Histoire des Employés et de leur Fédération, la FEC

Publié le par angeline351

Histoire des Employés et de leur Fédération, la FEC

En quelques dates majeures, de 1848 à 2016, les luttes des employés syndicalement organisés avec leur Fédération, la Fédération Nationale des Employés de 1893 devenue Fédération des Employés et Cadres en 1946.

Autant de moments d’espoir, de doutes et de victoires pour la fraternité dans le progrès social des hommes autant que des femmes et l’émancipation humaine.


1848 – 1892
Les prémices de la Fédération des Employés
et première grève contre le travail du dimanche
1848 : La Tribune des Employés, premier journal du groupe social des Employés

La Tribune des Employés, dont le n°1 paraît le lundi 3 avril 1848 (l’adresse étant le 60, rue des Martyrs), commence par ce titre : « L’Union fait la force ». Elle poursuit par une approche qui a valeur historique, car c’est la première fois que les Employés prennent la parole, au plan social, et tentent de se définir, en tant que groupe et par la revendication « l’Employé a le droit de revendiquer sa part dans les améliorations possibles. Malheureusement, il faut le dire, cette classe, si nombreuse et si digne d’intérêt, est restée longtemps en butte à d’injustes préventions. Disséminée, méconnue jusqu’ici, elle a compris enfin que, lorsque des voix éloquentes s’élèvent en faveur de l’artisan, le moment est venu pour elle de se compter, de s’organiser, de plaider sa cause, et d’exposer, elle aussi, ses mécomptes dans le passé, sa confiance et son espoir dans l’avenir. »

28 janvier 1869 : Première Chambre Syndicale

La première Chambre Syndicale est fondée. Son siège social est au 30, rue Thévenot à Paris. Elle est présidée par Prosper Douvet, lequel franc-maçon fera partie de la délégation maçonnique rencontrant Thiers le 22 avril 1871. Engagé dans les combats de la Commune, il gagnera Londres, sera condamné le 2 juin 1874, pour « insurrection », et amnistié en 1879). Il y a rapidement 6 000 adhérents. Cette fondation trouve son historique première réunion le jeudi 28 janvier 1869. La résolution suivante est adoptée à l’unanimité : « Attendu que les patrons exigent des employés de commerce, un travail excessif sans analogue dans aucune profession […] déclarent qu’il y a lieu de pourvoir sans retard à une réorganisation forte et libérale, ne reposant que sur l’énergie des employés qui veulent mettre un terme à leurs souffrances ».

23 mai 1869 : Première grève pour ne pas travailler le dimanche

Le 17 mai est décidée une grève pour obtenir le repos du dimanche, le 23 mai 1869. Cette Chambre Syndicale des Employés de Commerce (qui avait son siège au 44, rue des Jeûneurs) avait préparé une affiche :
« AVIS AU PUBLIC
Les membres de la chambre syndicale des Employés de commerce ont l’honneur de prévenir le public que les négociants en tissus de Paris, à l’exception de quelques dissidents, ont consenti à la fermeture des magasins le dimanche. Les magasins seront donc fermés le dimanche à partir du dimanche 23 mai. Les employés de commerce font appel à la bienveillance du public pour les aider à rendre cette mesure générale ».
Nombre de patrons passent outre. Ils doivent fermer dès l’après-midi, faute d’un personnel employé qui a suivi le mot d’ordre de la Chambre Syndicale. Ainsi, la première victoire des employés en tant que groupe social syndicalement organisé concerne le travail du dimanche.

1885 : Chambre Syndicale avec Gély et Dalle

La Chambre Syndicale des Employés est définitivement fondée en mai 1885. C’est un pas décisif, d’autant que les deux figures centrales sont Victor Dalle et André dit Gély (Emmanuel), futurs dirigeants de la Fédération Nationale des Employés, l’un représentant l’Union fraternelle et l’autre la Chambre Syndicale. Cette Chambre Syndicale des Employés est suffisamment reconnue pour être appelée à répondre à un « questionnaire de statistique », envoyé à l’ensemble des Chambres syndicales, à l’initiative de la Bourse du Travail, inaugurée le 3 février 1887. Il est clairement répondu que sa date de fondation est mai 1885, que le nombre d’adhérents est de 2 225 et qu’à propos de la loi de 1884 : « nous repoussons cette loi sur les Syndicats et nous ne nous y sommes jamais conformés. » Le vendredi 28 mai 1886, au 35 rue Jean-Jacques Rousseau, salle de la Redoute, se déroule, tant avec Dalle que Gély, une réunion de ce « syndicat des employés », de cette chambre syndicale (la terminologie fluctue encore), pour sa première année. (Prolétariat du 29 mai 1886). Ce qui importe, c’est la présence conjointe de Gély et Dalle et l’ordre du jour : « de la situation matérielle et morale des employés, des moyens pratiques de l’améliorer ».

1887 : Le « Programme » de la Chambre syndicale des Employés

Lors de son Assemblée générale du 6 avril 1887, la Chambre Syndicale des Employés adopte un programme qu’elle veut commun aux travailleurs manuels : « Seuls, parmi les salariés, les Employés sont exclus des tribunaux de Prud’hommes existants : nous demandons l’extension de cette juridiction à tous les différends entre patrons et salariés, quel que soit leur métier. Et, pour la solution des litiges de tout ordre, nous demandons l’introduction en matière judiciaire, du principe de l’arbitrage et des jurys élus par le suffrage universel ; la limitation légale de la journée de travail à 8 heures pour les adultes-hommes ; dans les bureaux, magasins, ateliers et manufactures, et sans diminution de salaire ; la réglementation effective du travail des femmes et des enfants ; l’extension du privilège à l’intégralité des salaires des employés et ouvriers en matière de faillite, l’établissement d’une loi pour obliger les patrons à fixer les conditions de travail et de salaire par un contrat passé entre eux les leurs employés, la dite loi déterminant le délai dans lequel le contrat pourrait être dénoncé et fixant les indemnités à payer au cas où il serait rompu avant ce délai.


1893 – 1918
Fondation de la fédération des Employés
et première victoire avec la loi sur le repos dominical
1893 : La fondation et les débuts de la Fédération Nationale des Employés

Lors du Congrès fondateur du 15 juillet 1893, l’article 1er des statuts énonce : « Entre tous les groupes d’employés légalement constitués (associations amicales, philanthropiques, chambres syndicales ou syndicats) […] est formée une […] Fédération Nationale des Employés ». L’article 4 des statuts affirme : « La Fédération a pour but : 2°unifier le travail d’émancipation en rendant compatibles les uns aux autres les intérêts de catégories différentes ; 3°D’étudier les questions professionnelles, économiques et sociales qui lui seront soumises, de rechercher les moyens pratiques propres à les résoudre, et en provoquer la solution par les moyens légaux, mettant en première ligne […] obtention de la juridiction des Prud’hommes, repos hebdomadaire ; diminution de la journée de travail ; protection légale du travail dans les bureaux et magasins… ». L’article 28 est une mise au point, contre le corporatisme et certaines formes de mutuellisme : « Sont exclus (non admis à la Fédération) les groupes qui, par leurs dispositions statutaires, sont susceptibles d’accepter comme membres actifs des employeurs, et ceux qui, par refus de solidarité, pourraient nuire à l’exécution du programme que s’est donné la Fédération. » Dans Le Prolétaire du 22 juillet est joint un document qui est le manifeste fondateur de la Fédération Nationale des Employés : « […] Dès maintenant, la Fédération Nationale des Employés, définitivement constituée, est déjà une force, non seulement parce qu’elle compte des groupements des plus grandes villes de province, mais aussi parce qu’elle englobe déjà à Paris six associations, dont l’une, la Chambre Syndicale des Employés, compte plus de 6 000 adhérents. Les autres sont : le Syndicat du gaz, les Employés aux écritures, le Cercle central des employés, l’Alliance syndicale des auxiliaires de commerce et les Garçons de magasin. » Il s’agit, pour le groupe organisé des employés, de « conquérir au soleil social la place qui lui est due ». Le 29 juillet, dans sa séance constitutive, le Conseil national (censé comporter 31 membres) désigne Gély comme Secrétaire général. Gély, prématurément disparu, Dalle sera le Secrétaire général et la principale figure de la Fédération Nationale des Employés (FNE).

1895 : Avec la CGT

Lors du Congrès fondateur de la CGT de Limoges, on trouve parmi les organisations ouvrières, la « Fédération des Employés ». Sont représentées 28 Fédérations, 18 Bourses et 126 Chambres syndicales. Pour la FNE, fait partie des délégués « Dalle, rue J. Bon, 12, Paris ». Il est l’un des 75 délégués. La première intervention de Dalle est pour fixer à 15 le nombre de la Commission de la première question à l’ordre du jour. Cette question est la plus importante, pour la CGT naissante, à savoir le « plan général d’organisation corporative », ce qui est accepté et Dalle est membre de cette commission.

1897 : le Congrès de 1897

Il a pour but « de reprendre, d'élargir, d'asseoir sur des bases solides et définitives cette Fédération d'Employés organisée en 1893 […] du Congrès de 1897 sortira cette Fédération puissante seule capable d'assurer la réalisation de vos rêves de justice et d'égalité. Vive l'Union des Employés ». Arthur Rozier succède à Victor Dalle.

1er juillet 1900 : Avec Jaurès

Le 1er juillet 1900 a lieu la Fête des Employés, en présence tant de Jean Jaurès et Léon Martinet que de Sarah Bernhardt et du poète Maurice Bouchor venu réciter le poème « Le Pain », tandis que Jehan Rictus, évoquait la noire misère des gueux, avec ses « Soliloques du pauvre ». C’est dire, à tout le moins, la représentativité reconnue de la FNE. (APP Ba 152 - dossier Chambre syndicale des Employés de la Région Parisienne). Lors de la Fête organisée dans la grande salle des Fêtes du Trocadéro, ce 1er juillet 1900, pour la Caisse de chômage, en présence de Jaurès et Marie Bonnevial, il y a près de
2 500 personnes. Jaurès assure que c’est pour lui un « paradoxe » que des travailleurs doivent lutter pour obtenir un jour de repos par semaine, mais que le mouvement est lancé et que le prolétariat, dont la cause est juste, doit triompher. Il s’en prend à la « folie de l’armement » qui conduit à la ruine, alors qu’il faut travailler ensemble pour la paix et le bien-être de l’humanité.

1900 : La Fédération Internationale des Employés

Le premier Congrès international des Employés a lieu en même temps que le sixième Congrès de la FNE et dans la même salle, les 7 et 8 septembre 1900. Etaient représentées l’Union des Employés de Commerce de Londres (Guest) ; l’Union Nationale des Employés de Bradfort (Wilson) ; l’Association générale des Employés de Gand (Leperre, Soirou, d’Hollander) ; la Ligue Nationale des Employés de Gand (Bruggeman, Bologne, Troelet) ; la Société mutuelle des Employés de Bruxelles (Gicart) ; le Syndicat des Employés socialistes de Bruxelles (Grégoire, Servy) ; le Syndicat des Employés de Liège (Carl, Breyer, Antoine, Leblanc) ; la Ligue Nationale des Employés de Commerce et Bureaux d’Amsterdam (Odink) ; la Société de Prévoyance des Employés de Rome et l’Union des Employés de Commerce de Milan (Luigi, Stringa, Doglio). Ce qui permet la constitution de la Fédération Internationale des Employés, dont le premier Secrétaire général est le belge Auguste Bruggeman.

1905 : Grève chez Dufayel

Une affiche de la Chambre Syndicale et du Comité de grève s’adresse à la solidarité des Parisiens et des travailleurs pour les employés « en grève au nombre de 2000 » et proclame : « vive la solidarité ouvrière ! Vive la grève des Etablissements Dufayel », un des plus grands magasins de Paris. 300 employés continuent à travailler (selon la préfecture de police) et 60, selon L’Humanité du 20 décembre, l’article, en une, qui sous-titre « admirable solidarité des employés ». Les autres grands magasins (Galeries Lafayette ou La Samaritaine, avec 1 000 et 2 500 employés) ne se joignent pas au conflit, mais les employés des Galeries apportent un soutien financier, comme ceux du BHV. Le travail reprend le 27. Un procès-verbal est signé entre Dufayel de six délégués des deux sections syndicales. L’ensemble du personnel est réintégré. Le mouvement social, chez Dufayel, qui dure de mai à décembre, est important pour les employés et pour la réduction du temps de travail (à 10 heures par jour, en l’occurrence). Camille Devilar tire le bilan d’un mouvement qui ne nous a « pas donné de défaite, n’a pas enfanté non plus une éclatante victoire » (La Voix du Peuple du 7 janvier 1906). La victoire des grévistes est surtout morale, tant l’Union des Employés a été nette et majoritaire.

1906 : Loi interdisant le travail le dimanche

Grande victoire pour la Fédération Nationale des Syndicats d'Employés (FNSE) d’un combat initié par elle et soutenu depuis 1869 que le vote de la loi interdisant le travail le dimanche : « Loi du 13 juillet 1906 : article 1er : il est interdit d’occuper plus de six jours par semaine un même employé ou ouvrier dans un établissement industriel ou commercial. article 2 : le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche ».

1909 : Pour Francisco Ferrer

Les 16 et 17 octobre 1909, la CGT organise des manifestations en l’honneur de Francisco Ferrer (avec la SFIO et les anarchistes). La FNSE y participe. Sous le titre « Merci Paris », L’Humanité du 18 octobre précise qu’aux cris de « Vive Ferrer ! A bas la calotte », « il y a dans ces manifestants des citoyens de toutes les catégories, des employés, des ouvriers, et c’est bien le Paris qui travaille, le Paris généreux et vibrant, qui défile ». Il y a plus de 100 000 manifestants. La seconde manifestation se déroule avec autorisation préfectorale ; ce qui est une première. L’Humanité du 25 octobre 1909 propose une « tribune syndicale/Aux Employés », signée Cleuet, mettant en cause Briand, car « la loi sur le repos hebdomadaire sera révisée prochainement et contre notre gré.» ​​​​​​​

1912 : Licenciée pour défaut de génuflexion

Un conflit significatif a lieu en février 1912. A Lyon, « France Moderne » (succursale de « Paris France », groupe qui deviendra les Nouvelles Galeries…), n’avait pas manqué de faire connaître son idéologie d’Ancien régime, en licenciant une employée qui avait négligé de faire une génuflexion devant une cliente. L’employée syndiquée avait 16 ans d’ancienneté, et il y avait 100 syndiqués sur les 150 employés. Le 31 janvier, la décision était maintenue, en dépit d’une délégation de salariés auprès de la Direction. Le 5 février, le Syndicat fait savoir, en vain que voulant «éviter le conflit », il demande « la réintégration immédiate de notre camarade ». Le 6 février, 120 employés sur 125 sont en grève. En solidarité, 48 courtiers-encaisseurs de « Paris-Lyon » se mettent en grève, suivies par les succursales de Vienne, Givors, Annonay. Le 15 février, le Bureau de la FNSE publie une circulaire célébrant la « solidarité » des employés et mettant en cause les contrats de travail de « Paris France », tout en organisant le soutien financier à la grève et un affichage dans toutes les villes où se trouve un magasin de « Paris France ». L’affiche titre : « Employés Debout contre l’arbitraire patronal ». Outre la réintégration de la salariée était demandée la « conquête du contrat collectif de travail ». Pendant quarante-quatre jours, des manifestations ont lieu. « France-Moderne » ne peut rouvrir qu’au bout d’un mois, avec le recours à 50 gardes à cheval et 400 gardiens de la paix. Après plus de trois mois de grève, une coopérative de vente est créée, « L’Activité ». Dans son rapport, Monin, Vice-président de la Section Commerce des Prud’hommes, assure qu’il n’y a là ni vainqueur, ni vaincu, mais que les employés « ont pris conscience de leur force, ils ont fait tomber les dernières barrières qui les séparaient de leurs frères ouvriers ».

1917 : Grande grève féminine de mai 1917 et la loi sur la « semaine anglaise »

En mai 1917, commence chez Jenny, aux Champs Elysées, une grève des ouvrières qui demandent le paiement intégral de la semaine, en l’occurrence la semaine anglaise. Elles demandent une prime de vie chère de 1 franc pour les ouvrières et de cinquante centimes pour les apprenties. Les grévistes se réunissent à la Bourse du travail, l’après-midi du 14 mai, pour la poursuite du mouvement et son élargissement. Aux 250 ouvrières de la maison Jenny s’adjoignent les 500 ouvrières de la maison Cherruit, place Vendôme. Puis les ouvrières des Galeries Lafayette et du Printemps rejoignent la grève, le 17 ; de sorte que la grève est générale, avec 10 000 grévistes, dans 80 maisons. Le 25 juin, 3 000 employées de la Société Générale quittent l’avenue Kléber pour se rendre au siège social de l’entreprise, en dépit des menaces de la police. Au Crédit Lyonnais et au Conseil National d’Escompte, le mouvement suit. Le personnel des restaurants demande la semaine anglaise, tandis que la grève touche la cartonnerie, la papeterie. La Chambre des Députés est amenée à examiner le projet de loi sur la semaine anglaise. Le 12 juin, le J.O. publie le texte de la loi : «Le Sénat et la Chambre des Députés ont adopté, Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit : Art. 1er : Pendant la durée de la guerre et tant qu’une loi générale ne sera pas intervenue, dans les industries visées par l’article 33 du Livre 1er du code du travail et de la prévoyance sociale, le repos pendant l’après-midi du samedi sera assuré aux ouvrières de tout âge dans des conditions déterminées, pour chaque profession et pour chaque région, en tenant compte des besoins du travail dans les diverses saisons, par des règlements d’administration publique, qui se référeront, dans les cas où il en existera, aux accords intervenus entre les syndicats patronaux et ouvriers de la profession et de la région».


1919 – 1939
Assurances sociales et le Front Populaire,
le temps des conquêtes
1919 : 17e Congrès d’avril 1919 de la FNSE : « Vive Jaurès »

Le 17ème Congrès de la FNSE se tient au siège de la CGT, les 21 et 22 avril 1919. Il est précisé, par Georges Buisson, qui est le Secrétaire administratif : « Les syndicats qui ont cessé de fonctionner du fait de la guerre devront être à jour, à dater de leur reconstitution ». Dans son rapport moral, Buisson expose : « La guerre est venue au moment même où allait se tenir le 17ème Congrès Fédéral. La situation intérieure était excellente. Le conflit entre deux organisations parisiennes était terminé. Une fusion venait d’être réalisée, non de forme, mais foncièrement sincère. L’avenir se présentait sous des aspects riants. Hélas ! Le cataclysme a tout détruit. Beaucoup de bons militants ne sont plus, des organisations sont disparues. ». Il conclut : « Le Comité fédéral que vous nommerez devra posséder des moyens d’agir qui autrefois lui faisaient défaut. L’action de la fédération devra aussi être liée à celle de la CGT beaucoup plus qu’autrefois ». Le second jour est votée une motion : « Le Congrès décide qu’un permanent administratif sera désigné. Il sera employé tous les jours ». Le Congrès adopte un ordre du jour par lequel il « décide de lutter pour faire réaliser au plus tôt les mesures suivantes :
1. Augmentation des salaires en rapport avec le coût de la vie ; 2. Substitution des communes et des coopératives aux intermédiaires inutiles pour l’achat et la répartition des denrées ; 3. La nationalisation des moyens de transport ; 4. Le libre échange international. ». Il se déclare favorable à un « salaire minimum nécessaire à un individu », qui est fixé, dans Paris et les grands centres, à « cinq cents francs par mois ». Le permanent administratif, élu à l’unanimité, est Georges Buisson, auquel revient de faire revivre la FNSE.

Mai-juin 1919 : Un grand élan pour la justice sociale

Vaste et dur conflit que celui démarré en mai 1919, en partie lié à l’application de la loi des huit heures, que bien des patrons ne veulent appliquer qu’avec une diminution des salaires ; alors même que la loi précise : « La diminution des heures de travail ne doit pas entraîner la diminution de la production ». Ce qui est remarquable, c’est que le mouvement initié en mai (20 000 grévistes) était corporatif, touchant d’abord l’habillement, le cinéma, le caoutchouc, les polisseurs nickeleurs. Puis un Comité d’entente des Conseils syndicaux de la Voiture et Aviation et de la Métallurgie, adresse un cahier de revendications au patronat, demandant une réponse pour le 1er juin (le patronat renvoyant au 5). Alors, le Comité d’entente se transforme en comité de grève. Ce qui est adopté, lors de meetings tenus à la Bourse du Travail et au siège de la CGT, le 1er juin, pour application le lendemain de la grève. Les métallurgistes et avionneurs étaient 80 000 en grève, le 2, 150 000 le lendemain. Pour ce qui concerne la grève des employés du Printemps (4 500), elle devait se terminer le 4 juin, avec satisfaction pour la journée de 8 heures et l’augmentation des salaires. La Direction du Printemps fait savoir que le cahier de revendications concerne aussi les autres grands magasins. Des mouvements protestataires se développent, fin juin, à La Samaritaine, au Louvre, mais que c’est surtout aux Galeries Lafayette que le cahier de revendications est établi comme au Printemps. Réunis le 30 mai, à la Bourse, les employés accordent leur confiance à la FNSE et à Buisson, qui indique que les salaires sont insuffisants, qu’il n’y a pas de salaire minimum et que la Direction semble d’accord pour la semaine anglaise et la journée de huit heures.

1923 : Pour les Assurances Sociales

Le 7 novembre, le meeting de la Chambre Syndicale est consacré aux Assurances sociales. Buisson déclare : « C’est une nécessité, non seulement parce que les travailleurs d’Alsace-Lorraine en bénéficient déjà, mais aussi parce que c’est la fin de la législation actuelle et qu’il faut bien que les parlementaires apportent quelque chose à leurs électeurs… ». Les parlementaires venaient d’atténuer la portée de la loi en substituant la prime de naissance pour une prime d’allaitement et supprimant les soins gratuits aux retraités. Buisson insiste sur le caractère obligatoire que doivent avoir les Assurances sociales (le patronat les voulait facultatives) ; d’autant que cette loi « procurera aux travailleurs des avantages immédiats et sera un grand pas vers leur émancipation » La loi sur les Assurances sociales de 1930 voit l’opposition à cet acquis social qui préfigure la Sécurité Sociale de la CGTU communiste, fondée par scission de la CGT en 1922. H. Raynaud, dirigeant du PC et de la CGTU, écrit dans Vie Ouvrière du 2 février 1930 : « à bas la loi fasciste des assurances sociales ». La CGT confédérée, à l’inverse, dans le cadre de la loi, mettra en place les Caisses « Le Travail », gérées par les assurés, et dont Buisson sera le Président. Néanmoins, Buisson ne cache pas que « la loi de 1930 contient de nombreuses lacunes et des faiblesses » et qu’il s’agit de mettre en place « une véritable loi de défense de la santé publique ».

1925 : Grève dans les banques

Le tout début de la grève de 1925 est le fait des Employés de Marseille, à compter du 20 juillet, avec les confédérés Bastilica, Gazagnaire, Secrétaire fédéral, et Berne. Puis elle gagne la Banque Nationale de Crédit, le 28 juillet ; le 30 juillet le Crédit Lyonnais est en grève et le Conseil National d’Escompte, le 31. La FNSE fait placarder une affiche qui clame : « Camarades, Les ploutocrates de la Banque essayent de recruter dans vos rangs des briseurs de grève […] Vous vous refuserez à faire cette besogne, quelles que soient les promesses faites ». Le Comité Central de grève réuni à la Bourse du Travail, le 2 septembre, décide la poursuite de la grève, qui sera un échec, en dépit de son ampleur, du fait de la division syndicale. L’affiche de la Chambre Syndicale des Employés de Banque et de Bourse, sous le titre « A l’Opinion Publique » tire le dur bilan du conflit : « La population parisienne toute entière, si sympathique au mouvement déclenché par les employés de Banque de Paris, pendant près de sept semaines, n’ignore pas que ceux-ci n’ont été vaincus que par la faim. La rage au cœur, la majorité des “miséreux en faux-cols” ont dû réintégrer leurs bureaux, mais l’esprit de revanche et de haine de plusieurs banquiers devait produire son effet. Plus de 400 camarades parisiens sont licenciés. Pour pallier cette situation de misère, nous faisons appel : A la Solidarité Ouvrière. »

1930 : 25ème Congrès, travail des femmes et élection de Capocci

Suzanne Buisson défend, contre l’avis de certains syndiqués, « une tendance générale vers le développement de l’indépendance féminine et de la personnalité féminine. Je crois que ce développement de la personnalité et de l’indépendance féminines ne peut s’appuyer véritablement que sur une indépendance économique…je pense qu’il faut entrer résolument dans la voie de l’augmentation du travail pour l’augmentation des salaires et l’allégement des tâches ménagères, par les méthodes nouvelles de l’aménagement du foyer. » ; ce qui conduit à une Résolution condamnant le travail à mi-temps comme « conception périmée du travail féminin »..Enfin, commentant la loi du 30 avril 1930 sur les Assurances sociales, le Congrès adopte une motion, présentée par Buisson : « Les employés sont pour les Assurances sociales. Les employés sont pour le versement ouvrier qu’ils acceptent au même titre que leurs camarades des services publics. Mais ils considèrent que l’application de la loi qu’ils ont réclamée ne saurait signifier pour eux l’abandon de tout effort pour améliorer leurs salaires ». Oreste Capocci est élu Secrétaire général.

12 février 1934 : Le fascisme ne passera pas

Pour contrer la tentative fascisante du 6 février 1934, la CGT décide la Grève Générale, limitée à 24 heures, effective lundi 12 février. Grâce à cette initiative de la CGT, le fascisme reculera. Dans son éditorial (L’Echo des Employés, n°90), Capocci écrit : « C’est aux classes laborieuses, aux salariés, aux paysans, aux intellectuels et à tous ceux qui vivent de leur travail qu’il appartient de se grouper et d’imposer leur volonté pour supprimer le chômage et mettre fin au régime de concussions et de compromissions ». Il ajoute, pour la journée du 12 : « Grève politique ! a dit la Confédération des travailleurs chrétiens pour justifier son attitude inqualifiable donnant ordre à ses syndiqués de rester à leur poste. Allons donc ! Ne savons-nous pas que le triomphe du fascisme, c’est la destruction de la liberté tout court, la suppression des lois sociales, la mort des Assurances sociales, la fin des huit heures et toutes les lois péniblement acquises après 40 ans de luttes incessantes ?» Le retentissant succès de la grève du 12 février, initiée par la CGT confédérée (rejointe par la CGTU communiste, après l’échec de sa propre manifestation du 9 février) va conduire, à compter de la fin 1934, à un retour de la CGTU au sein de la CGT et au Rassemblement populaire, le 14 juillet 1935 (CGT avec la LDH, le Parti socialiste, le Parti communiste et le Parti radical), qui deviendra le Front populaire.

16 décembre 1935 : Réunification de la FNSE

Le 16 décembre 1935, la Fédération Nationale des Syndicats d’Employés est réunifiée, à la suite d’un accord passé le 7 décembre. Les termes 4 et 5 de l’accord prévoient que «4. En attendant la tenue du Congrès qui devra désigner sa nouvelle Commission exécutive, il sera adjoint quinze camarades confédérés et quatre unitaires 5. Pour le Bureau Fédéral, il sera adjoint aux titulaires confédérés un camarade unitaire comme Secrétaire adjoint fédéral ». Il est précisé que les syndicats adhérents «7. Pratiqueront leur fusion respective comme il est indiqué dans la circulaire du 18 octobre 8. A dater du 16 décembre 1935, le siège de la Fédération sera centralisé à la Bourse du Travail, 3, rue du Château d’Eau, Paris (10e) ». Le point 9 de l’accord : « Les militants responsables des deux Fédérations s’engagent sur l’honneur à soutenir devant le Congrès de fusion les statuts élaborés d’un commun accord, la liberté de chacun restant entière sur le point litigieux des incompatibilités. Jusqu’au Congrès, le Bureau est ainsi constitué : Secrétaire général (seul permanent) : Capocci ; Secrétaires adjoints : Blanche Moine (élue à la CE en 1924), Delon (principal dirigeant CGTU), Dannely ; Trésorier ; P. Paris ; Trésorier adjoint : Vuacheux ; Archiviste : Daveau » (La Voix du Peuple, n°182, décembre 1935). La fusion sera effective lors du Congrès Fédéral d’avril 1936.

Juin 1936 : Grève dans les grands magasins

Pour les employés la grève, commence le samedi 6 juin 1936, avec la rencontre d’une délégation des syndiqués des Galeries Lafayette, accompagnés de Capocci et de la Direction qui n’entend pas négocier. La grève commence, les portes de l’établissement restant fermées. A 11 heures, il en était de même au Printemps, avec installation des piquets de grève. A la Samaritaine, des bagarres ont lieu, vers 18 heures, des chefs de service voulant empêcher la grève. Il en est de même au Louvre. Seul Le Bon Marché semble rester à l’écart, mais l’unité du mouvement le conduit à fermer ses portes ; tout comme les Prix Uniques. Ce 6 juin est le jour où Blum obtient la confiance par 384 voix contre 210. La Fédération publie un communiqué : « Le puissant mouvement de grève qui se développe chez les employés a pour but l’obtention des conditions de vie compatibles avec les nécessités actuelles. Les Galeries Lafayette et annexes, le Printemps, les Trois Quartiers, le Bazar de l’Hôtel de Ville, Esders, Sigrand, les Uniprix, les Monoprix et d’autres magasins à prix uniques font unanimement la grève. A La Samaritaine, ce sont les travailleurs des annexes et des services de livraison qui ont arrêté le fonctionnement des magasins qui sont maintenant fermés. Au Bon Marché, c’est la direction qui a fermé le magasin […] La Chambre syndicale des Employés en grève, a conduit et continuera à conduire le mouvement dans le calme et la discipline et la dignité indispensables jusqu’à l’aboutissement des revendications de toutes catégories » (Le Populaire du 7 juin). Le mouvement global va durer 17 jours, jusqu’à la victoire acquise le 21 juin, permettant à la FNSE d’affirmer : « Pour nous qui connaissons quels salaires misérables étaient pratiqués dans certains magasins, pour nous qui savons quelle chasse était faite aux militants syndicalistes, pour nous qui connaissons les attaques immorales dont étaient victimes nos camarades femmes, nous pouvons dire que les employés ont remporté une Grande Victoire et qu’ils ont le droit d’en être fiers » (L’Echo des Employés n°1 de juin 1936). Les salaires augmentent entre 25% pour les plus bas salaires et 5% pour les plus élevés. 1 500 employés du BHV mettent un terme à « l’occupation » en chantant la Marseillaise et l’Internationale.

1938 : La FNSE pour la République espagnole et contre les accords de Munich

Capocci fait, dans l’éditorial du numéro 11 de L’Echo des Employés un terrible constat : « Par les voix de Hitler et de Mussolini la guerre frappe plus impérieusement à notre porte », tout en craignant le retour de graves divergences au sein du mouvement ouvrier et de la CGT, à propos de la guerre et de l’opposition au fascisme, voyant dans la désunion de la République espagnole la raison de son échec, car Franco « eut été écrasé au début avant que ne puissent venir à son aide les armées de l’Allemagne et de l’Italie. » Lors du Congrès Fédéral d’avril 1938, Capocci intervient sur la question de la paix et la Résolution du Congrès précise « que la paix ne peut pas être garantie par l’abdication constante devant les forces d’agression, qu’il est urgent d’ouvrir la frontière républicaine des Pyrénées, conformément d’ailleurs aux accords commerciaux franco-espagnols, et aux règles du droit international qui commande les libres fournitures au gouvernement légal. En premier geste, le gouvernement français doit envoyer solennellement une caravane de vivres et de médicaments aux républicains espagnols. Il déclare qu’il n’est pas possible de laisser régler par la force les problèmes mondiaux, notamment la question tchécoslovaque. » Les décrets–lois Daladier/Reynaud remettent en cause des acquis du Front Populaire (dont Daladier avait été ministre), à commencer par les 40 heures. Dans les grands magasins (Printemps, Belle Jardinière), des dizaines d’employés sont licenciés. La servilité du gouvernement à l’égard du patronat est telle, qu’au Printemps, un employé qui a refusé de signer une pétition se disant favorable aux 42 heures est licencié. La FNSE organise des meetings pour le 1er mai ; « pour protester contre les décrets–lois de misère […] Pour réclamer le respect des lois sociales et le retour aux 40 heures normales ». La Commission Exécutive Fédérale, réunie le 25 avril, dénonce les décrets lois qui « relèvent uniquement de la défense des privilèges des grandes puissances financières et non de la défense nationale […] Les employés qui veulent à la fois se défendre contre le fascisme extérieur et contre le fascisme intérieur se doivent de réagir avec force contre la destruction des lois sociales et des libertés ».


1940 – 1945
La Fédération à la pointe de la Résistance
et contre la Charte du Travail de Vichy
Novembre 1940 : Manifeste du syndicalisme français avec la FNSE

Le 15 novembre 1940 est publié le « Manifeste » ou « Principes du Syndicalisme français ». Est énoncé : « Le syndicalisme français doit s'inspirer de six principes essentiels : A. Il doit être anticapitaliste et, d'une manière générale, opposé à toutes les formes de l'oppression des travailleurs. B. Il doit accepter la subordination de l'intérêt particulier à l'intérêt général. C. Il doit prendre dans l'Etat toute sa place et seulement sa place. D. Il doit affirmer le respect de la personne humaine, en dehors de toute considération de race, de religion ou d'opinion. E. Il doit être libre, tant dans l'exercice de son activité collective que dans l'exercice de la liberté individuelle de chacun de ses membres. F. Il doit rechercher la collaboration internationale des travailleurs et des peuples. »
Il y a 12 signataires, trois CFTC, qui rejoignent les initiateurs, les 9 de la CGT. Christian Pineau, de la FNSE, est le rédacteur du Manifeste et c’est sur la ronéo de la Caisse « Le Travail » qu’est reproduit le premier numéro de Libération. Ils sont trois sur douze à être membres de la FNSE : Christian Pineau, Albert Gazier et Oreste Capocci. Du Manifeste va naître, dès le 1er décembre 1940, Libération, qui donnera naissance à un des principaux réseaux de Résistance. Le Manifeste précise : «Respect de la personne humaine veut dire : Le syndicalisme ne peut admettre en particulier : - L'antisémitisme. - Les persécutions religieuses. - Les délits d'opinion. - Les privilèges de l'argent. Il réprouve en outre tout régime qui fait de l'homme une machine inconsciente, incapable de pensée et d’actions personnelles ». Quant à la liberté : « Le syndicalisme a été et demeure fondé sur le principe de la liberté : il est faux de prétendre aujourd'hui que la défaite de notre pays est due à l'exercice de la liberté des citoyens, alors que l'incompétence de notre état-major, la mollesse de nos administrations et la gabegie industrielle en sont les causes intérieures. La liberté syndicale doit comporter : - Le droit pour les travailleurs de penser ce qu'ils veulent, d'exprimer comme ils l'entendent, au cours des réunions syndicales, leurs pensées sur les problèmes de la profession. - Le droit de se faire représenter par des mandataires élus par eux. - Le droit d'adhérer à une organisation syndicale de leur choix ou de n'adhérer à aucune organisation. - Le droit de ne pas voir les organisations syndicales s'ingérer dans la vie privée. La liberté peut comporter des abus. Il est moins important de les réprimer que d'éviter leur renouvellement ».

Décembre 1941 : Condamnation de la Charte du Travail

Pratiquement, Capocci et ses camarades résistants vont cumuler l’activité clandestine avec une activité militante publique dans les institutions promises à la disparition par Vichy, les fédérations et les unions, afin d’interdire aux syndicalistes collaborateurs de s’en emparer. A terme, cette forme de résistance triomphera, en interdisant (et la FNSE en est un remarquable exemple) à des syndicalistes « collabos » de prétendre parler au nom de la Fédération. Le fait est que, le 14 décembre 1941, se réunit, sous l’égide de Capocci, le Conseil National de la FNSE, qui vote, adoptée à la majorité, une « Motion sur la Charte du Travail » : « Le Conseil National de la FNSE, se déclare convaincu que la Paix sociale indispensable au relèvement de la France ne peut naître que de la collaboration des classes. Mais il n’est de collaboration sincère et durable que si salariés et patrons sont placés sur un pied de stricte égalité. Il regrette de constater que la Charte du Travail ne répond pas à cette nécessité. La puissance patronale est renforcée dans des Comités d’Organisation où ne pénètre pas sérieusement l’influence ouvrière et dans ses syndicats qui se soucieront peu, en fait, de la tutelle des Comités Sociaux. Il n’aperçoit pas dans la loi du 4 octobre 1941 le contrepoids indispensable qui serait strictement maintenu sur le terrain professionnel, un syndicalisme ouvrier fort et indépendant. Les travailleurs sont privés de tout lien interprofessionnel, ils sont placés sous la surveillance des Comités Sociaux, ils ne peuvent même pas désigner librement leurs représentants. Bien plus, la loi permet la constitution d’associations mixtes qui seront créées, inspirées et dirigées par les patrons. Capocci parvient à faire adopter, en sus, une « Motion de confiance », elle aussi votée à la majorité et qui a l’avantage décisif de donner au Bureau Fédéral l’initiative, laquelle est, officiellement, contre Vichy, depuis le 15 novembre 1940 : « Le Conseil National fait confiance au Bureau Fédéral pour continuer l’action syndicale jusqu’à la création des Organisations nouvelles. Il lui demande d’inciter ses syndicats à intensifier leur recrutement de façon à continuer à défendre de leur mieux, dans les circonstances actuelles, les intérêts des employés ».

24 juillet 1945 : Buisson, père de la Sécurité Sociale

Georges Buisson, Secrétaire général de la Fédération de 1919 à 1929, Vice-président de l’Assemblée Consultative Provisoire, chambre de la Résistance, d’Alger à Paris, présente, le 24 juillet 1945, devant l’ACP, l’ordonnance fondatrice de la Sécurité Sociale, en 88 articles, pour mettre en place la Sécurité Sociale au 1er janvier 1946. Les travaux de l’ACP étant arrêtés au 3 août, c’est le Conseil d’Etat, dans le cadre de l’ordre républicain, qui est chargé de l’ordonnance fondatrice. Pierre Laroque reprend donc, sans le préciser, l’ordonnance de Buisson et reproduit, à quelques corrections près, le texte de Buisson en ses 88 articles. Tel est le texte fondateur du 4 octobre 1945. Il n’en reste pas moins que le Père de la Sécurité Sociale est bien un employé de commerce, syndiqué à la CGT confédérée, est bien Georges Buisson.

1946 – 1973

La Fédération devient la FEC au sein de la
CGT-FO
Mars 1946 : 30ème Congrès Fédéral de Vichy qui fonde la FEC

C’est dans le contexte d’une Libération faite d’un désenchantement engagé, que se tient le Congrès Fédéral, à Vichy, en mars 1946, du 28 au 31. La Résolution générale enregistre les acquis nouveaux : « Premières nationalisations encore insuffisantes, mais qui retirent des branches importantes de l’économie du contrôle des trusts pour les mettre au service de la nation/Développement de la production qui doit permettre d’améliorer le sort des travailleurs et d’assurer l’indépendance du pays/ Compression des dépenses budgétaires qui permet d’amorcer le redressement financier et d’éloigner l’inflation qui réduirait à la misère et au désespoir les masses laborieuses et les petites gens de France… » Ce 30ème Congrès salue « les employés d’Algérie, de Tunisie, du Maroc et des territoires d’outre-mer, les assure de sa complète solidarité et réclame pour eux l’égalité des droits avec les travailleurs de la métropole ». Une Résolution sur l’Algérie demande « l’application d’une amnistie pleine et entière aux condamnés politiques musulmans d’Algérie », faisant appel « aux pouvoirs publics pour qu’ils indemnisent toutes les victimes des événements de mai 1945 et fassent la lumière sur les responsabilités encourues de part et d’autre ». Ceci désigne le massacre de la population algérienne, à Sétif, en mai 1945, perpétré en toute impunité. Le Congrès salue la création de la Fédération Syndicale Mondiale qui rassemble « plus de 60 millions de travailleurs du monde entier et réclame pour elle le droit à une participation directe aux travaux de l’ONU, comme l’ont réclamé la France et l’URSS ». C’est dire qu’il s’agit d’un Congrès de consensus entre les deux tendances de la FNSE, tant avec Capocci qu’avec Delon. Il est remarquable que les effectifs soient comparables à ceux de 1937 (199 652 cartes). La FEC va utiliser tout son matériel FNSE durant l’année 1946. La première appellation FEC, officielle, c’est la circulaire 1-47-SA en date du 2 janvier 1947 et signée conjointement par Capocci et Delon. Elle porte le sigle de la CGT et de la Fédération Syndicale Mondiale et est toujours sise au 213, rue Lafayette.

Décembre 1947 : Fondation de la CGT-FO, choisir la liberté

La mise au point de Capocci, sous le titre « nous aussi nous avons choisi », est fort claire : « Etrange indépendance qui consiste à calquer l’action syndicale sur l’action du parti communiste. A décréter que les grèves sont l’arme des trusts quand les ministres communistes sont au pouvoir, à ne pas hésiter à se faire briseur de grève à l’occasion et ensuite de chercher tous les prétextes, les mauvais comme les bons, pour susciter des grèves […] On veut nous faire choisir entre deux blocs, chacun nous dit : “Si vous n’êtes pas avec nous, c’est que vous être contre nous”. C’est le procédé de toutes les dictatures. Un de nos camarades est venu à la tribune du CCN dire : Entre le capitalisme américain et l’URSS mon choix est fait ». Il semblait croire que le nôtre ne l’était pas. Pourtant nous aussi nous avons choisi : ni le capitalisme international représenté par le capitalisme américain, ni le capitalisme d’Etat représenté par l’URSS ; Nous avons choisi la liberté » (FO Hebdo du 20 novembre 1947). Le terme est le 19 décembre 1947, jour du Comité national de la CGT. A ce terme, le groupe central « Force Ouvrière » demande « aux camarades Léon Jouhaux, Robert Bothereau, Albert Bouzanquet, Pierre Neumeyer, Georges Delamarre de démissionner du Bureau Confédéral. En militants disciplinés, ils ont remis leur démission, vendredi après–midi, au deuxième Secrétaire général, Benoît Frachon […] Considérant que la défense des intérêts des travailleurs n’est plus possible dans le cadre d’une Confédération qui ne permet pas la libre expression des syndiqués, la Conférence nationale de “Force Ouvrière” a décidé que nous devions reconstruire un mouvement syndical indépendant ». Dans un texte public, la Conférence Nationale, réunie les 18 et 19 décembre 1947, affirme : « La Conférence considère que la véritable Confédération Générale des Travailleurs continue en dehors de l’organisation existante, qui n’a plus de la CGT que le nom, puisqu’elle a violé délibérément ses propres statuts et bafoué les véritables principes du syndicalisme traditionnel […] L’organisation Force Ouvrière lance solennellement un appel à tous les travailleurs de France et d’Outre-mer pour adhérer au Mouvement et réaliser ainsi l’unité véritable et féconde de tous les ouvriers, employés, agents de maîtrise ». A la FEC, la tendance communiste demeure minoritaire, les confédérés, avec Capocci, « continuent la CGT ».

1948 : Reconnaissance de la « représentativité » de la FEC, puis de la CGT-FO

La circulaire 7/48 OG a une importance particulière, puisqu’elle a pour objet, dès le 3 février, le « caractère représentatif de la Fédération ». Capocci y fait état d’une lettre reçue le 2 février, du ministre du Travail : « M. le Secrétaire général, Vous m’avez informé de la décision prise par la Comité National de la Fédération des Employés et Cadres du Commerce, du Crédit, des Assurances, des Professions libérales et divers, de se retirer de la Confédération Générale du Travail et d’adhérer à la Confédération Générale du Travail “Force Ouvrière”. Vous me demandez, en conséquence, de confirmer le caractère représentatif de votre Fédération. J’ai l’honneur de vous faire connaître que je considère que la Fédération des Employés et Cadres reste comme par le passé l’une des organisations syndicales les plus représentatives du personnel des branches d’activité pour lesquelles le caractère lui a été précédemment reconnu. C’est notamment le cas en ce qui concerne les Assurances et les Banques. J’adresse à ce sujet des lettres aux Présidents de la Fédération Française des Sociétés d’Assurance et de l’Association Professionnelle des Banques. Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire général, l’assurance de ma considération distinguée ». Il s’agit, de la part du ministre, Daniel Mayer, d’une application de la Circulaire Parodi du 28 mai 1945 laquelle considère comme « représentatives », la CGT et la CFTC et dont les six éléments d’appréciation sont les effectifs, « l’indépendance », les cotisations, l’expérience, l’ancienneté et, enfin « l’attitude patriotique » pendant l’Occupation. La circulaire Parodi reçoit son application la plus évidente avec le fait que la CGT-FO est reconnue organisation syndicale « représentative » (parution au Journal Officiel du 9 avril 1948) et son Congrès fondateur se tient en avril. La loi de 2008, bafouant la Résistance, supprimera la circulaire Parodi (et la présomption irréfragable de représentativité, base de la négociation collective), pour le grand plaisir du MEDEF, dont l’ancêtre, la CGPF, avait choisi la collaboration. ​​​​​​​

1953 : Grève nationale d’août

La grève commence le 4 août à Bordeaux, à l’initiative des postiers de la Fédération FO. Son programme est : « lutte contre les décrets réactionnaires, indemnité mensuelle uniforme d’attente, indemnité de sujétion spéciale, défense des effectifs et des auxiliaires ». Le fait est que « dès le 6 août, la Fédération Force Ouvrière des PTT a déclenché la grève générale illimitée et les autres Fédérations de fonctionnaires passent à l’action » (JEC du 7 août 1953). FO, la FEC et la Fédération des Métaux, par un communiqué commun, lancent un mot d’ordre de grève pour le 13. Le privé est partie prenante de la grève. Le 11 août, la CE de la FEC élargie aux délégués régionaux présents à Paris « lance le mot d’ordre de grève générale […] pour le jeudi 13 août », reprenant l’ensemble des revendications de la Fédération et exigeant « l’abrogation des décrets-lois portant à l’autonomie de gestion des institutions de la Sécurité Sociale et des entreprises nationalisées ». La CGC maintient son opposition à la grève. Il y a 4 millions de grévistes, le 13. La division syndicale, venant de la CFTC, conduit ce large mouvement de grève à l’échec. Pour la FEC, Adolphe Sidro, Secrétaire général, écrit : « Une grande bataille sociale a été engagée au mois d’août par les travailleurs de la fonction publique et des services publics. Dès les premiers jours, la grève déclenchée contre les décrets-lois a été largement dépassée par la lutte pour la revalorisation essentielle dans un pays où la moitié des travailleurs ont des salaires misérables […] Dès le 26 août, la Fédération des ingénieurs et cadres stigmatisait l’incroyable communiqué du Comité interministériel dans une conférence de presse […] Au faux dilemme du seul choix entre la réaction et l’aventure, les grèves d’août ont donné une réponse nette. La grande force sociale de ce pays doit être et ne peut être animée que pas un syndicalisme authentique ouvrier, celui que nous représentons ». (L'Echo des Employés et Cadres, 12 octobre 1953). ​​​​​​​

1954 : Bilan historique, pour les 60 ans de la Fédération des Employés

La fin 1954 est marquée par le 34ème Congrès Fédéral, à Paris, réunissant 305 syndicats, du 16 au 18 octobre. Le rapport moral est un bilan historique et rappelle que « la Fédération des Employés a été fondée le 13 juillet 1893. Elle est une des plus vieilles du mouvement syndical français, une de celle dont les titres de noblesse ont été acquis au cours de rudes batailles de défaites surmontées, de magnifiques victoires. Une Fédération qui n’a jamais séparé sa lutte de celle menée par l’ensemble des travailleurs pour leur émancipation […] Pendant les 4 années sombres de l’occupation, la Fédération reste fidèle à elle-même et à son passé. Son siège est un centre actif de résistance. Ses militants participent à la lutte clandestine. Deux secrétaires fédéraux, Boulanger et Lemaire, tombent dans la bataille pour la liberté […] En décembre 1947, la trahison des politiciens voulant domestiquer le mouvement syndical provoque la scission. La majorité fédérale rejoint sans hésitation la CGT-FO et garde le titre que les scissionnistes voulaient usurper. La Fédération reste celle de la lignée des vieux combattants de toutes les batailles sociales qui ont modifié si profondément les conditions de vie des employés ».

1956 : Avec la Hongrie libre

La FEC, en accord avec le Bureau de la CGT-FO, décide d’un mouvement d’arrêt de travail, pour le mercredi 7 novembre 1956, de 17 à 18 heures. Sidro écrit : « Une répression atroce, impitoyable a été la réponse faite par ceux qui osent encore se réclamer du socialisme. Non, il n’est pas possible que les insurgés du peuple hongrois n’aient été que les fascistes et les contre-révolutionnaires que dénoncent calomnieusement les serviles laudateurs du despotisme russe » (JEC du 6 novembre).

1957 : Grève dans les grands magasins

G. Rino explique, dans FO Hebdo n°588 du 30 mai 1957, que le personnel commence, pour la première fois, le 18 mai 1957, po

Publié dans INFORMATION, COMMUNIQUE FO

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article