Covid : en Russie, les morgues débordent

Publié le par angeline351

Covid : en Russie, les morgues débordent

En province, les ambulances tournent pendant des heures sans trouver de lits et les cadavres s'empilent dans les sous-sols des hôpitaux.

La vidéo est glaçante. Elle a été tournée le 25 octobre à Novokouznetsk, une ville sibérienne de 550 000 habitants. L'employé de la morgue d'un hôpital filme les lieux. Sa caméra s'attarde sur une première pièce, dite « de désinfection », où l'on aperçoit une machine à laver et quelques produits chimiques. L'homme avance. « Voici la zone sale », dit-il. Il n'a pas le temps de faire deux pas. Des cadavres s'empilent dans un couloir, tous emballés dans des sacs en plastique comparables à de grands sacs-poubelle. « Vous voyez le tas », dit-il, d'un ton las. Il tente de se frayer un chemin. « On peut même tomber, poursuit-il, on est obligé de marcher sur des têtes. » Sur une image, deux pieds fins avec des chaussettes colorées dépassent d'un sac. Ceux d'un jeune ou d'une femme. « Là-bas, c'est la salle d'autopsie », indique-t-il. Ce local est lui aussi rempli de housses en plastique déposées à la hâte, sur des tables ou à même le sol.

Vétusté des hôpitaux
Une autre vidéo circule. Un habitant à la recherche d'un proche propose la visite des sous-sols de l'hôpital n° 12 de la ville de Barnaoul (625 000 habitants), également en Sibérie, au sud de Novossibirsk. Les corps y sont entreposés. Un long corridor de plusieurs dizaines de mètres, tapissé de canalisations, les accueille. Le personnel a entassé les sacs noirs sur le côté afin de libérer le passage. « Et on nous parle de 13 morts pour toute la région de l'Altaï ! » enrage l'homme filmant avec son portable.

Chiffres sous-estimés
Face à la propagation de l'épidémie, le Kremlin entretient volontiers le déni. « La prise en charge médicale est bien plus stable ici que dans d'autres pays avancés », assure le porte-parole Dmitri Peskov. Qu'importe si 91 députés de la Douma (dont 38 hospitalisés) ont contracté le virus. Qu'importe également si les chiffres se révèlent sous-estimés, comme dans certains quartiers de Saint-Pétersbourg où l'écart entre le nombre de décès officiel et les incinérations pratiquées se compte en milliers.

Vladimir Poutine, lui, s'en tient à une ligne : pas de confinement. Il délègue le sujet aux autorités régionales, lesquelles se prononcent parfois en faveur de l'école et du travail à distance.

À Moscou, l'arbitraire des décisions débouche sur des situations ubuesques. Exemple : l'annulation des titres de transport gratuits, une mesure destinée à empêcher les plus âgés de prendre le bus ou le métro. Sauf que celle-ci pénalise aussi les mères de famille nombreuses, les invalides et les étudiants boursiers, désormais privés de moyen de déplacement.

Seule certitude : la plupart des établissements de soins sont déjà saturés. Une vidéo prise à l'hôpital régional de Tomsk montre une enfilade de patients, essentiellement des femmes âgées, allongés dans les couloirs, sur des brancards ou des bancs. À proximité, une employée, vêtue d'une combinaison, occupe sa place habituelle au guichet des admissions.

Les cadavres s'agglutinent

En province, les ambulances tournent parfois pendant des heures avant de pouvoir déposer leurs malades. Le 27 octobre, à Omsk, deux d'entre elles se sont vu refuser l'accès de tous les hôpitaux du coin. Au bout de dix heures d'errance et en signe de protestation, les deux véhicules ont débarqué à 21 heures au ministère régional de la Santé avec à leur bord un septuagénaire et une octogénaire au plus mal. Il a fallu l'intervention de la police pour régler l'affaire et finalement trouver deux lits.

Publié dans INFORMATION, EUROPE

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