Les hôpitaux français veulent rattraper leur retard dans l'accueil des patients étrangers

Publié le par angeline351

Les hôpitaux français veulent rattraper leur retard dans l'accueil des patients étrangers

Il faut arrêter de ressasser le fantasme de l'émir qui réserve une aile de l'hôpital au détriment des patients français !" Jean-Patrick Lajonchère, directeur général du Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph, qui a été chargé en 2016 d'une mission pour promouvoir l'excellence médicale française à l'international par le ministère des Affaires étrangères, défend son business. L'histoire à laquelle il fait référence date un peu, mais elle a marqué les esprits. En mai 2014, un membre de la famille royale d'Arabie saoudite avait privatisé neuf chambres de l'hôpital Ambroise-Paré (AP-HP) de Boulogne-Billancourt, pour y loger ses gardes du corps, réservé sept places de parking, fait installer des douchettes dans les toilettes et se faisait livrer des repas de traiteur.

Cette hospitalisation à prix d'or -270.000 euros, d'après Le Canard enchaîné- avait jeté le discrédit sur le marché embryonnaire de l'accueil des patients étrangers, aussi nommé "tourisme médical". Pourtant, les séjours très rentables de chefs d'Etat africains, émirs du Golfe, oligarques russes ou autres VIP du monde entier ne sont qu'une goutte d'eau dans cette filière des soins aux malades étrangers.

Filon sous-exploité en France

Ils sont koweitiens, américains, russes, libanais, algériens ou togolais. Cadres supérieurs de multinationales ou membres des classes sociales aisées. Quinze millions de personnes voyageraient chaque année pour se faire soigner à l'étranger. Le marché est colossal, évalué à 60 milliards de dollars aujourd'hui à l'échelle mondiale. Selon Allied Market Research, il pourrait peser 145 milliards de dollars en 2025. Or, selon un rapport commandé par l'ex ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius en 2015 à l'économiste Jean de Kervasdoué, l'accueil des patients étrangers ne rapportait alors que 120 millions d'euros à l'Hexagone, contre 2 milliards d'euros en Allemagne. Et le filon reste largement sous-exploité en France.

"Des dizaines de conciergeries médicales ou ‘agences facilitatrices' s'étaient positionnées sur ce créneau pour organiser des séjours, l'hôtel, les transports, mais la bulle a vite éclaté", reconnaît Elie Moarbes, PDG du Medical Tourism Network, qui a tenu pour la première fois son stand au grand raout du tourisme mondial, IFPM Top Resa, à Paris en octobre 2019. Selon lui, "les médecins français sont encore trop frileux, estimant que la santé n'est pas un produit comme un autre, et l'organisation à la française est encore très complexe, notamment pour obtenir un devis ou un visa". Pendant ce temps, l'Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni courtisent sans complexe cette patientèle, en nouant des partenariats avec des ambassades, arpentant les salons spécialisés et chouchoutant ces malades d'exception dans leurs structures de soins.

Prestations dédiées

"Un euro dépensé dans un hôpital génère deux à trois euros dans les hôtels, restaurants ou transports par les familles des patients", souligne le professeur Robert Sigal, directeur général de l'Hôpital américain de Neuilly et l'un des chefs de file de l'association French Health Care, qui rassemble entre autres l'AP-HP, l'Institut Gustave Roussy, l'Institut mutualiste Montsouris, l'hôpital Foch, l'Institut Curie, Saint-Joseph, les cliniques Vivalto… Unis pour promouvoir "la santé Made in France", ils veulent leur part du gâteau.

 

chanlenge

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