«Gilets jaunes» : le patronat satisfait, les syndicats méfiants

Publié le par angeline351

«Gilets jaunes» : le patronat satisfait, les syndicats méfiants

Alors que le patron du Medef appelait l'exécutif à «prendre ses responsabilités», les différents représentants syndicaux restent sur le qui-vive après les annonces faites par Édouard Philippe pour atténuer la colère des «gilets jaunes».

La pression s'accentue sur l'exécutif qui a finalement fait un geste pour sortir de la crise des «gilets jaunes». Smic, coût des carburants, fiscalité écologique... Les annonces d'Édouard Philippe ont suscité de nombreuses réactions, tant dans la classe politique que chez les «gilets jaunes» eux-mêmes. Les organisations syndicales ont également commencé à réagir, saluant des avancées tout en restant sceptiques quant à la gestion du dossier «gilets jaunes». Le contexte reste difficile pour le gouvernement: la CGT a appelé à une nouvelle «grande journée d'action» le 14 décembre pour «une augmentation immédiate des salaires, pensions et de la protection sociale».

FO s'est montrée particulièrement circonspect face aux déclarations du gouvernement, expliquant que ce dernier «ne semble pas bouger sur le smic», et que ses attentes quant à la «revalorisation du point d'indice dans la Fonction publique» demeurent insatisfaites. Saluant le moratoire sur les taxes, «une amorce de réponse» aux demandes des Français, le syndicat «réaffirme la nécessité d'une augmentation générale des salaires et du pouvoir d'achat», et demande des «négociations» sur ce sujet. De son côté, la CFDT a d'abord félicité des décisions «visant à renouer le dialogue», tout en mettant en garde contre une remise en cause du «cap de la nécessaire transition écologique». L'organisation appelle «plus que jamais à la construction d'un pacte de la conversion écologique». Elle appelle parallèlement les chefs d'entreprise et leurs représentants à «s'engager vers un partage plus juste de la valeur créée» grâce à des «négociations sur les salaires» pour éviter la «concentration des rémunérations autour du Smic» et pour «limiter les écarts salariaux indécents».

De son côté, François Asselin, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), demandait ce matin l'annulation «pure et simple» de la hausse prévue de la taxe sur les carburants. «Les artisans, commerçants, TPE et PME sont parmi les premiers concernés par l'augmentation des prélèvements et des normes de toute sorte. L'exaspération monte, à son tour dans leurs rangs face à l'absence de véritable réponse des pouvoirs publics», faisait valoir l'organisation patronale dans un communiqué. L'Union nationale des syndicats autonomes (Unsa) déplorait de son côté l'absence de mesures «sur les loyers ni les salaires». «Il s'agit néanmoins d'un premier geste concret, quoique tardif», tempère l'organisation, qui espère que le «dialogue» avec l'exécutif pourra s'engager rapidement.

Enfin, le Medef «salue les annonces du Premier ministre», et espère que ces dernières permettront de calmer les opérations et blocages menés par les «gilets jaunes» depuis plusieurs semaines sur le territoire. «C'est l'activité et l'emploi qui sont en jeu», souligne l'organisation patronale qui sera partie prenante des négociations qui s'ouvriront à partir du 15 décembre sur l'ensemble du territoire. Le Medef formulera également des propositions dans le cadre du «débat sur la modernisation des dépenses publiques et de notre système fiscal», qu'il juge «trop complexe, peu transparent et très instable». Il plaide d'ores et déjà pour un «allègement des impôts pour les ménages et les entreprises» ainsi que pour une «meilleure efficacité de la dépense publique».

Le Medef inquiet des conséquences des blocages
L'organisation patronale voit l'une de ses demandes satisfaite par les annonces d'Édouard Philippe. «L'état doit prendre ses responsabilités» exhortait Geoffroy Roux de Bézieux, dans un entretien publié ce mardi au Parisien-Aujourd'hui en France . Le patron des patrons plaidait pour «un moratoire sur les augmentations de taxes sur les carburants prévues en janvier» sur l'essence et le diesel, une solution finalement adoptée par le gouvernement. «Il ne s'agit pas d'abandonner la fiscalité écologique mais d'en revoir la trajectoire», nuançait Geoffroy Roux de Bézieux.

«Nous sommes quasiment en état d'urgence économique»

Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef

Le patron des patrons mettait également en garde contre les conséquences néfastes du mouvement: «Il y a des destructions massives et des blocages qui ont un effet extraordinairement négatif sur le commerce, avec des baisses de chiffres d'affaires de 20% à 30% en moyenne dans le transport et le tourisme», a-t-il notamment expliqué, ajoutant que «nous ne pouvons pas nous permettre un week-end supplémentaire de même nature que ceux que nous avons vécus», les 17 et 24 novembre puis le 1er décembre. «Sinon, il y aura un risque très fort sur l'emploi», estimait-il. Et d'alerter: «nous sommes sur le point de basculer vers du chômage partiel, voire pire. Nous sommes quasiment en état d'urgence économique».

À plus long terme, le patron des patrons estime que l'État devra ensuite régler le problème qui existe dans certaines régions «pour se déplacer». «Nos salariés habitent de plus en plus loin de leur lieu de travail. Ce problème-là, il faut le prendre à bras-le-corps.» Pour se faire, il propose qu'une partie des 8 milliards d'euros de «la taxe du versement transport» versée par les entreprises pour financer le transport collectif, «soit affectée dans les territoires où il n'y a pas de transports en commun pour aider les salariés qui ont du mal à se rendre à leur travail. Le meilleur système, c'est de verser les sommes aux entreprises qui se chargeraient ensuite de les reverser aux salariés sous forme d'indemnités kilométriques» détaille-t-il.

En revanche, Geoffroy Roux de Bézieux a maintenu une position nuancée sur la hausse du smic: favorable à une augmentation «au-delà» de la revalorisation prévue le 1er janvier, il a toutefois refusé que celle-ci soit payée par les entreprises, auquel cas le coup de pouce se traduirait par «des destructions d'emplois».

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