La défiance des Français vis-à-vis de l'Europe s'accentue avec la crise du coronavirus

Publié le par angeline351

En matière sanitaire, le coronavirus est particulièrement dangereux pour les septuagénaires . La règle semble aussi valoir en matière politique. Alors que l'on s'apprête à fêter samedi les soixante-dix ans de la déclaration de Robert Schuman, considérée comme l'acte fondateur de la construction européenne, l'Union européenne ressort un peu plus affaiblie, aux yeux de l'opinion, du choc provoqué par la pandémie, si l'on en croit le sondage réalisé par Elabe pour « Les Echos », Radio Classique et l'Institut Montaigne.

Seuls 20 % des Français jugent que l'UE a été à la hauteur de la crise, et ils sont plus de la moitié à réclamer un contrôle durable des frontières. « Cette désaffection touche tous les électorats, y compris celui d'Emmanuel Macron, qui va se retrouver dans une situation inconfortable pour répondre à des attentes qui vont à l'encontre de ses thématiques habituelles », prévient Bernard Sananès, le président d'Elabe.

Toutes les institutions ne sont pas égales devant la crise. Les collectivités locales ressortent renforcées de cette période, puisque les Français sont nombreux à juger que les communes (66 %), les départements (61 %) et les régions (58 %) ont été à la hauteur. Si bien que 55 % des personnes interrogées réclament un renforcement de leurs pouvoirs. « Lors du grand débat début 2019, une attente s'était exprimée pour une nouvelle étape de décentralisation, et cela reste encore vivace », juge Bernard Sananès.

Critiques sur le fonctionnement de l'Etat
A contrario, seulement 31 % des Français ont jugé que l'Etat avait été à la hauteur de la crise, avec un taux particulièrement bas chez les électeurs de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon (20 %). Cela ne se traduit pas nécessairement par un reflux anti-jacobin, puisque l'écrasante majorité des sondés veut plus de pouvoirs (43 %) ou leur maintien au niveau actuel (46 %) pour l'Etat.

« Les Français ne veulent pas moins d'Etat, mais ils sont critiques sur son fonctionnement. Ils estiment que celui-ci ne peut pas tout faire et doit inventer de nouvelles coopérations avec les collectivités locales, qu'il se fasse Etat assembleur », poursuit le sondeur.

Le regard est nettement plus critique pour l'Union européenne. Même les électeurs d'Emmanuel Macron sont seulement 32 % à juger qu'elle a été à la hauteur de la crise . Le thème de l'Europe qui protège, utilisé par la première fois par François Mitterrand et repris ensuite par tous ses successeurs, semble avoir été battu en brèche par la crise. Cela accentue les lignes de fracture autour de la question européenne : 34 % des Français voudraient privilégier une coopération avec certains voisins européens, hors du cadre de l'UE (notamment parmi l'électorat de François Fillon) ; 33 % estiment que la France ne doit compter que sur elle-même (sentiment fort dans l'électorat populaire) et 32 % estiment que la France doit renforcer l'Union (notamment chez les plus diplômés).

Aspiration à la relocalisation
Conséquence politique logique de cette défiance grandissante, l'ouverture des frontières - un des symboles de la construction européenne - n'a pas la cote, puisque 55 % des sondés veulent le maintien de leur fermeture après la crise. On note aussi une aspiration très forte à la relocalisation de la production en France : les Français y sont favorables pour la santé (85 %), l'alimentation (80 %) mais aussi la technologie (62 %).

Sondage effectué par Internet les 4 et 5 mai 2020 auprès d'un échantillon de 1.001 personnes, selon la méthode des quotas.

Publié dans INFORMATION, EUROPE

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