JUILLET 1989 : LOI JOSPIN : LOI SCÉLÉRATE

Publié le par angeline351

JUILLET 1989 : LOI JOSPIN : LOI SCÉLÉRATE

Nous avons vu dans un article précédent, « loi Savary, loi scélérate » :

http://force-ouvriere44.fr/1982-loi-savary-loi-scelerate/
comment le projet de loi du ministre socialiste Alain Savary avait, fort heureusement, lamentablement échoué. A l’intérieur de la F.E.N. Fédération (autonome mais pas indépendante !) de l’Éducation Nationale, les militants syndicalistes s’organisent. Sous l’impulsion de François Chaintron et de Bernard Bolzer (plus tard rallié aux délices de la « gauche plurielle ») sort un appel, le 11 novembre 1983, à rejoindre le combat du syndicalisme confédéré, à rejoindre la CGT-FO. L’appel affirme :

« La gestion tri partite, la religion des conseils portent en germe la dénaturation des principes de l’école laïque de l’école. ( …) La dérive de la F.E.N. correspond précisément à son rapprochement avec les positions de la C.F.D.T. »

Avec le renforcement des syndicats FO dans l’enseignement, les ministres auront du fil à retordre.

Une « société sans statuts ? NON syndiquez-vous à FO !

Mais, bien sûr, les ministres qui ont succédé à Savary n’ont pas renoncé à poursuivre l’offensive contre le service public, contre l’école publique laïque. (1).

Incontestablement l’adoption de la loi d’orientation Jospin de 1989, plus de 30 ans déjà ! a marqué une étape importante dans le processus de destruction du service public.

 L’instruction, voilà l’ennemie !

François Périgot, président du C.N.P.F. (Centre National du Patronat Français, ancêtre du M.E.D.E.F.) sonne la charge.

Il déclare au Monde de l’éducation (octobre 1988) :

« Les méthodes pédagogiques du système éducatif, ses exigences, les disciplines qu’il enseigne, n’apprennent pas aux jeunes les attitudes mentales dont ils ont besoin. Le système éducatif n’a pas pour seule raison d’être de délivrer des connaissances ; il doit apprendre aux jeunes à apprendre, agir sur leurs attitudes, et leurs comportements ( … ) et nous, chefs d’entreprise, nous n’avons sans doute pas fait l’effort nécessaire pour l’expliquer au monde éducatif. Un exemple : dans le système scolaire, comment apprend-on aux jeunes à apprendre ? Avec un manuel, un professeur et un examen, qu’il faut réussir mieux que les autres. Comment apprend-on dans l’entreprise ? Rarement avec un livre, souvent sur le tas, jamais seul, toujours avec les autres … »

 Que répond le nouveau ministre Jospin à ce concentré d’obscurantisme ?

« Une loi d’orientation sera promulguée en 1989 », titre Ouest-France du 21 octobre 1988.

De quoi s’agit-il ?

Il y a les revendications des salariés. S’agit-il d’y répondre positivement, d’ouvrir des négociations ?

Dans une émission, « questions à domicile », Jospin déclare :

« Les revendications peuvent être légitimes, mais on ne peut pas tout, tout de suite ». Il ne dit rien des « revendications » du C.N.P.F.

Par contre, il insiste sur ce point : il faut « sélectionner » les revendications. Il cite celles des infirmières et des enseignants. Évidemment, il n’y a aucun engagement précis à les satisfaire.  C’est que Périgot veille. Le 1er ministre de la « deuxième gauche », militant CFDT, Michel Rocard, ne laisserait pas faire non plus.

Jospin dit : « l’Éducation est dégradée ». Alors, que faire ? Abroger la législation anti-laïque, la loi Debré ? Il n’en est pas question ; bien au contraire.

Rocard, à « gauche », Jospin, à « gauche » aussi.

 

 

Depuis le plan Savary, des dizaines de milliers de syndiqués ont fui la FEN     et surtout le SNI. Avec la loi d’orientation Jospin, c’est une véritable hémorragie.

Notre CGT-FO, bien que consciente des obstacles multiples se dispose pour les accueillir.

Opération « enfumage ».

Jospin déclare : « Je suis en mesure d’annoncer que je vais ouvrir la négociation sur la revalorisation ». Il ne dit rien des « contreparties ». On apprend cependant que notre ministre de « gauche » n’est pas « intellectuellement »  hostile à « l’avancement au mérite des professeurs ». Messieurs Périgot et Rocard peuvent apprécier tant de bonne volonté.

Jospin, dans la continuité du quatrième ministre de l’Éducation de Pétain, Jérôme Carcopino, dénonce « la lourdeur des programmes, l’empilement des connaissances … »

Le quotidien le Monde de l’ex Vichyste Hubert. Beuve-Méry s’émerveille :

Le ministre prône « un allègement du nombre de cours au profit du développement pendant le temps scolaire du travail personnel ». (Le Monde du 22 octobre).  C’est la divine surprise.

L’article (anonyme) du quotidien semi officiel se termine par ce cri d’espérance : « Dans le cadre d’une évolution des rythmes scolaires, monsieur Jospin estime qu’une plage horaire pourrait être dégagée le mercredi ou le jeudi ou un autre jour, pour rendre possible une éducation religieuse qui se situerait à priori hors de l’école ». 

A priori hors de l’école ? Donc, pas forcément. Là, Jospin rejoindrait le troisième ministre de l’éducation nationale de Pétain, Jacques chevalier, celui qui a voulu imposer « l’enseignement religieux », sur le temps scolaire, dans les locaux de l’école publique.

Le Monde, toujours, nous informe que, de Lourdes, le cardinal Decourtray, a déclaré souhaiter « une plus grande coopération entre l’Eglise et l’Etat » et a voulu ranimer la flamme d’une « laïcité ouverte ». Le saint homme espère reprendre le chantier de la « rénovation » brutalement interrompu en 1944 …

Le contenu précis de l’enfumage … en attente.

Le « syndicat » autonome gouvernemental, le S.N.I. (Syndicat National des Instituteurs) ou plutôt, ce qu’il en reste, lance sa campagne pour la transformation de l’Éducation nationale.

Sans « transformation », pas de « revalo » ! Il faut explique l’école libératrice, journal du « syndicat », une revalorisation particulière aux enseignants. Il faut par-dessus tout éviter « de voir l’ensemble des catégories de fonctionnaires poser leur exigence de revalorisation ».

La « transformation » revendiquée par le S.N.I suppose un changement de statut. Dans un premier temps, les « modernisateurs » restent dans le flou. Et quand c’est flou …

Etranglement budgétaire et « transformation »- privatisation, les deux axes de la « rénovation ».

Le Monde titre bravement : « la revalorisation de la condition des enseignants coûtera entre sept et quarante milliards de francs ».  (23 novembre 88).

En attendant, les statistiques officielles ne peuvent masquer ce bilan accablant : « depuis cinq ans précisément, la proportion de classes de plus de 35 élèves est passée de 15 % à 39 % ». Il est vrai que Savary avait déclaré en prenant ses fonctions en 1981, qu’une classe de 25 ou 30 élèves, ça n’a pas d’influence sur le résultat scolaire des élèves. 

Le « syndicat » officiel claironne en novembre : « la circulaire de rentrée (septembre 1989) est en concertation ». Les « priorités » de Jospin sont : « associer les familles » à la « rénovation » ; préparer les élèves (les « apprenants ») à l’exercice futur la citoyenneté ».  Du bla bla …

Les militants FO organisent la résistance.

 Le CCN de septembre a adopté à l’unanimité, mais après d’ « âpres débats » (A. Hébert) une résolution qui précise :

«Concernant l’enseignement, le CCN estime que l’école, au même titre que la protection sociale, le pouvoir d’achat, l’emploi, fait partie des préoccupations premières de la CGT-Force Ouvrière. Défendre les salariés c’est d’abord agir pour qu’ils acquièrent dans leur jeunesse les connaissances et les aptitudes nécessaires pour tenir leur place dans un monde professionnel de plus en plus exigeant et dans tous les actes de la société. Le CCN confirme la volonté de la Confédération de développer le syndicalisme FO dans l’enseignement. Le CCN de la CGT-Force Ouvrière considère qu’il faut s’en tenir à la vocation de l’école: instruire les jeunes et les amener au meilleur niveau de connaissances qu’ils sont capables d’atteindre, sans se substituer aux familles auxquelles appartient l’éducation de leurs enfants»

Les partisans honteux, rarement avoués, d’une « recomposition syndicale », c’est-à-dire d’un rapprochement avec la F.E.N et la C.F.D.T. ont voté la résolution. Coup dur pour le ministre, le gouvernement, le patronat, les cléricaux, les partis de « gauche » …

Rocard-Decourtray.

Après l’échec du plan Savary, l’Eglise prie pour le succès du plan Jospin-Rocard.

Rocard : un 1er ministre, porte-parole officieux du C.N.P.F.

En janvier 89, Rocard écrit :

« Je souhaite qu’une carrière normale d’enseignant s’accompagne de la quasi obligation de passer deux ou trois ans à faire autre chose, dans l’entreprise, dans la fonction publique, en dehors du système éducatif ». Son modèle, c’est l’Allemagne : « L’Allemagne se porte mieux que nous. Or, elle n’a pas de ministre fédéral de l’Éducation,  l’Éducation est complètement éclatée entre les Lânder. »

Rocard imagine pour ceux qu’il nomme avec mépris, « le stock d’enseignants existant » une part de rémunération locale.

Question du journaliste : Peut-on imaginer des parts de rémunération de la part des collectivités locales ?

Réponse de Rocard : « A terme, on peut tout imaginer ». 

La priorité pour le 1er ministre, militant C.F.D.T. est de casser le corps des instituteurs.

« Si on prend une optique indiciaire, on se heurte à la grille fonction publique. Mais si on définit de nouveaux corps, avec de nouvelles obligations de service, pour faire un autre métier, on introduit dans la grille de la fonction publique des gens qui n’y étaient pas » ce qui évite les revendications en chaîne.

Pour ce tour de passe-passe, Rocard félicite la F.E.N. (Fédération de l’Éducation Nationale) qui a effectivement bien collaboré. C’est elle, rappelle Rocard, qui est à l’origine du slogan : « travailler autrement », ce qui signifie, travailler plus pour gagner moins par la grâce du blocage du point d’indice.  

La F.E.N.  devenue U.N.S.A. et la CFDT, toutes deux à l’origine de l’actuelle contre-réforme des retraites écrivent en 1988 la « contre-réforme » Jospin. Continuité …

Quant au S.N.E.S. (branche lycées collèges de la F.E.N.) dirigé par le P.C.F. il appelle dès novembre 1988 à une multitude de « journées d’actions » aux objectifs parfaitement imprécis : les « fameux temps forts ». (par opposition aux temps faibles … !)

Au centre : le « projet d’établissement ».

Jospin, dit « jospingre » et Rocard prétendent modeler le fonctionnement du public sur les  établissements privés, c’est-à-dire confessionnels. Tout se concentre sur l’article 18.

Art. 18. – Les écoles, les collèges, les lycées d’enseignement général et technologique et les lycées professionnels élaborent un projet d’établissement. Celui-ci définit les modalités particulières de mise en œuvre des objectifs et des programmes nationaux. Il fait l’objet d’une évaluation. Il précise les activités scolaires et périscolaires prévues à cette fin.

Les membres de la communauté éducative sont associés à l’élaboration du projet qui est adopté par le conseil d’administration ou le conseil d’école, qui statue sur proposition des équipes pédagogiques pour ce qui concerne la partie pédagogique du projet.

Des établissements peuvent s’associer pour l’élaboration et la mise en œuvre de projets communs, notamment dans le cadre d’un bassin de formation.

Les établissements universitaires peuvent conclure avec des établissements scolaires des accords de coopération en vue, notamment, de favoriser l’orientation et la formation des élèves.

Les établissements scolaires et universitaires organisent des contacts et des échanges avec leur environnement économique, culturel et social.

Le SNUDI-FO mène une large campagne auprès de tous les personnels afin de les alerter des dangers contenus dans cet article de loi.

La loi Jospin organise la scolarité en trois cycles, les programmes sont définis pour chaque cycle. Les instructions officielles opposent les « compétences » acquises aux connaissances. Tous les ministres inscriront leur action dans le cadre de la loi d’orientation de 1989.

 La CGT-FO se bat pour les revendications.

Fidèle aux traditions de la Vème république, le gouvernement a tenté d’associer tous les syndicats à l’élaboration puis à l’application de sa politique.

Fidèle à ses origines (la charte d’Amiens) notre Confédération, un peu seule, il est vrai, a fait front. (2).

Lors d’une « table ronde » organisée par le pouvoir le 28 février 1989, Jean clade Mallet, Secrétaire confédéral, chargé des questions de l’enseignement, a lu une déclaration qui affirmait notamment :

« Monsieur le ministre d’Etat (L. Jospin),  … au cours de la présentation du projet de loi d’orientation, vous vous êtes livrés à un constat indiscutable : il y a dégradation des conditions d’enseignement avec l’augmentation du nombre d’élèves par classe.

L’analyse des orientations et des propositions a amené notre congrès confédéral a exprimé le vœu unanime  de l’abandon de votre projet. ( … ). (3)

( … ) La décentralisation a placé les établissements sous une dépendance politique et menace de ruiner le principe de l’égalité en droit devant l’instruction.

( … ) Les responsables de nos syndicats d’enseignants ont exprimé leur sentiment sur ce qu’il convient d’appeler la revalorisation des professions d’enseignants. Sachez seulement que la Confédération Force ouvrière tout entière soutient les revendications de ses syndicats concernés ».

Marc blondel, secrétaire général de la Confédération en 1989.

Les instituteurs perdent notamment le droit à la retraite à 55 ans et le droit au logement de fonction. Ils « bénéficient » d’un nouveau statut qui prévoit que « l’enseignement » proprement dit est l’une de leur tâche …

ce qui ouvre la voie à n’importe quoi.

Jospin chassé du pouvoir, ses successeurs maintiennent sa loi et cherchent à l’aggraver ; en particulier, François Fillon avec sa loi d’orientation de 2005.

Toutes ces questions restent d’actualité.

Jean Michel Blanquer 1er ministre « marcheur » de la Vème république s’inscrit pleinement dans la continuité de ses illustres prédécesseurs. Comme eux, il se heurte à la résistance des personnels et de la jeunesse. Mêmes objectifs, mêmes méthodes : il déclare :  
1 / « Les enseignants ne verront pas leurs pensions baisser ».
2 / Nous sommes à l’aube d’une revalorisation historique des rémunérations des personnels de l’Education nationale ».
 
Double mensonge pour tenter de masquer la volonté de casser le statut.
La FNEC-FP-FO  indique par un communiqué du 14  janvier :

( … ) « Pas question d’accepter ce jeu de dupes !

Pour le ministre Blanquer, il faudrait cesser la grève, la défense des revendications, se vendre pour un plat de lentilles, et accompagner la modification de nos carrières, du temps de travail, de nos missions.

La FNEC FP-FO a refusé de se ranger derrière cette mascarade. Avec sa fédération de fonctionnaires la FGF- FO, la FNEC FP-FO s’est adressée au gouvernement pour exiger l’ouverture de vraies négociations portant sur l’augmentation des salaires.

La FNEC FP-FO le dit clairement au ministre : depuis 42 jours les salariés du public et du privé sont en grève, ils sont déterminés. Ils ne sont pas dupes des manœuvres gouvernementales, que ce soit le coup monté entre Edouard Philippe, la CFDT et l’UNSA sur « l’âge pipeau », ou la pseudo-revalorisation annoncée à l’Education nationale… »

Ce que confirme le « domestique » N°1 de la F.E.N. Yannick Simbron : « Il faut conclure au plus vite … il y a l’opposition de FO … tous les autres syndicats, toutes les autres confédérations se sont déclarés en accord avec les objectifs » de la contre-réforme.
Les plus anciens n’ont pas oublié que c’est le moment choisi par une poignée de militants, menés par Bolzer, individus « qui n’ont rien compris au syndicalisme confédéré » (selon une expression d’Alexandre Hébert), pour afficher leur désaccord avec la confédération et surtout, refuser d’en discuter dans le cadre du congrès statutaire du SNUDI que Bolzer refuse de convoquer.

Le camarade J. SALAMERO, secrétaire de l’UD FO de Gironde, s’interroge :

« S’agit-il d’une initiative de ceux qui n’ayant pu transformer la Confédération FO, tentent une opération de déstabilisation ? S’agit-il d’une volonté de constituer une tendance dans la Confédération ». (Comme il en existait dans la F.E. N.).

La réponse ne tardera pas. Vite marginalisés, ces quelques-uns se retrouvent à l’UNSA et au parti « socialiste » d’Epinay – c’est un peu la même chose ! –  dans les allées du pouvoir.

Les contre-réformes devront être abrogées ; les lois anti laïques aussi. Il faudra rétablir un ministère de l’instruction publique, créer tous les postes statutaires pour abaisser massivement le nombre d’élèves dans chaque classe … FO HEBDO titre : « La France a besoin de 375 000 enseignants supplémentaires ».
J.M  février 2020.

 

Publié dans INFORMATION, FO44

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