Adhésion, inquiétude, critiques... Les premières réactions des parlementaires au discours de Philippe

Publié le par angeline351

Adhésion, inquiétude, critiques... Les premières réactions des parlementaires au discours de Philippe

Le discours très attendu du Premier ministre Edouard Philippe sur les modalités du déconfinement a fait réagir les parlementaires. Un discours qui ne convainc pas la France Insoumise, le parti communiste ou encore Debout la France.

 

Le Premier ministre Edouard Philippe s'est exprimé ce mardi 28 avril dans un discours attendu, qui a duré une heure et une minute, sur les modalités du déconfinement. A l'Assemblée nationale, Salle des quatre colonnes, puis de retour dans l'hémicycle, les députés livrent leurs observations sur ce plan stratégique de déconfinement du gouvernement.

Pour la majorité, l'adhésion est affichée. “Je trouve le discours adapté à la situation”, observe Roland Lescure, député LREM des Français établis hors de France. “ On a tous un rôle à jouer.” Gilles Legendre, président du groupe LREM à l'Assemblée, a salué le discours du Premier ministre, s'inscrivant dans la ligne du gouvernement. “Notre groupe approuvera cette déclaration avec la gravité et la détermination que ce défi implique de partager avec vous”. La majorité demeure toutefois divisée quant à la question de l'application controversée StopCovid. Un vote sur l'application sera convoqué à la suite d'une séance spécifique sur le sujet.

Un discours qui ne convainc cependant pas la France Insoumise, le parti communiste ou encore Debout la France. Lors de la reprise de la séance, le patron de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon a fustigé la gestion de la crise du gouvernement: "ordres et contre-ordres se sont enchaînés, tant et si bien que la confiance s'est brisée." “Il ne faut pas croire que la libre motivation des individus va suffire pour remplir les conditions du déconfinement”, s'indigne-t-il. Même son de cloche chez Danièle Obono, une des trois députés France Insoumise présentes dans l'hémicycle, député de Paris. “Franchement ça ne donne pas vraiment confiance dans la préparation, car de fait elle a été faite à l'envers parce qu'ils veulent relancer la machine à faire des profits”. "Cette date du 11 mai devrait être l'aboutissement d'un processus et pas le point de départ d'un retro-planning.” La France Insoumise annonce qu'elle ne votera pas le prolongement de l'état d'urgence sanitaire ce lundi, prévu de deux mois jusqu'au 23 juillet.

De même, Nicolas Dupont-Aignan, député de l'Essonne et président de Débout la France, déplore “la décision totalement contradictoire du gouvernement” d'ouvrir les écoles au printemps. Le Premier ministre “nous dit qu'il faut être prudent, et deux minutes après il aborde le rassemblement de millions d'enfants sans masques dans le primaire. Je voterai contre ce plan à regret, car ce plan n'est pas sérieux. Il y a deux plans en un: celui du Premier ministre, qui est plutôt précautionneux, et l'ordre du président de rouvrir les écoles.” Le député appelle à agir à l'instar de l'Autriche, qui a rouvert les écoles après les succès d'un premier plan de déconfinement.

 

Damien Abbad, président du groupe Les Républicains, regrette “un déconfinement low cost”, avec “beaucoup de recommandations et peu d'obligations”, après l'intervention du Premier ministre à l'Assemblée nationale. "

"Nous n'avons pas confiance" dans le plan de déconfinement du gouvernement, "difficilement applicable" faute de masques et de tests, a jugé le chef de file des députés LR. Selon l'élu de droite, le plan est "difficilement applicable" en raison d'"injonctions contradictoires", en particulier sur la réouverture des écoles. "Sans masques et sans tests suffisants, vous serez pris dans l'impasse d'un déconfinement impossible. (....) Comme plus de six Français sur dix, nous n'avons pas confiance, nous n'avons plus confiance", a insisté Damien Abad, dont le groupe a prévu "majoritairement" de s'abstenir.

Il a aussi reproché au Premier ministre de "s'asseoir sur le Parlement et la démocratie" par un "excès de rigidité", avec le refus du gouvernement de décaler le vote d'au moins 24 heures pour laisser un délai de réflexion aux oppositions. Sur le fond, le député LR a pointé "quatre failles": "le manque criant de masques et de tests", des "injonctions contradictoires" sur les écoles, la "grande absence du volet sécurité" et un redémarrage économique incertain. En matière économique, Damien Abad a réclamé "d'accélérer la reprise économique dans les départements les moins touchés, en rouvrant dès le 11 mai les commerces, cafés, hôtels et restaurants".

Olivier Faure, président du PS, affirme : "vous n'aurez pas notre vote" Dans cette crise, le gouvernement a raté son rendez-vous avec le pays. Comme depuis 3 ans, le président fait seul, et nous fait prendre à tous le risque d'échouer."

Fabien Roussel, député communiste, se dit “très inquiet” des incitations de l'exécutif à “faire reposer la réussite du déconfinement sur le civisme des Français”, remarque-t-il. “Il faut faire la différence entre tenir compte de la réalité du terrain et tout faire reposer sur le terrain.” Le député regrette “l'absence de doctrine sur les masques” et demande leur gratuité.

L'opposition condamne dans son ensemble les "injonctions contradictoires" du gouvernement et sa gestion de la crise qui n'incluerait pas l'Assemblée Nationale dans la conception des politiques stratégiques.

Hors de l'Assemblée nationale, réactions acerbes
Sur les réseaux sociaux ou via des communiqués, les parlementaires se sont exprimés.  Rachid Temal (sénateur PS) estime, sur twitter : "Donc pas de masques ni tests pour tous les Français à partir du 11 mai. Encore beaucoup de travail pour réussir le déconfinement, la question de l'école est symbolique. Là où Edouard Philippe est le meilleur c'est dans sa propre défense !" 

Le député Matthieu Orphelin explique son vote via un communiqué : "j'ai voté pour le plan de stratégie de déconfinement présenté par le Premier Ministre à l'Assemblée, dans un esprit de responsabilité, malgré les conditions inacceptables du débat parlementaire." Et de regretter que certaines questoins "essentielles restent sans réponse.", comme celles de l'éducation, l'application StopCovid, ou encore des mobilités.

Aussi sur twitter, David Cormand, eurodéputé EELV, commente : "On comprend quand même en creux, en écoutant le plan de déconfinement présenté par le Premier Ministre, que le gouvernement traîne comme un boulet le totem de la date du +11 mai+ avancée unilatéralement par le Président de la République...". 

Sur TF1, Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, appelle à la prudence : "Beaucoup d'interrogations" après le discours du Premier ministre "mais surtout un message de vigilance à nos concitoyens: il faut continuer à respecter la distanciation et à respecter les gestes barrière".

Julien Aubert, député LR, a déclaré : "Il s'agit plus d'une méthode au cas par cas qu'un plan. Une telle stratégie méritait un débat, une analyse à froid. Je n'ai pas entendu un seul mea culpa. Edouard Philippe a l'art de se victimiser. Je maintiens mon vote pour protester contre cette manière de gouverner".

Dans un communiqué, Florian Philippot, président des Patriotes, estime que "Édouard Philippe a présenté une énorme usine à gaz mal ficelée" et "le gouvernement est perdu depuis le début, il l'est sans doute encore davantage aujourd'hui". "Il mettra donc des frontières intérieures entre Français, alors qu'il refuse toujours de fermer les frontières de la France."

Prudence des syndicats enseignants
Du côté des syndicats enseignants, c'est la prudence qui prime. Pour Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT (représentante des personnels de direction de l'Education Nationale), "il faut prendre le temps d'affiner encore les choses. Notre ligne directrice depuis le début c'est pas trop vite, pas trop fort. Nous devons voir le ministre de l'Education pour rentrer dans le détail dès cette semaine. Nous revendiquons une vraie semaine de pré-rentrée pour le premier degré. Nous voulons pleinement associer les parents à ces décisions. Les choses doivent être claires : si une école ne peut mettre en place le protocole, elle ne rouvrira pas". A noter "l'évolution majeure du décalage du calendrier du lycée qui ouvrira au plus tôt, pour les lycées professionnels le 2 juin. Cela pose la question de la légitimité de rouvrir des lycées pour seulement quelques semaines". 

 

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