Pourquoi Laurent Berger est à côté de la plaque

Publié le par angeline351

Sur le terrain du " social ", le fait majeur des vingt dernières années est le remplacement de la CGT par la CFDT comme première force syndicale. Une organisation réformiste en lieu et place d'une centrale butée ayant souvent flirté avec la violence (l'homophobie en prime samedi 9 mai dans un tweet) : voilà, dira-t-on, une bonne nouvelle ! La vérité est hélas moins réjouissante. Au fur et à mesure qu'elle prenait de l'ascendant, la CFDT a en effet dérivé vers un anticapitalisme niaiseux qui n'apporte rien de bon, ni au débat public, ni aux salariés.

L'ambition " sociétale " de la centrale de Laurent Berger n'est pas nouvelle. Née en 1964 d'une scission de la CFTC (dont elle a emporté le gros des troupes), la CFDT s'est alors déconfessionnalisée sans pour autant abjurer une forme de messianisme. Le froc de la " morale sociale chrétienne " a été jeté aux orties, mais la dimension prophétique du christianisme originel…pieusement conservée. Les seventies virent logiquement la CFDT flirter avec le gauchisme semi-beatnik de l'époque (Larzac et " Vivre et travailler au pays "), cousin d'un certain catholicisme social, mais aussi avec des idées autogestionnaires saugrenues empruntées à Tito. Edmond Maire puis Nicole Notat permirent que, malgré quelques engouements douteux (comme le christique " partage du travail ", concept hélas ensuite inoculé aux politiques), la CFDT conjure ses tentations extra-syndicales.

Pas très loin de la décroissance
Depuis une dizaine d’années, voilà qu’elle succombe de nouveau à ses démons.

Pas très loin de la décroissance
Depuis une dizaine d’années, voilà qu’elle succombe de nouveau à ses démons. D’abord, en donnant sans cesse son avis sur ce qui ne la regarde pas (immigration, organisation territoriale, usage du 49-3…) Ensuite, en embrassant avec zèle la vision eschatologique et pénitentielle des écolos, empruntant même leur douteux sabir : le patron de la CFDT a appelé (avec, entre autres, la fondation de Nicolas Hulot) à une « conférence écologique et sociale du pouvoir de vivre » (sic) avec l’objectif de « repenser notre modèle de développement » (rien que ça !) puis lancé l’opération #construisonsdemain pour « bâtir l’après-Covid-19 » - ce qui exige, selon un Berger aux accents pikettyiens (à qui personne n’a apparemment dit que la France est déjà championne du monde des impôts et de la redistribution), « une contribution des plus riches et des grandes entreprises ».

Fini le syndicalisme du terrain, du contractuel et du raisonnable, ce fameux « syndicalisme responsable » ! Emportée par un lyrisme débridé, la CFDT n’a visiblement pas peur de la dimension coercitive de l’écologie à la Hulot et, si elle ne prononce pas encore officiellement le mot de « décroissance », elle n’en est plus très loin. Quand une puissante CGT annexe d’un parti communiste inféodé à Moscou dominait le paysage, le danger était à l’Est - mais, avec la CFDT de 2020, taraudée par un romantisme quasi-révolutionnaire, le risque est plutôt de se retrouver, comme on dit… complètement à l’Ouest ! Surtout, la CGT avait, avec tous ses défauts, le grand mérite d’avoir une approche positive de la production. La centrale de Laurent Berger, elle, la regarde avec défiance - comme si le bien du citoyen pouvait être fait contre son état de travailleur ! En un sens, la CFDT est aujourd’hui ce qu’était la CGT il y a cinquante ans : « l’idiot utile » des ennemis de la raison et de la liberté.

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