Étudiants en soins infirmiers : « nous demandons un arrêté qui empêche les ARS de faire ce qu’elles veulent avec notre formation »

Publié le par angeline351

Étudiants en soins infirmiers : « nous demandons un arrêté qui empêche les ARS de faire ce qu’elles veulent avec notre formation »

Dans un vademecum portant sur la mobilisation des personnels pendant la crise du Covid-19 publié fin octobre, le ministère indique que les étudiants en soins infirmiers peuvent être mobilisés en renfort aide-soignant sur des durées limitées de leurs stages. L’idée : contribuer à la continuité des soins en qualité d’AS sur un temps restreint, et bénéficier, sur le reste de la période d’un encadrement infirmier habituel pour ne pas compromettre les apprentissages. Mais pour les principaux concernés, les étudiants, il y a un hic : les ARS détournent ce vademecum à leur guise et en fonction des besoins. Résultat : de grosses disparités et une inégalité des chances selon les régions. Par ailleurs, les étudiants ne comprennent pas pourquoi ils ne sont pas rémunérés pour ces mobilisations. Entretien avec Bleuenn Laot, présidente de la FNESI.

Le vademecum du ministère de la santé est clair : dans le cadre de la crise sanitaire, un étudiant peut être mobilisé une semaine en qualité d’AS pour une période de cinq semaines de stage, ou deux semaines pour une période de 10 semaines. Dans certaines régions pourtant, les étudiants disent encore être sollicités bien plus que cela. Certains sont mobilisés sur la totalité de leur stage, voire-même sur des périodes de formation et figurent simplement sur les plannings en qualité d’AS. Qu’est ce qui explique de telles disparités et quels sont les leviers pour un meilleur respect des consignes ministérielles ?

Bleuenn Laot. Quand nous avons soulevé le problème, plusieurs ARS nous ont dit que le vademecum n’était pas « très important » et qu’elles n’étaient pas obligées d’en tenir compte car il ne s’agit « que » d’une ligne de conduite.

Sur le fond, c’est juste car il est clairement écrit dans le document que les ARS et les IFSI peuvent faire un peu ce qu’ils veulent de la formation et de la diplomation. C’est cela qui ne convient pas. C’est assez incohérent et cela laisse beaucoup trop de place et de libertés à ces instances, qui ont entre les mains, l’avenir de leurs étudiants.

Nous demandons donc un écrit cadré, réglementaire qui ne laisse pas de place aux dérives : un arrêté qui fixe les règles et qui empêche les ARS de faire ce qu’elles veulent. Actuellement certaines mettent en danger la formation des étudiants.

Mais vous ne vous opposez pas au renfort des ESI en qualité d’AS dans l’absolu…

Nous n’avons évidemment aucun souci avec l’idée d’une mobilisation cadrée qui n’empêcherait pas le bon déroulement de notre formation. Il est normal que les étudiants en santé mettent leurs compétences à profit.

En revanche, nous n’acceptons pas les dérives. Nous n’acceptons pas que des étudiants remplacent des professionnels aides-soignants sur toute la durée de leur stage et sur des périodes de formation. A un moment donné, cela va poser des problèmes en termes de compétences. Les étudiants auront un diplôme infirmier sans avoir bénéficié de la totalité des contenus prévus.  Certaines ARS proposent  une alternative : des reports de diplomation ou même des « années blanches ». Cela ne nous convient pas car si cela permet de résoudre en partie la pénurie d’AS, cela ne va pas arranger le manque d’IDE, bien au contraire… Et les étudiants seront aussi lésés de sortir une année plus tard. 

Par ailleurs, nous demandons que les étudiants « en renfort » soient indemnisés comme des salariés et non avec des indemnités de stage dérisoires comme c’est souvent le cas. 

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