Elle a permis aux femmes de concilier vie professionnelle et personnelle, c’était important de maîtriser cet aspect-là. »

Publié le par angeline351

Elle a permis aux femmes de concilier vie professionnelle et personnelle, c’était important de maîtriser cet aspect-là. »

 

 

Simone Veil, qui s'est éteinte ce vendredi à l'âge de 89 ans, avait 16 ans, en 1944. Lors d'une rafle, sa vie a basculé. A Auschwitz, elle a connu la barbarie nazie. Récit.

La scène se passe le 15 avril 1944, le soir. Simone Veil est à peine descendue du wagon plombé qui vient de l’amener à Auschwitz, après deux jours et demi de voyage. L’enchaînement a été raconté mille fois. Le wagon s’ouvre. Les déportés descendent, sont divisés. Aveuglés par les projecteurs. Poussés sur la rampe de débarquement. On leur intime de laisser tous leurs effets. Une voix inconnue, dans son dos, lui demande alors son âge. « Seize ans et demi », dit-elle. « Dis bien que tu en as dix-huit ». Elle en aura la vie sauve.

Simone Veil marche avec les autres femmes, avec sa mère et sa soeur. Contrôle des SS. Puis des kapos, ces déportés enrôlés pour faire régner l’ordre, qui les mènent à un bâtiment. Des heures passent, angoissantes. Certaines posent des questions. Elles n’ont pour toute réponse qu’un geste des kapos. Indiquant par la fenêtre la cheminée des crématoires et la fumée qui s’en échappe. « Nous ne comprenions pas », écrit Simone Veil dans « Une vie », sa biographie parue en 2007. « Nous ne pouvions pas comprendre. Ce qui était en train de se produire à des dizaines de mètres de nous était si inimaginable que notre esprit était incapable de l’admettre ».

N°78651

La solution finale, pourtant, est bien enclenchée, depuis des mois. Simone Veil raconte dans ce livre, et elle l’a fait dans divers entretiens, son incroyable parcours. Sa descente aux enfers. Entre le 13 avril 1944, lorsque le convoi quitte Drancy vers l’Est, et le 23 mai 1945, date de son retour en France. Quatre mois après avoir été libérée, le 18 janvier. Ces dates, elle ne les oubliera jamais. « Comme le tatouage du numéro 78651 sur la peau de mon bras gauche », écrit-elle. Elle l’a même fait graver sur son épée d’académicienne, lorsqu’elle est devenue immortelle.

Ce numéro, c’est le symbole de l’œuvre de déshumanisation opérée par les nazis. Auschwitz, c’était l’horreur, l’arbitraire, l’absurde, l’inhumain. « Les morts se mêlaient aux vivants, il n’y avait plus rien à manger ». Et puis parfois, des sauvetages miraculeux. A deux reprises, Simone est sauvée par une kapo polonaise, une ancienne prostituée. Sans comprendre. « Tu es trop jolie pour mourir ici », lui dit-elle, en l’envoyant avec sa mère et sa sœur dans un commando moins dur. Un répit qui lui évite une mort certaine, mais ne suffira pas à sauver sa mère, adorée, qui meurt quelques semaines plus tard, d’épuisement.

La déroute allemande durcit encore les conditions de vie. Marche forcée. Sous la pression soviétique les Allemands veulent effacer les traces de l’horreur. Simone est libérée, avec sa sœur, le 18 janvier 1945. Sans nouvelles de son père et de son frère, déportés en Lituanie. Disparus. Avant avril 1944, les Jacob, son nom de jeune fille, étaient une famille heureuse, installée à Nice. Une famille juive parfaitement assimilée et laïque. Fille de 1789 et de la citoyenneté. Un père architecte, plutôt conservateur, auquel la jeune Simone tient tête. Et une mère passionnée et de gauche, qui prône le travail des femmes, même si elle reste brimée dans ses propres désirs d’émancipation.

 Grandeur de l’humanité »

Le lien extrêmement fort qui unit les deux femmes, jusqu’en enfer, est à la source de l’engagement de Simone Veil après la guerre. Elle étudie le droit, résolue à travailler, malgré les doutes de son mari. A devenir magistrat. A se lancer en politique. Ministre de la santé. Présidente du parlement européen, elle met son autorité morale au service de la réconciliation et de la paix.

Cet engagement, c’est bien sûr une façon de vivre. De survivre à cette épreuve inhumaine dont les Français ne voulaient pas vraiment entendre parler en 1945. C’est une des amertumes de Simone Veil, le souvenir de l’impossibilité pendant des années de raconter ce qui lui était arrivé. C’était inaudible. D’une certaine manière, « inaccessible » dit-elle. Sans compter la permanence du racisme. « Nous avons oublié tout l’antisémitisme rampant dont certains faisaient étalage ».

Avec le temps, le témoignage a pu sortir de l’ombre. S’imposer comme un devoir. Et si Simone Veil avoue avoir perdu « toute illusion », elle récuse le pessimisme ou les généralisations. Elle préfère saluer inlassablement les Justes qui, en sauvant des vies juives, « ont témoigné de la grandeur de l’humanité ». Quel cran !

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