Travailleurs pauvres Aide-soignante à l’hôpital et sans domicile fixe...

Publié le par angeline351

Travailleurs pauvres Aide-soignante à l’hôpital et sans domicile fixe...

 

Au sein de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, certains agents gagnent à peine plus que le Smic. Difficile dans ces conditions de vivre décemment et, de plus en plus souvent, de se loger. Témoignages.

Alors que le pouvoir d’achat des 10 % les plus pauvres a augmenté de 13 % entre 1990 et 2008, celui des 10 % les plus riches a crû de 27 %. Cette « hausse », les petites mains de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris l’ont à peine perçue. Et le contexte actuel, entre crise économique et malaise au travail, n’arrange rien. Pour ces agents payés au lance-pierre, joindre les deux bouts est un pari quasi quotidien. Fatimata (*) peut en témoigner.

Comme des centaines de ses collègues, cette jeune femme est ce qu’on appelle communément aujourd’hui une travailleuse pauvre, ou plus exactement une fonctionnaire précaire. Agent des services hospitaliers – ASH dans le jargon – à l’hôpital parisien Georges-Pompidou (HEGP), elle gagne environ 1 300 euros par mois. Certes, elle n’est pas sans ressources, mais elle est loin de rouler sur l’or. Elle-même l’avoue : pour s’en sortir, elle est obligée de travailler plus, beaucoup plus même. En clair, quasiment tous les week-ends. Alors oui, certains mois, sa fiche de paie peut atteindre les 1 800 euros. « Mais à quel prix ! » lâche cette jeune mère de famille, sachant que dans ces cas-là, il faut qu’elle trouve quelqu’un pour garder sa fille. Dans ce contexte, le jour où elle a rompu avec son compagnon, elle s’est littéralement retrouvée à la rue. Un temps hébergée par une amie avec sa petite fille, elle a fini par trouver un logement dans le parc privé, faute de pouvoir accéder à un logement social, ce malgré la demande d’hébergement déposée auprès de son employeur, l’Assistance publique. Et aujourd’hui, cet appartement lui pompe la moitié de son salaire. « Je ne sais pas combien de temps je vais tenir », se demande-t-elle tous les matins.

Autre histoire, même constat : celui d’Habiba (*), également ASH, qui après une séparation s’est retrouvée seule avec ses deux enfants en bas âge, en grande banlieue parisienne. Sauf qu’à la différence de Fatimata, Habiba ne peut plus faire d’heures supplémentaires et ne peut donc pas améliorer son quotidien. En raison de problèmes de dos, elle ne pouvait plus travailler dans un service et s’est retrouvée en consultations, qui ne fonctionnent pas le week-end. Du coup, elle est revenue vivre chez ses parents, car elle ne pouvait plus 
assumer seule son loyer de 650 euros.

« J’ai trente ans d’ancienneté et je gagne 1 800 euros parce que je travaille un week-end sur deux. » Myriam, quarante-huit ans, est aide-soignante en psychiatrie à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif (Val-de-Marne). Comme le scandent toutes les enquêtes d’opinion, la question du salaire est, pour cette mère célibataire, le « nerf de la guerre ». « Il faut vraiment ne rien dépenser en dehors du loyer, des factures et des courses. Moi, la mode, je ne la respecte pas. Quant aux chaussures, je fais très attention et je les fais régulièrement ressemeler », témoigne-t-elle. Le logement ? Cela fait sept ans que Myriam vit dans un deux-pièces avec sa fille et qu’elle demande un nouvel appartement auprès des bailleurs sociaux, y compris le service social de l’AP-HP. En vain. « On m’a bien fait des propositions, mais avec des loyers que j’aurais bien du mal à payer. » Le revers de la médaille, c’est qu’on ne lui propose plus rien car elle a refusé plusieurs offres. « On nous dit qu’on peut prendre tel ou tel appartement à plus de 700 euros de loyer, mais comment vous faites pour vivre, après ? » Comme bon nombre de ses collègues, elle s’interroge. « À un moment, je me suis même demandé si je n’allais pas retourner vivre chez ma mère. Mais pour la direction de l’AP-HP, c’est la solution toute trouvée. Tant que vous n’êtes pas à la rue… »

Enfin, il y a celles et ceux qui trouvent refuge dans un cabanon, un abri de fortune. Et à une portière du trottoir, il y a ceux qui dorment dans leur voiture. « C’est la réalité, même si ce n’est pas une majorité des agents », constate Joran Jamelot, secrétaire du syndicat CGT de l’HEGP. Membre de la commission logement de l’AP-HP depuis des années, Claudine Requena, de l’Usap-CGT, ne peut que constater l’augmentation de la précarité dans la fonction publique hospitalière. « Comme il y a de plus en plus de précarité, les gens qui ont un logement social attribué par l’AP-HP le gardent. En 2011, on a eu 3 000 demandes pour 500 appartements attribués. » En siégeant à cette commission, la syndicaliste a découvert l’ampleur de l’urgence sociale au sein de l’AP-HP. Et de citer le cas de cette aide-soignante qui, avant la trêve hivernale, s’est fait expulser de chez elle, avec ses deux enfants. 
« On est intervenu auprès de la direction locale de l’hôpital où elle travaillait pour qu’elle soit logée dans deux chambres de l’établissement avec ses enfants, le temps de trouver une solution. Au moins, elle n’était pas dehors. »

« Avant, le logement social que l’on pouvait avoir par l’AP-HP, c’était pour compenser les bas salaires, se souvient Joran. Mais cet avantage n’existe plus aujourd’hui. La direction bloque les appartements pour tenter d’attirer les infirmières, un peu comme une carotte pour compenser la faiblesse de leurs salaires. Et de fait, les petits salaires ne sont plus prioritaires et se retrouvent parfois dans des situations difficiles. »

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