Partager l'article ! BAS SALAIRE,HORAIRES FLAXIBLES :: Bas salaires, horaires flexibles: les caissières en ont ras-le-bol «J’ai quitté ma caisse parc ...
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On la connaît tous, on la rencontre régulièrement, on l’observe, on discute parfois avec elle, la caissière. De la pluie, du beau temps. Rarement des conditions de
travail de plus en plus pénibles, des bas salaires et du temps partiel subi qu’elle cumule. Sans parler de cette insécurité croissante.
Marie-France (1) est une victime d’un genre nouveau. Frappée à coups de barre de séparation des produits. On a peine à le croire mais c’est pourtant le calvaire qu’elle a subi comme une
humiliation supplémentaire aux traces indélébiles.
En arrêt maladie depuis le 25 novembre, cette caissière du Grand Lyon a du mal à encaisser ce qui vient de lui arriver : « En treize ans, je n’avais jamais été arrêtée. J’allais même au travail
avec 40 de fièvre », se justifie-t-elle comme si elle devait s’excuser d’avoir été agressée.
À l’origine, des clientes qui n’apprécient pas qu’elle discute avec un client qui est devant elles. Les insultes fusent, la sécurité arrive pour maîtriser les hystériques mais l’une d’entre elles
s’échappe et vient frapper Marie-France, impuissante. Bilan : trois jours d’ITT (interruption temporaire de travail).
La caissière, nouvelle icône du prolétariat. Elle se serait bien gardée de ce statut mais voilà : lors des dernières élections présidentielles, les politiques,
démunis d’un ouvrier désormais devenu une entité évanescente, en ont fait leur faire-valoir de bonne conscience. Et un souffre-douleur.
« Les clients sont de plus en plus stressés et les caissières sont le dernier maillon d’une chaîne : elles prennent tout… ». Les larmes coulent. Elle s’excuse. « C’est d’en parler… Cette histoire
m’a vraiment fichu un coup… », souffle-t-elle dans un sanglot.
Car au-delà de la pénibilité du travail, c’est le manque de reconnaissance qui blesse : « L’indifférence de la hiérarchie fait mal. Ils ne portent pas plainte et n’appellent même pas pour prendre
des nouvelles… », déplore-t-elle.
A 36 ans, Marie- France est devenue caissière parce qu’elle ne trouvait pas de travail « avec un Bac A1 en poche et une formation d’assistante commerciale ».
Aujourd’hui, elle gagne 850 € par mois pour 30 heures travaillées. Un temps partiel subi.
« On m’a refusé un temps complet il y a 4-5 ans. Ça m’aurait été utile car, avec ce que je gagne, heureusement que mon mari travaille et que mes parents me gardent ma fille. Mais avec le recul,
le travail étant de plus en plus difficile, je ne me verrai pas travailler 35 heures ».
Alors évidemment, le travail dominical est encore moins le bienvenu : « Je serai pour, le jour où tout le monde travaillera le dimanche. Mais surtout, il ne faut pas croire que la direction soit
d’accord pour nous payer tous les dimanches à 300%, ça ne serait pas rentable pour eux, ça l’est seulement pendant les fêtes».
Car, seul le chiffre d’affaires compte. Et la caissière n’est qu’un numéro parmi d’autres. Un pion dans l’échiquier de la flexibilité imposée que Florence (1), 38 ans, combat aujourd’hui. « Je
viens juste d’arrêter la caisse. J’ai été reclassée en tant qu’assistante de vente en fromagerie car j’ai dû subir une opération. Dix ans de caisse avec des horaires anarchiques, ça m’a
complètement bousillée », lâche-t-elle.
Elle, non plus, n’avait pas prévu d’être caissière : « Je voulais devenir infirmière. Quand j’ai voulu faire ma prépa, j’avais besoin d’argent pour payer mes études. Je me suis présentée dans la
grande surface où je travaille. De fil en aiguille, on entre dans cet engrenage, les études, on les met de côté pour payer les factures.
C’était il y a 18 ans et je n’en suis jamais ressortie… », déplore aujourd’hui cette coquette jeune femme. À l’époque, elle a des coupures de trois heures qui l’obligent à rester sur place. «Si
on refusait ce planning aux horaires anarchiques, il y en avait 15 qui attendaient derrière », explique-t-elle.
La situation n’a pas vraiment changé depuis. Elle a même empiré, selon Florence. « Je gagne aujourd’hui 1200 € parce que j’ai une indemnité compensatrice de 200 € mais je devrais être à 1000 €.
Après 18 ans. Quand je suis rentrée dans la boîte, je gagnais quasiment la même chose », souligne t-elle.
Et la pilule du travail dominical n’a rien d’alléchant : « Ça ne se fait déjà pas sur la base du volontariat avec cinq dimanches par an alors si c’est généralisé… Comment feront les gens avec
leurs enfants s’ils doivent payer quelqu’un pour les garder? »
Salaire de misère pour travail usant. « C’est pire que l’usine ! Au moins là, vous n’avez pas le client de plus en plus exigeant ». Les articles à passer, carte de fidélité, bons de réduction,
jeux, prélèvements de caisse... pas le droit d’aller aux toilettes… De quoi devenir dingue. « On vient juste d’obtenir d’avoir une bouteille d’eau à côté de soi », souligne-t-elle. Avec
obligation de sourire.
«J’ai quitté ma caisse parce que je n’en pouvais plus et pour rien au monde, je ne pourrais y retourner », assène celle qui aujourd’hui, à travers le syndicalisme, veut se battre pour les « petites jeunes ». Un brin défaitiste : «Aujourd’hui, on ne peut plus obtenir quoique ce soit mais on essaie de ne pas perdre ce qu’on a acquis ». Ni
ses droits, ni sa fiert
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