Impôts : le petit jeu très dangereux de Darmanin avec les réseaux sociaux

Publié le par angeline351

Impôts : le petit jeu très dangereux de Darmanin avec les réseaux sociaux

Pour lutter contre la fraude fiscale dorénavant, les réseaux sociaux seront espionnés par le fisc, ainsi Bercy donnera des récompenses aux citoyens qui se feront les « rapporteurs » des tricheurs...

L'enfer est pavé de bonnes intentions. Ainsi, lutter contre la fraude fiscale est-il un bon objectif, mais tous les coups sont-ils permis ? La délation ou la dénonciation : les termes ne sont pas tout à fait équivalents, mais évoquent des comportements choquants qui résultent la plupart du temps de la médiocrité et de la jalousie propre à l'âme humaine. Lorsqu'on sait que de nombreux contrôles fiscaux sont effectués sur dénonciation, on n'a pas forcément une très belle image de nos concitoyens, d'autant que ces dénonciations sont sous couvert d'anonymat pour le délateur citoyen, alors l'administration est déçue parce qu'1 contrôle fiscal sur 4 ne débouche sur rien !

Nos enfants n'ont-ils pas été éduqués selon le principe que les "rapporteurs" étaient de vilains petits canards, mis au banc de la classe ? De la même façon, à juste titre, on a porté au pinacle ceux qui en temps de guerre ont résisté à la dénonciation, au prix de tortures et parfois de leur vie... Autres temps autres mœurs ? Certes “ce n'est pas la même chose" mais le principe reste le même et les valeurs morales ne sont pas élastiques selon les circonstances.

Oui, il faut punir l'évasion et la dissimulation fiscale mais nous apprenons que pour lutter contre cela, dorénavant les réseaux sociaux seront espionnés par le fisc et d’ailleurs que cela s'est toujours fait sous d'autres formes. Tout est dans le "sous d'autres formes", car les nouvelles technologies nous exposent trop et tout le temps, il ne faut pas en rajouter ! Une menace donc pour ceux qui s'étalent sur Instagram en montrant combien ils ont de la chance de séjourner dans le magnifique palace 5 étoiles au soleil. Ah ! Le plaisir de susciter l'envie et par conséquent la jalousie, la "discordance entre le train de vie et les revenus déclarés" seront l'occasion d'une chasse aux parvenus sur ces mêmes réseaux sociaux que l'on considère par ailleurs comme une atteinte à la vie privée. Ainsi, il serait civique de dénoncer celui qui a une Rolex et une belle voiture et qui n'en aurait apparemment pas les moyens, comme l'enfant qui lève le doigt "Madame, il triche !" Dans ce cas, ses copains s'occupent de lui à la récrée et le professeur généralement punit les deux : l'un pour avoir triché, l'autre pour avoir rapporté. Bercy au contraire donne des récompenses à ces valeureux citoyens qui donnent des infos au fisc... Sachant tout de même que seuls 40% des Français paient l’impôt sur le revenu.

Une jalousie sociale bien française
Ce que sous-tend la dénonciation part rarement d'une bonne intention, mais plutôt d'un sentiment peu estimable d’envie ou d’injustice. Autant être attentif à la sécurité de ses voisins et signaler un élément inquiétant est louable, autant aller rapporter les signes extérieurs de richesse est assez pitoyable.

Alors objecterez-vous : il est scandaleux de ne pas s’emparer du sujet de l'évasion fiscale : c'est une injustice sociale que certains ne paient pas... Et que moi je paie ! Il n'y a pas de bonnes raisons autres que la sécurité d'autrui pour justifier la délation et fomenter et encourager cette jalousie sociale propre à la France.

Encourager le repérage de celui qui a une bagnole plus grosse que la vôtre et dont la femme à une trop belle bague est pitoyable surtout en regardant sur Instagram les photos de vacances ! On doit s'inquiéter de ce courant d'encouragement à la délation dans tous les domaines, et pire lorsqu'il vient de l’Etat supposé divulguer exemplarité et valeurs morales ! Partout on célèbre la réussite et le fait de faire fortune ; en France, il est suspect de réussir et de paraître "riche". Alors oui, récupérer les impôts dus (les plus élevés au monde ou presque !) est une nécessité, mais précisons que les évadés, les vrais truands du fisc, sont ailleurs et à l'abri dans des combines non identifiables (rarement sur les réseaux sociaux !) Quand on évoque les conducteurs de Mercedes en banlieue sans revenus déclarés, c'est autre chose, et c'est le boulot des contrôleurs fiscaux voire de la police que de les repérer et surtout de démanteler le trafic de drogue ! Tout n'est pas équivalent, comme on veut nous le faire croire à chaque occasion...

Le principe aussi du "name and shame" pour les entreprises, consistant à afficher les mauvais payeurs dans des lieux publics ou dans la presse est contestable, navrant de devoir en arriver là pour de mauvais payeurs tous puissants... Ou alors il faut se réjouir du "mur des cons" qui au sein même du palais de Justice étalait ceux dont la tête ne revenait pas aux magistrats ? D'ailleurs, malgré les remous médiatiques et les citoyens scandalisés, tout cela a été oublié, avec promotion de celle et ceux qui avaient autorisé sans vergogne ce défouloir. Pas de quoi dans cette circonstance être fière de la justice de son pays.

Bientôt une note sociale du bon délateur ?
Dans la même lignée faut-il approuver, sans réserve, les "lanceurs d'alerte" ? Protéger ceux qui ont le courage de dénoncer un dangereux dysfonctionnement, oui ! Mais en faire encore une fois un système, sans faire jamais confiance à l’entreprise est contre-productif en termes de management et d'éthique partagée.

#balancetonporc, #balancetonpatron, #balancetonprof, #balancelevisondelacrémière, #balancetonvoisin, #balancetaboîte... Donc vive les balances ? Il en restera toujours quelque chose… Quel désespoir que de vivre une époque qui serait régulée par les bassesses de la dénonciation.

Encourager la morale publique partout et en tous lieux, éduquer, élever, donner le sens de l'honneur et de la probité, est-ce dorénavant un challenge impossible et utopique de la République ? Finalement, ce sera peut-être une bonne leçon de morale, de dignité : fermez vos comptes qui attirent les voyeuristes et tout le monde ne s’en portera que mieux. A force de fliquer nos concitoyens nous allons finir comme les Chinois qui mettent des caméras dans les rues pour vous dissuader de ne pas traverser dans les clous, amende à l’appui et note sociale du bon citoyen ! A quand la note sociale du bon délateur ?

On préférerait que cette surveillance à outrance s'exerce pour notre sécurité dans les zones perdues de la République mais, apparemment, ce n'est pas pour le moment la préoccupation principale. Voilà qui rend plus que jamais actuel l’adage : "Pour vivre heureux vivons cachés ".

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