Masques distribués : à Bordeaux, Nice, Paris... à quoi servent-ils, seront-ils obligatoires ?

Publié le par angeline351

Masques distribués : à Bordeaux, Nice, Paris... à quoi servent-ils, seront-ils obligatoires ?

MASQUE CORONAVIRUS - En quelques jours, la position officielle sur le port de masques par la population a bien évolué ! Plusieurs villes et territoires ont même annoncé qu'ils distribueront prochainement des masques en tissu. Quelle est l'efficacité de ces masques, à quoi vont-ils ressembler ? Voici les premières réponses.

Le port d'un masque sera-t-il bientôt obligatoire ? Ce sera à l'Etat de trancher mais le débat est bel et bien ouvert depuis plusieurs jours à mesure qu'experts et politiques y vont de leurs recommandations. L'efficacité du masque artisanal, notamment en tissu, n'est pas démontrée dans la lutte contre le Covid-19 mais la position a largement évolué en quelques jours : "mieux que rien", "acte de civisme", "appel à la responsabilité", les arguments en faveur du port du masque sont de plus en plus nombreux.


Si vous ne vous sentez pas de vous lancer dans la couture et la confection de masques maison (voir nos conseils pour fabriquer votre masque), peut-être pourrez-vous bientôt compter sur votre mairie ou votre département. Plusieurs maires ont annoncé ces derniers jours qu'ils distribueront prochainement des masques à leurs administrés. Pas question ici des fameux masques chirurgicaux et FFP2 dont manquait tant le personnel soignant et qui leur sont désormais totalement réservés par l'Etat mais bien de "masques alternatifs" dits "masques barrière" ou "masques grand public". Ces masques pourraient même jouer un rôle clé dans le déconfinement.

Plusieurs types de masques vont par ailleurs arriver sur le marché. Les simples masques en tissu seront majoritaires mais l'Etat a annoncé des masques offrant de meilleurs niveaux de protection et qui devraient prochainement faire leur entrée dans le monde professionnel, à commencer par les services accueillant ou au contact du public. A quel type de masques pourrez-vous prétendre ? Quelles sont leurs particularités ? Seront-ils obligatoires ? Voici de premiers éléments de réponses.

A quoi vont servir ces masques de protection pour le grand public ?
D'"inutile" comme annoncé en début d'année par la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye à "mieux que rien" comme avancé par plusieurs experts début avril, la doctrine sur le port du masque artisanal a bien évolué en quelques semaines, si bien que ces masques paraissent d'un coup indispensables. Rappelons tout d'abord qu'ils ne doivent en aucun cas se substituer aux gestes barrières (se laver les mains régulièrement, utiliser un mouchoir à usage unique, tousser dans son coude...). Le masque n'est pas synonyme de protection totale et n'immunise pas contre le virus.


Seul le masque FFP2 protégerait efficacement du coronavirus. Quatre entreprises françaises ont entrepris d'en fabriquer et annoncent la possibilité d'en fournir près de 500 000 par jour. Problème, un masque FFP2 est à usage unique et doit être changé toutes les quatre heures selon les recommandations. Pour équiper efficacement la population française, il en faudrait donc... 100 millions par jour. De ce constat, est venue l'idée de les réserver aux soignants et de fournir des "masques non-sanitaires", selon l'appellation du gouvernement, aux Français. Ces masques, qui peuvent être en tissu, ne protègent pas du virus mais ont un avantage : ils limitent les cas contacts et ont un effet dissuasif : impossible de mettre, même par réflexe, la main à la bouche, acte qui représente un risque majeur de transmission du virus.

Ces nouveaux masques, qu'ils soient produits industriellement et destinés aux entreprises ou en tissu, auront donc pour but de fournir un nombre bien plus important de modèles à destination du grand public et de réduire les risques de pénuries de masques chirurgicaux ou FFP2 pour les soignants. Attention, il convient de rappeler qu'ils ne protégeront pas les porteurs de masques eux-mêmes. En revanche, ces "masques grand public", même en tissu, pourront aussi permettre de limiter les risque d'une propagation du Covid-19 de la part de personnes infectées qui sont parfois asymptomatiques et ne savent donc pas qu'ils peuvent transmettre le virus. En portant un masque grand public, ils réduiront les risques de transmettre et propager le Covid-19 lors de leurs déplacements ou interactions, par exemple dans le milieu professionnel… Quand le temps du déconfinement sera venu.

Masques distribués à Paris : à quoi vont-ils ressembler ? Seront-ils obligatoires ?
Mardi 7 avril, la mairie de Paris a annoncé la prochaine distribution de masques aux Parisiens, Anne Hidalgo ayant promis "deux millions de masques en tissu dans les prochains jours". Anne Hidalgo a par ailleurs annoncé que les masques en tissu prochainement distribués seront réutilisables et fabriqués à Paris. "On a lancé une [initiative] avec un réseau d'une trentaine de petites entreprises de l'économie sociale et solidaire pour fabriquer deux millions de masques réutilisables en tissu fabriqué à Paris qui seront offerts aux Parisiennes et aux Parisiens", a expliqué la maire de Paris sur France Info. "Comme le disent beaucoup de médecins depuis longtemps, il faut que chacun puisse avoir une protection : n'importe quel type de foulard ou de masque est mieux que rien", a-t-elle poursuivi. "Il faut qu'on apprenne (…) durablement à vivre avec ces protections".

Ces masques seront donc :

en tissu, réutilisables et lavables en machine à 60 degrés suivant les normes de l'Afnor.
livrés prochainement. 2 millions de masques sont commandés.
aux normes et en suivant les patrons de fabrication de l'Afnor.
Seront-ils obligatoires ? La maire de Paris n'a pas tranché pour une obligation et son équipe a rappelé que cette compétence revenait de toute façon au préfet, seul habilité à trancher pour une telle décision. La mairie de Paris semble toutefois favorable à un tel positionnement. "Il faut porter un masque, l'ambiguïté à trop duré", a ainsi jugé le premier adjoint à la maire de Paris Emmanuel Grégoire sur LCI mardi 7 avril.

Masques distribués à Nice : seront-ils obligatoires ?
Les mairies de Nice et de Sceaux sont les premières à s'être positionnées pour un arrêté municipal obligeant les habitants à porter un masque hors de leur domicile. A Nice, le maire Christian Estrosi assure qu'une fois les masques distribués aux habitants, il prendra "un arrêté portant obligation à toute personne sur le domaine public de le porter". Christian Estrosi a expliqué en visio conférence de presse lundi 6 avril que la mairie fournirait "d'ici huit à dix jours" à chaque Niçois "un masque lavable et réutilisable pendant un mois, qui respecte toutes les mesures sanitaires". Selon Nice-Matin, il s'agira aussi d'un masque en tissu produit par un fournisseur français et qui sera remis directement aux Niçois.

Masques distribués à Bordeaux : quelles infos ?
Bordeaux est la troisième grande ville française à annoncer la prochaine livraison de masques à la population. Nicolas Florian l'a confirmé mercredi 8 avril après une réunion avec le président de Bordeaux Métropole Patrick Bobet. "Je ne vais mentir, j'ai observé la proposition de Christian Estrosi à Nice durant le week-end, et pensé qu'il serait possible de le dupliquer pour Bordeaux, explique-t-il dans des propos repris dans le journal Sud Ouest. Lundi, nous avons discuté de cette possibilité et décidé de lancer l'opération. Entre temps, j'ai eu Patrick Bobet au téléphone qui s'est déclaré partant pour élargir l'opération sur toute l'agglomération bordelaise". A quoi ressembleront ces masques ? Voici les premières infos :

800 000 masques barrières produits localement.
Modèles en tissu.
Lavables à 60° et réutilisables, conformes aux normes basiques de protection Afnor.
Retraits des masques en point-relais de quartier ou portage à domicile, notamment pour les personnes âgées.
Quid des délais ? "A priori, nous avons pensé au déconfinement, dans l'hypothèse, où ce déconfinement aurait lieu début mai… les masques alors, auront été livrés", juge Nicolas Florian à Sud-Ouest. Ils ne seront pas obligatoires, à moins que l'Etat ne le décide entre temps. "Je ne suis pas habilité à rendre le port du masque obligatoire, assure le maire de Bordeaux à Sud-Ouest, seul l'Etat peut le faire. Nous le conseillerons fortement en attendant que l'Etat, via la préfecture de Gironde ne l'impose."

Et ailleurs ? Des initiatives locales déjà prises à Cannes, en Mayenne...
D'autres villes se sont positionnées et s'engagent à fournir prochainement des masques. C'est le cas en région PACA pour Cannes. "Chaque Cannois sera doté d'un masque en tissu à la norme AFNOR S76-001. Production en cours par notre manufacture", a confié David Lisnard sur son compte Twitter. Même initiative à Mandelieu-La-Napoule ou à Antibes ("pour le début du déconfinement", promet le maire, Jean Leonetti). Dans l'Ouest, c'est à l'échelle d'un département, la Mayenne, qu'une telle décision a été prise. "Le Conseil départemental de la Mayenne, présidé par Olivier Richefou, a fait le choix de lancer une commande exceptionnelle pour la fabrication de 300.000 masques en tissu lavable et réutilisables qui pourront être distribués dès le début du mois de mai à l'ensemble de la population mayennaise", explique un communiqué publié mardi 7 avril.

Le port du masque peut-il être rendu obligatoire ? Et au niveau national ?
La mairie de Sceaux a été l'une des premières à se positionner pour un arrêté municipal obligeant les habitants à porter un masque à chaque sortie de leur domicile. Problème, la mairie n'a en principe par cette compétence et l'arrêté peut être attaqué en justice. La Ligue des droits de l'Homme (LDH) a d'ailleurs rapidement saisi la justice pour la suspension de l'arrêté pris par le maire de Sceaux. "Les pouvoirs de police générale des collectivités territoriales ne permettent pas à l'autorité municipale de prendre des mesures plus restrictives que celles édictées dans le cadre de l'état d'urgence", explique l'association.

Ce sont en fait les représentants de l'Etat dans chaque territoire qui peuvent prendre cette décision. Il faudrait donc que le gouvernement se positionne pour une obligation du port du masque dans l'espace public pour que cela soit possible. Plusieurs maires, comme celui de Hyères Jean-Pierre Géran, ont critiqué en début de semaine un "coup de com" de la part de certains édiles... "Il est très important que toute la population soit traitée de la même façon. Il faut arrêter la course à l'échalote d'arrêtés municipaux pris de manière individuelle", a-t-il confié à Nice Matin.

Des masques prochainement dans les entreprises : à qui sont-ils destinés ?
En plus des masques en tissu promis par plusieurs maires début avril, le gouvernement a communiqué récemment sur la question des masques, pas seulement FFP2 ou chirurgicaux réservés aux soignants. Ils font l'objet d'une publication sur le site Entreprises.gouv.fr qui revient sur la création de deux nouveaux types de masques non sanitaires. Ces deux catégories de masques homologués et dont la fabrication devait être lancée ont également été annoncées par le Premier ministre Edouard Philippe en conférence de presse le 28 mars dernier.

La première catégorie de masques grand public pourrait être distribuée aux professionnels et salariés exerçant des métiers en contact avec du public : ce peut être le cas des caissiers de supermarchés dont la situation inquiète depuis plusieurs semaines, mais aussi des forces de l'ordre chargées des contrôles des mesures du confinement ou encore des agents des services publics ouverts comme les bureaux de poste… Le gouvernement donne quelques exemples sur le site Entreprises.gouv.fr et cite "les populations amenées à recevoir du public dans le cadre de leurs activités professionnelles (policiers, gendarmes, hôtesses de caisses, etc.)."
Le gouvernement a aussi donné quelques détails sur la deuxième catégorie. "Ce masque pourra être porté par l'ensemble des individus d'un sous-groupe (entreprise, service…) ou en présence d'autres individus porteurs d'un masque d'une autre catégorie, lorsque le poste ou les conditions de travail le nécessitent." Ces masques pourraient donc être délivrés directement dans les entreprises. Les modalités et conditions restent encore floues...
A quoi ressembleront ces masques promis par l'Etat ?
Ces masques permettront d'équiper le grand public mais aussi peu à peu de préparer le très attendu déconfinement. Si l'on suit le document de l'Afnor à destination des fabricants, ce masque barrière doit couvrir du nez au menton en offrant une protection complète de la bouche. Contrairement aux masques professionnels FFP2, il ne comprend pas de soupape inspiratoire ou expiratoire et ne filtre donc pas l'air. Le masque doit par ailleurs être réutilisable. L'Afnor recommande aux fabricants que le "masque barrière résiste à cinq cycles de lavage au minimum", un cycle correspondant à une durée minimale de 30 minutes avec un lavage à 60 degrés minimum. Toutefois, aucune précision sur le caractère lavable et réutilisable du masque n'a depuis été apportée par le gouvernement dans ses communications. Deux types de masques sont proposés à la fabrication, pour un rendu avec une forme "bec de canard" ou '"masque à plis". Parmi les matières recommandées et jugées conformes pour la fabrication industrielle de ces masques, on trouve le coton, le polyester ou encore le polyamide. Le tout est complété par un jeu de brides, soit un élastique ou un lien qui peuvent être cousus ou soudés au masque.

Quelles différences avec les masques des soignants, quel niveau de protection ?
Ces masques ne remplaceront pas les gestes barrières (distanciation sociale, se laver régulièrement les mains, utiliser un mouchoir à usage unique et le jeter, tousser dans son coude…) mais seront en complément. Ceux à l'usage des professionnels en contact avec le public devront filtrer "90% des particules de 3 microns" quand les masques destinés au reste de la population devront afficher un niveau de filtration de "70% des particules de 3 microns". Les 85 prototypes validés par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l'ANSES permettent ce niveau d'efficacité et un "port pendant 4 heures", précise une note d'information reprise par le site Numérama. A titre de comparaison, sachez que les masques chirurgicaux réservés aux soignants filtrent près de 99% de ces mêmes particules quand les masques FFP2 sont les seuls à protéger efficacement (à hauteur de 95% environ selon le ministère de la Santé) des plus petites particules (0,6 microns). Quant aux masques en tissu distribués par les villes, leur efficacité est loin d'être démontrée mais ce serait "mieux que rien"...

Quelles sont les recommandations sur le port de ces masques ?

Le "masque barrière" est l'appellation officielle prise par l'Afnor qui précise que ce masque n'est pas destiné à remplacer les masques FFP2 et chirurgicaux des équipes soignantes mais "à compléter les gestes barrières et les règles de distanciation sociale". Ce n'est donc pas un dispositif médical. Voici ce que l'Afnor expliquait fin mars dans le document destiné aux fabricants:

Un masque barrière est destiné à une utilisation par des personnes saines ou asymptomatiques.
Son port doit être limité à une demi-journée et sert de barrière de protection de la "zone bouche et nez" en empêchant les contacts avec la main ou les projections venues de contacts avec une autre personne.
Son port peut être efficace par exemple "pour une personne quittant son domicile pour se rendre sur le lieu d'exercice de l'activité professionnelle" ou pour "effectuer des achats de première nécessité". Seule une "protection limitée contre le risque" est revendiquée par l'Afnor.
L'Afnor ajoute au document un guide d'utilisation et de recommandations à destination du grand public. La pose d'un masque de protection doit en effet respecter certains principes pour en assurer l'efficacité, notamment de se laver les mains avant de le poser puis après l'avoir retiré.

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