Plouf ! Quand la CGT gère une entreprise…

Publié le par angeline351

Plouf ! Quand la CGT gère une entreprise…

Elles étaient belles, les vacances au camping trois étoiles Les Amis de la plage, en Vendée. Ou… peut-être pas. Géré par la CIAT, une structure liée à la Caisse centrale des activités sociales (CCASS), chargée de gérer les activités sociales du personnel des industries électriques et gazières – communément dénommée CE d’EDF –, ce site devrait changer de pavillon dans les prochaines semaines, tout comme une vingtaine d’autres campings frères. Ainsi en a décidé, le 17 septembre, le conseil d’administration de la CCAS, qui a perçu, en 2019, une dotation de 304,3 millions d’euros des entreprises du secteur de l’énergie. Tout cela s’est joué ric-rac.

Sur dix-huit administrateurs, neuf ont voté pour – tous de la CGT –, neuf, issus de FO, de la CFDT et de la CFE-CGC, se sont positionnés contre. Mais le président ayant une voix prépondérante, et étant issu de la CGT, la mise en vente a été actée. Résultat, la CCAS a donné son feu vert à la cession partielle de la CIAT à l’entreprise familiale MS Vacances, pour un montant de 24 millions d’euros payable sur trois ans, avec reprise de la dette bancaire de 19,6 millions. L’opération porte sur un périmètre de 22 campings sur les « 34 campings historiques exploités à ce jour ».

Plomberie fiscale

« Fragilisée par un endettement bancaire mal structuré dont les résultats d’, même s’ils étaient positifs, ne permettaient pas de retrouver un équilibre financier et encore moins de dégager les investissements nécessaires, la CIAT a également été impactée par un  industriel en 2016 sur le développement d’un projet d’habitat toilé. Cela a conduit la société à être encadrée par un protocole bancaire », explique dans une déclaration, consultée par Le Point, le président de la CCAS, Nicolas Cano.

La date prévisionnelle de réalisation de la cession est fixée au 30 septembre 2020, avec une date butoir fixée au 30 novembre 2020, conformément au protocole de conciliation, conclu le 6 mars 2018, soumis au  du tribunal de commerce de Paris par ordonnance du 15 mars 2018 et prolongé par les avenants du 30 janvier et 30 juin 2020.

C’est fin 2009 que la CIAT, créée en 1976 par André Trigano, est tombée dans l’escarcelle de la CCAS pour un montant de 84 millions. L’idée, alors, était de faire du « CE d’EDF » un leader du tourisme social. Spécialisée dans l’hôtellerie de plein , cette structure est  à 100 % par la CCAS, à travers deux holdings. D’après une présentation interne, ce montage juridique avait été privilégié pour « protéger le  fiscal » de cette structure, et lui éviter d’être soumise aux « impôts commerciaux ». En tout, ce sont 179 personnes en CDI qui travaillent au sein des trois filiales – en été, on peut dénombrer jusqu’à 1 200 salariés. Côté chiffre d’affaires, il s’élevait à 61,2 millions pour résultat net dans le rouge, à moins 6,6 millions d’euros ; il était de même pour les exercices précédents (61,6 millions de chiffres d’affaires pour 12,7 millions de pertes ; ou encore 60,1 millions de chiffres d’affaires pour 9,1 millions). Le Covid-19 n’y est pour rien, donc.

Lire aussi André Trigano : « Une voiture qui ne roule pas, ce n’est plus une automobile »

Investissements hasardeux

Des procédures de mandat ad hoc et de conciliation avaient d’ailleurs été ouvertes en 2014, 2016 et  avec pour but de mener des négociations entre les différents créanciers du groupe et les actionnaires, la recherche des sources de  pour assurer la poursuite d’activité du groupe, y compris par l’ouverture du capital, voire la cession de la structure. Dans ce cadre, un certain nombre de mesures ont été prises : la renégociation de la maturité de la dette, la mise en place d’un moratoire, et le recentrage des activités. Des dépréciations de titres avaient aussi été enregistrées en 2016, , 2018, respectivement pour 8,8 millions d’euros, 63,4 millions et 17 millions. Enfin et surtout, cette cession à venir, à MS Vacances, un groupe vendéen qui détient cinq sites, liés aux comités d’entreprise des dockers du Havre, la SNCF, Renault, les Chantiers de l’atlantique, Airbus…

La CIAT est un sujet de tensions au sein même de la CGT. Le Point a pu consulter plusieurs courriers adressés par des dirigeants de la CGT Énergie à leurs homologues : ils parlent de « gouffre financier », d’« investissement hasardeux », de « marasme économique », de « résultats désastreux », plus largement, ils exigeaient des « documents indispensables à la bonne compréhension de tous les enjeux ». Dans une des lettres des protestataires, il est même possible de lire : « Nous affirmons que le déficit structurel de la CCAS est dû pour une grande part à l’achat de la CIAT, qui représente un puits sans fonds (100 millions d’euros d’investissement depuis dix ans, 84 millions d’achat et 18 millions de dettes, soit au total 202 millions). » Et de poursuivre : « Force est de constater que les décisions prises depuis plus de 10 ans étaient faussées par le biais d’informations erronées, d’omissions, de silences coupables. » Ce groupe de contestataires internes à la CGT exigeait même une vente totale de la CIAT, et de conclure, sur un ton grave : « Le risque de connaître les mêmes mésaventures qu’au CE de la RATP est prégnant. » En 2011, la Cour des comptes avait dénoncé des  au sein de cette structure.

izlandbipbip.com

Publié dans INFORMATION

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article