Banques : les emplois sacrifiés sur l’autel des profits

Publié le par angeline351

Banques : les emplois sacrifiés sur l’autel des profits

Le secteur bancaire resserre encore un peu plus le cordon.
Depuis la crise qui avait entraîné les premières hémorragies, il n’a cessé de supprimer des emplois à travers le monde, dont en France. Les banques européennes ont annoncé la disparition de pas moins de 44 000 postes depuis le début de l’année.
Les plans se succèdent, les incitations aux départs plus ou moins volontaires se multiplient. Raisons avancées : la digitalisation, incontournable mais toujours au détriment des salariés, puis les taux bas, voire négatifs, ou autres incertitudes économiques.

De 2008 à 2015, les banques à travers le monde ont supprimé quelque 600 000 emplois, selon un bilan de l’agence financière Bloomberg en 2016. Non seulement elles ont poursuivi le mouvement mais elles comptent bien, littéralement, ne pas s’en contenter. Une nouvelle vague, pour ne pas dire un tsunami, a été annoncée en cet automne 2019 : au total 44 000 suppressions de postes, qui en fait pourraient être 50 000, et même plus, tant les acteurs du secteur semblent céder à l’émulation. Depuis le début de l’année 2019, une bonne dizaine de grandes banques européennes ont ainsi affiché leurs intentions de tailler encore plus dans le vif.

Parmi moult exemples, le géant britannique HSBC a annoncé quelque 4 700 suppressions de postes en août, puis 10 000 le 7 septembre, soit plus de 4 % du total de son effectif (238 000 personnes), selon le Financial Times. Les banques allemandes sont dans le même mouvement. Deutsche Bank en envisageait 18 000 en juillet, le plus grand plan de restructuration de son histoire, et Commerzbank, deuxième établissement du pays, 4 300 suppressions. Pour la banque espagnole Santander, il s’agit de quelque 3 200 suppressions, représentant 10 % de ses effectifs.

La continuité de la transformation
Les banques françaises ne sont pas en reste. Entre autres, la Société Générale qui, le 9 avril dernier, confirmait la suppression de 1 600 postes dans le monde, dont 750 en France, principalement dans la banque de financement et d’investissement (BFI). Le 20 septembre, la direction faisait part aux représentants du personnel de sa volonté de supprimer 530 nouveaux postes à l’horizon 2023, et ce, dans son activité de banque de détail en France. Et de préciser qu’il ne s’agissait pas d’un nouveau plan de réorganisation, mais de la continuité de la transformation. Et cette transformation fait penser à une stratégie de suppression permanente des postes pour une recherche du moindre coût de la masse salariale. Depuis des années, FO dénonce la politique de la Société Générale, qui demande toujours plus mais avec moins de salariés, réagissait alors FO-Société Générale, soulignant que la banque a déjà amorcé la suppression de 3 450 postes en France et la fermeture de 500 agences entre 2015 et 2020, et ce, malgré 3,8 milliards de bénéfices en 2018 !. Chez le groupe BNP Paribas (BNPP), ce sont les mêmes procédés qui sont mis en œuvre.

Réduction de voilure : la galère pour les salariés
Le groupe Société Générale a même augmenté le montant des réductions de coût devant être réalisées dans le cadre de son plan stratégique lancé en 2017. D’abord annoncé à hauteur de 2,7 milliards d’euros, il a été porté à 3,3 milliards en début d’année, soit 600 millions d’euros de plus d’ici à 2020, dont 350 millions pour la banque de financement et d’investissement. Motif : assurer sa croissance rentable et durable. La voilure des filiales belge (Fortis) et italienne a été fortement diminuée : fermetures d’agences et quelque 2 500 emplois supprimés d’ici à fin 2022 (sur environ 13 000 aujourd’hui) outre-Quiévrain et, de l’autre côté des Alpes, un plan de départs volontaires, environ 1 500 équivalents temps plein d’ici à 2021. Dans l’Hexagone était confirmé, fin août, le désir de supprimer 446 à 546 postes en trois ans chez BNP Paribas Securities Services. En septembre, le groupe BNP Paribas négociait un plan de départs volontaires dans sa filiale de gestion d’actifs avec pour objectif une réduction de 10 % de ses effectifs parisiens, soit une centaine de postes. Le groupe a précisé vouloir donner la priorité à la mobilité interne, sans départ contraint. Mais, ne serait-ce qu’en 2018, il a été accusé de pratiquer des licenciements déguisés, avec un taux de démission qui a atteint 18 %, avait alors dénoncé Mireille Herriberry, responsable de la section banques et sociétés financières à la FEC-FO (Fédération des Employés et Cadres). Régulièrement classé dans les entreprises qui paient le plus de dividendes au monde, BNP Paribas s’est targué début mai dernier d’un bond de son bénéfice net de 22,4 % à 1,91 milliard d’euros pour le premier trimestre, puis, fin juillet, d’un bénéfice net en hausse de 3,1 % à 2,46 milliards d’euros au deuxième trimestre 2019.

Comme nous le répétions depuis ces dernières années, la dégradation des conditions de travail s’amplifie pour les salariés des banques. Les trois quarts des salariés pointent un alourdissement de leur charge de travail. Et ils sont de plus en plus nombreux à se dire inquiets pour leur emploi, déplorait en septembre Mireille Herriberry. Ses craintes se sont révélées justifiées.

Dividendes first
Les banques françaises se sont distinguées ces dernières années par la hauteur de leurs dividendes. En février 2017, la société de gestion Henderson Global Investors pouvait ainsi écrire que si l’Hexagone est le meilleur payeur de dividendes en Europe, c’est principalement grâce aux banques françaises, dont la situation est de nouveau bonne, et qui ont augmenté leurs paiements de 53 % par rapport à 2015, soit une hausse de 2,8 milliards de dollars.

Les banques ne manquent jamais d’arguments pour pratiquer des coupes claires dans leurs effectifs : crise financière, dont pour beaucoup elles sont à l’origine, informatisation (au pas de charge) et maintenant taux d’intérêt trop bas, voire négatifs. Elles sont moins enclines à pratiquer la même chose dans leurs marges ou dans les dividendes versés. Bien au contraire puisque c’est en taillant dans l’humain qu’elles peuvent les conserver.

Publié dans COMMUNIQUE FO, INFORMATION

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