Covid-19 : L'assignation à résidence décidée en France s'imposait-elle vraiment?

Publié le par angeline351

Covid-19 : L'assignation à résidence décidée en France s'imposait-elle vraiment?

Enseignant chercheur à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), spécialiste des épidémies, Jocelyn Raude questionne l'approche "sécuritaire" et "autoritaire" adoptée par la France qui, en optant pour l'un des confinements les plus stricts d'Europe, n'a pas fait confiance à sa population. Une suspicion démentie par le civisme et le respect scrupuleux dont ont fait preuve les Français. 

Enseignant chercheur à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), spécialiste des épidémies, Jocelyn Raude questionne l'approche "sécuritaire" et "autoritaire" adoptée par la France qui, en optant pour l'un des confinements les plus stricts d'Europe, n'a pas fait confiance à sa population.

Comment jugez-vous le confinement mis en place en France ?

Jocelyn Raude -Tout d’abord, je voudrais souligner qu’il y une confusion trop fréquente entre la notion de confinement, qui renvoie au sens strict à l’enfermement, et celle de distanciation physique. Le confinement n’est qu’une politique parmi d’autres dont l’objectif est d’assurer une distanciation physique entre les gens, ce qui permet de limiter la transmission virale et de casser la dynamique épidémique.

Même s’il existe autant de stratégies de lutte contre l’épidémie que de pays, on peut schématiquement distinguer deux principaux modèles en Europe : un modèle libéral qui se limite à décourager ou à interdire les regroupements de personnes. Il est probablement plus lisible car il renvoie directement à l’enjeu de la distanciation physique. C’est ce qui a été fait en Suède, aux Pays-Bas, au Portugal, ou en Suisse. La France, elle, a appliqué un modèle autoritaire d’assignation à résidence universelle, comme l’Espagne ou l’Italie.

Ces deux approches renvoient à des manières très différentes de considérer les populations. Certains pays, comme l’Allemagne ou la Suède, ont dès le départ responsabilisé leurs citoyens qui ont été considérés comme des partenaires dans la crise. Les Etats ayant adopté une approche autoritaire, comme la France, ont au contraire considéré leurs populations comme des foules indisciplinées dont  il faut «surveiller et punir » les comportements déviants, avec des moyens de contrôle qui relèvent habituellement du maintien de l’ordre.

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