d’après les chiffres de la direction, qui confirme à Actu Toulouse sa volonté de supprimer 32 postes dans le cadre d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Un petit séisme, à l’échelle du village.

Épaulés par une délégation de l’union départementale de la CGT, et de membres du collectif de salariés de l’aéronautique, une partie des effectifs avait planté le piquet de grève, lundi 30 novembre 2020, au matin. « Pour nous, c’est une première, on ne sait pas trop faire », sourit timidement, derrière son masque, un homme d’une quarantaine d’années, préférant laisser le loisir aux syndicalistes de s’exprimer.

 Je me suis syndiqué, pour avoir plus de poids »
Ouvrier chez Cauquil, Hervé Dessolin a rejoint la CGT voici quelques semaines. « Jusqu’à présent, il n’y avait pas de syndicat au sein de l’entreprise ». 

Je me suis syndiqué pendant les événements, pour avoir plus de poids face au patron.

 Il n’y avait pas besoin de syndicat jusqu’ici, puisqu’il y a un patron qui écoute ses salariés, et des salariés qui écoutent leur patron », rétorque Didier Cauquil, gérant de l’entreprise éponyme. Le patron, qui n’a que peu goûté la manifestation de lundi matin, indique avoir négocié les contours du plan social avec les élus du comité d’entreprise.

Le PSE qui se profile a été négocié avec le comité d'entreprise, qui a émis un avis négatif, mais qui défend correctement les employés.

Didier Cauquil
Gérant de Cauquil SAS
« Notre activité a chuté de 70 à 75 % » selon la direction
Hervé Dessolin déplore « des échanges quasiment inexistants avec la direction » et espère que l’appui de l’organisation syndicale permettra de peser dans les négociations. Il soutient que la direction prépare un « plan de licenciement disproportionné par rapport à la baisse d’activité ».

Didier Cauquil, lui, en fait une analyse radicalement inverse : « Notre activité a chuté de 70 à 75 % depuis de début de la crise. Nous allons limiter les licenciements, grâce au dispositif de chômage partiel de longue durée, qui sera maintenu jusqu’à l’été 2021, sans quoi nous aurions dû supprimer beaucoup plus de postes… 80 % des salariés sont en activité partielle, et les 20 % restants font un travail exemplaire pour assurer la totalité de nos commandes, dans les délais »

« Nous n’avons pas d’annulation massive de commandes », soutient un Airbusien
« Nous avons été sollicités par des salariés de l’entreprise, qui sont dans un véritable désarroi », témoigne de son côté Christophe Lloret, délégué syndical central à la CGT chez Airbus. Cet Airbusien est venu ici « au soutien des salariés en difficulté chez les sous-traitants, qui font vivre toute la filière, et qui tentent de s’organiser ». Il appelle l’avionneur et toute la chaîne aéronautique à la responsabilité.

Le groupe a déjà fermé une usine à Colomiers
Cauquil est l’une des filiales du groupe BT2i, holding qui œuvre dans le secteur de l’usinage et de la fabrication d’assemblages mécaniques de haute précision pour l’aéronautique. Cette dernière exploite plusieurs filiales, toutes engagées dans des PSE : outre Cauquil, elle est aussi aux manettes de Simair, dont le siège est à Rochefort (Charente-Maritime) et qui disposait d’une usine à Colomiers. Qui « disposait », car cet équipementier aéronautique spécialisé dans le mobilier de cabines a annoncé, début octobre, la suppression de 70 de ses 249 postes. 49 d’entre eux se sont retrouvés sur le carreau à Colomiers, où l’usine a plié boutique. C’était la première fermeture d’usine dans l’aéronautique à Toulouse…

Des PSE seraient également en cours dans d’autres filiales du groupe : l’usine de Caromar Techno, sous-traitant dans la mécanique de précision, basé à Bidart (Pyrénées-Atlantiques), s’apprêterait à « fermer totalement » selon la CGT, après avoir licencié « une cinquantaine » de personnes. Enfin, du côté de Tarbes (Hautes-Pyrénées), « une centaine d’emplois » seraient supprimés parmi les 360 de la MAP (Mécanique aéronautique pyrénéenne).

Ce que réclament les salariés en grève
Face à ces suppressions de postes à la découpe, la CGT demande « qu’une expertise comptable externe soit mandatée à l’échelle du groupe BT2i ». En l’absence de cette « véritable analyse complète de la situation », les syndicalistes estiment que la manœuvre permet à l’entreprise « d’éviter toute justification économique » et de « faire des économies substantielles ».

Autre point d’achoppement : les indemnités chômage. Les salariés de Cauquil déplorent que « la prime supra-légale » qui devait leur être versée dans le cadre du PSE « pour faire passer la pilule » ait été « réduite à la portion congrue, soit 1 700 euros ». Un montant qu’ils perçoivent comme « une humiliation », alors même que « les conditions pour se réinsérer dans le marché du travail sont catastrophiques ».

Notifiés de leur licenciement le 24 décembre
Les grévistes réclament « l’arrêt des suppressions d’emplois », ainsi que de « meilleures indemnités pour les personnes qui seraient, malgré tout, laissées sur le carreau ». Didier Cauquil assure de son côté qu’il « espérait jusqu’ici minimiser le chiffre des 32 suppressions de postes ».

La CGT et la direction sont à l’unisson sur un point : les salariés concernés seraient notifiés de leur licenciement le 24 décembre… Et beaucoup, ici, ne croient plus au Père Noël.

 

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