Grave crise actionnariale au sein du groupe Le Monde

Publié le par angeline351

Grave crise actionnariale au sein du groupe Le Monde

C'est une violente bataille qui se déroule en secret entre les actionnaires du groupe Le Monde. L'héritier de Pierre Bergé, Madison Cox, réclame à Matthieu Pigasse plusieurs millions d'euros et souhaite céder ses parts dans de bonnes conditions. Un appel du pied à Xavier Niel et Daniel Kretinsky.

Depuis des semaines, le feu couvait sous la cendre. Alors que Le Monde affronte comme tous les médias une conjoncture très difficile, les tensions explosent au sein de l’actionnariat du groupe éditeur du quotidien du soir, de Télérama, La vie ou Courrier international. Hier 25 novembre 2020, le très discret héritier de l’homme d’affaires Pierre Bergé, Madison Cox, s’est fendu d’une lettre au vitriol à ses deux co-actionnaires au sein de la holding Le Monde Libre, le patron d’Iliad (Free) Xavier Niel et l’ancien banquier d’affaires Matthieu Pigasse. "Si je me suis astreint à un devoir de réserve s’agissant du Monde depuis que Pierre Bergé nous a quittés il y a plus de trois ans maintenant, les derniers développements m’obligent à en sortir, en ma qualité de premier actionnaire du groupe", tempête Madison Cox qui détient 27% du Monde libre (comme Niel et Pigasse) mais aussi le capital de la société LMI, pour Le Monde indépendant, logée au sein du pôle d’indépendance du Monde (les droits de vote appartiennent aux salariés).

Menace de saisie
Au cœur du différend, qui se prolonge depuis des mois, les difficultés financières de Matthieu Pigasse. Les trois actionnaires avaient convenu dès 2010 de rembourser les sommes que Pierre Bergé avait injectées dans le compte courant du Monde libre, soit 2,5 millions d’euros par an pour Pigasse, autant pour Niel. Un plan respecté par Xavier Niel, pas par Matthieu Pigasse qui n’a pas réglé l’année 2019 et doit encore l’année 2020. Pour obtenir l’exécution des versements, Madison Cox a porté l’affaire en justice. Selon son entourage, une audience du 17 novembre dernier devant le juge des référés du tribunal de commerce de Paris a fait constater le fondement de la saisie conservatoire des parts détenues par Matthieu Pigasse dans Le Monde libre, la holding qui détient 75% du capital du Monde. En clair, Madison Cox peut juridiquement faire saisir les parts de Matthieu Pigasse dans Le Monde libre à hauteur des sommes qui lui sont dues.

 

Par ailleurs, un autre conflit s’envenime autour de l’avenir et de la valorisation des participations héritées de Pierre Bergé par Madison Cox au sein de la holding Le Monde libre. Matthieu Pigasse et Xavier Niel disposaient de soixante jours après le décès de Pierre Bergé pour acquérir ses parts au capital, ce qui n’a pas été fait. Evoqué par Le Monde, le rachat des parts de Bergé à parité par ses deux coactionnaires Niel et Pigasse, à 13,3% ne s’est pas réalisé non plus dans les délais. Il est juridiquement caduc. La structure de tête du Monde, Le Monde libre est donc à ce jour restée en l’état: elle est toujours détenue à 80% par Cox, Niel et Pigasse (à 27% chacun), aux côtés du groupe Prisa (20%).

Une situation capitalistique inaboutie

Dans ce contexte, l’arrivée d’un nouvel acteur, le financier tchèque Daniel Kretinsky, a changé la donne pour l’héritier de Pierre Bergé. En prenant 49% des parts de Matthieu Pigasse en 2018 pour un peu plus de 40 millions d’euros, un prix très élevé, Kretinsky a automatiquement réhaussé la valeur des participations des trois actionnaires du Monde libre, dont celles de Madison Cox. L’héritier entend que l’esprit et les volontés de Pierre Bergé sur l’indépendance du groupe soient respectés. Il souhaite aussi céder ses parts dans des conditions financières acceptables. Et se tourne vers les deux actionnaires solvables au sein capital du Monde, Xavier Niel et… Daniel Kretinsky.

 

Dans son courrier du 25 novembre, Madison Cox accuse clairement son coactionnaire Matthieu Pigasse d’avoir, en cédant une partie de ses parts à Kretinsky, bouleversé l’harmonie actionnariale qui prévalait depuis la reprise du groupe Le Monde par le trio Bergé, Niel Pigasse en 2010. "Le Monde connait désormais une situation capitalistique inaboutie, fruit d’une démarche financière inachevée. Nul ne peut raisonnablement se satisfaire de ce déséquilibre inattendu entre associés, ni d’un tel manquement à la parole donnée, aux actes signés et en définitive à la confiance que les forces vives du journal doivent avoir à l’égard de leurs actionnaires".

Il appelle de ses vœux "un actionnariat capable, solide et impliqué, fondé sur le dialogue entre associés. La situation qui se présente aujourd’hui y déroge nettement: elle est instable, floue et insatisfaisante", tranche-t-il. Cette situation, Madison Cox entend désormais la mettre à plat et la régler. "Pour le groupe, il convient à présent de trouver une issue salutaire et honnête à la situation formée par le projet inabouti d’entrée de M. Kretinsky au capital et par le non-respect des engagements pris à l’égard de Pierre Bergé".

Opacité des discussions
Il ne décolère pas. "L’opacité de vos discussions et l’oubli systématique des droits de Berlys Media (la holding qui porte les parts héritées de Pierre Bergé dans Le Monde, ndlr) ne peuvent tenir lieu ni de politique, ni de stratégie pour un groupe tel que Le Monde, conclut Madison Cox. A ce titre, profiter de cet état de confusion pour s’approprier à moindre frais les titres de Pierre Bergé (…) dérogerait aux principes qui avaient présidé à la fondation de Le Monde Libre".

En fait de cadeau, à la veille de Noël, le silencieux Madison Cox place dans les souliers des actionnaires du Monde un très gros caillou. Accueilli à boulets rouges au Monde, Daniel Kretinsky pourrait bien apporter demain la solution aux batailles d’actionnaires au sein du groupe de presse.

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