En Ehpad, les dilemmes quotidiens des soignants

Publié le par angeline351

 

 

 

En Ehpad, les dilemmes quotidiens des soignants

Les personnels de santé en EHPAD alertent sur leurs conditions de travail de plus en plus extrêmes. Regard sociologique sur les dilemmes auxquels sont confrontés les soignants au quotidien, entre augmentation des cadences et respect de la dignité humaine.

C’est une réalité encore trop souvent méconnue, voire taboue. Les personnels des Ehpad (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) ont lancé un appel à la grève pour le mardi 30 janvier 2018, pour alerter sur les conditions de travail en Ehpad. Avec cet appel, unanimement partagé par l'ensemble des professionnels des Ehpad, ils revendiquent davantage de temps et de moyens pour accompagner les personnes âgées en forte dépendance qui résident dans ces maisons médicalisées.  

En décembre 2016, pour l’émission “Les Pieds Sur Terre”, la productrice Pascale Pascariello s’était rendue dans un Ehpad à Marseille, pour recueillir la parole de quatre aides-soignantes,  débordées et dépassées par leur métier. Hella, aide-soignante depuis huit ans, confiait la difficulté de ses conditions de travail de plus en plus extrêmes, et le perpétuel décalage entre le respect de la personne et les cadences imposées  : 

Je me bats avec moi-même pour aller plus vite tous les jours. (...) On nous impose des règles, mais c’est pas possible de les respecter. Si on veut respecter les personnes, on peut pas respecter le planning. Si on veut respecter le planning, c’est qu’on ne respecte pas la personne. 

Aller plus vite, toujours plus vite, augmenter les cadences, tout en s’occupant de personnes avec des handicaps moteurs lourds, atteints de démences ou encore de la maladie d’Alzheimer. Il n’est pas rare, par ailleurs, que les soignant·e·s se retrouvent seul·e·s pour assumer la responsabilité d’un service entier. 

C’est à ces dilemmes quotidiens, vécus par les professionnels de santé, que la sociologue Laura Guérin s’est intéressée à travers une enquête ethnographique consacrée à l’alimentation et au service du repas dans les Ehpad. Pointant les décalages entre les recommandations de bonnes pratiques médicales et la difficulté concrète du terrain, la sociologue explique : 

Si idéalement il faut encourager l’autonomie et le choix du résident, il faut aussi veiller à la santé et limiter les risques. C’est pourquoi, souvent, remplir une mission revient à en abandonner une autre. Par exemple : quand un résident vous demande de lui servir un mille-feuille et que vous ne pouvez pas parce que sa prescription médicale ne le permet pas : faut-il, ou non, servir le mille-feuille ? La réponse est loin d’être évidente, et pourtant la situation est banale en Ehpad. Bien souvent, elle engage la capacité des professionnels à trouver sur le vif des tactiques pour les dépasser, et laisse le sentiment du travail inachevé. 

Faire preuve de ruse et d’imagination dans les interactions, cela fait aussi partie du travail des soignants, qu’il s’agisse de soigner les résidents ou de les “faire manger”. La sociologue invite à analyser davantage le contenu même du travail en Ehpad, dont la spécificité se distille jusque dans les interactions langagières en raison de la forte dépendance des résidents : 

Il faut s’imaginer la pénibilité du travail en Ehpad. Les soignants, aujourd’hui, sont amenés à répéter constamment des phrases aussi banales que : “Alors, on les mange ces brocolis ?”, ou encore : “La fourchette, ça sert à manger”. Parler plus fort, et même parler pour les résidents, face à leur silence, ça fait partie de leur quotidien. 

Si le mouvement s’amplifie aujourd’hui, il n’est pourtant pas totalement neuf. Le 3 avril 2017, les aides-soignant·e·s de l'Ehpad les Opalines avaient entamé une grève de 117 jours jusqu’au 28 juillet 2017, pour alerter déjà sur leurs conditions de travail. Quelques jours après la fin de la grève, l’émission “Du Grain à Moudre” s’interrogeait sur cette actualité : “Vieillissement et dépendance : la France est-elle dans le déni ?” Une question qui résonne d'autant plus fortement en cette veille de mobilisation à l'échelle nationale. 

Publié dans SANTE, SERVICE PUBLIC

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