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Jeudi 27 novembre 2008

> RÉCESSION?

Une analyse du Secteur Économique.




Récession. Ce mot qui définit une période de recul de la croissance économique[1] et renvoie aux suppressions massives d’emplois suscite l’inquiétude voire la peur. A juste titre. En ces temps de rentrée où le problème du pouvoir d’achat reste entier, la question est de savoir si oui ou non, il y aura récession car la menace est bel et bien là.

Mise au point

La perspective inquiétante d’une possible récession n’est pas un scoop. Aboutissement du dossier noir des subprimes qui a dégénéré avec la titrisation[2] , elle était annoncée dès la fin de l’année 2007. Donc, il ne peut y avoir de surprise… sauf qu’elle promettait de sévir aux Etats-Unis et non dans l’Union Européenne où ses dirigeants jugeaient les fondamentaux économiques suffisamment solides pour repousser une éventuelle attaque récessive.

Mais voilà que les pronostics sont déjoués et que la situation s’inverse. Avec une croissance de 0,8% au 2ème trimestre 2008, les Etats-Unis affichent une résistance quasi provocante comparée à la croissance négative de l’Union européenne (- 0,2% dans la zone euro et - 0,1% dans l’ensemble de l’UE à 27) où la dégradation semble s’accélérer.

 

[1] Aux Etats-Unis, on parle de récession lorsque le PIB diminue pendant au moins deux trimestres consécutifs
[2] Circulaire : 98/2007 Secteur économique


Certes, un bon trimestre de croissance ne projette pas une tendance : la purge de l’immobilier est loin d’être terminée, le chômage remonte (5,7% en Juillet et 6,2% en Août) et la perte d’emplois s’élève à 605 000 postes depuis le début de l’année.

Néanmoins, ce rebond soutenu principalement par la composante consommation montre une certaine stabilisation de l’économie, démentant en cela la plupart des prévisions[1]. Car face au marasme des subprimes, le gouvernement a pris des mesures pour protéger les ménages victimes de la crise - ce qui constitue une véritable violation des règles du libéralisme – et fait voter un plan de relance budgétaire de 140 milliards de dollars pendant que la FED privilégiait la baisse des taux d’intérêt par rapport à la valeur du dollar… Ce que bien évidemment on se garde d’envisager au niveau de l’Union Européenne où pourtant il faudrait déclarer la guerre à la récession, car tout indique qu’elle est à l’oeuvre.

Encadré : Freddie et Fanny se noient, l’Etat américain lance la bouée de sauvetage

Quand un niveau d’alerte important pèse sur l’économie, les autorités américaines n’hésitent pas à faire intervenir massivement l’Etat dans l’économie, en contradiction avec les principes libéraux les plus basiques. C’est ce que montre la reprise en main des banques d’affaires Freddie Mac et Fanny Mae. Ces deux établissements sont spécialisés dans le refinancement hypothécaire, elles garantissent les prêts contractés par les banques de détail. Autrement dit, ce sont des banques qui prêtent aux banques. Le Trésor américain prévoit d’y injecter 200 milliards de dollars. Bien que temporaire, le soutien du gouvernement à ces deux banques ne devrait pas se poursuivre au-delà de fin 2009, cette opération pourrait rester comme la plus grande nationalisation de l’histoire économique des Etats-Unis.

En venant au secours de ces deux institutions financières, le Trésor américain entend éviter un véritable désastre à l’économie américaine. Freddie et Fanny détiennent 5 200 milliards de dollars de créances hypothécaires, soit plus de 40% de l’encours de crédit immobilier aux Etats-Unis. Peu importent les moyens utilisés par le gouvernement. Et peu importe si cela revient à nationaliser les pertes, alors que les profits restent chaudement conservés entre les mains du privé. Il semblerait que les marchés financiers aient bien réagi, on les comprend…



En effet, les chiffres de la zone euro publiés par la Commission européenne confirment une situation délicate ; le FMI enfonce le clou en indiquant des perspectives réduites au second semestre 2008 (seulement 1,4 % sur l’année). L’OCDE lui emboîte le pas, en révisant très sensiblement ses prévisions à la baisse (1,3% au lieu de 1,7% prévu au printemps), c’est un second semestre au mieux marqué par une croissance proche de zéro qui s’annonce (0,1% au troisième trimestre et 0,2% au quatrième). Surévaluation de l’euro, freinage de la demande de ses principaux partenaires commerciaux, hausse des prix des matières premières, retournement immobilier, etc… La concomitance de tous ces facteurs propices à un ralentissement brutal ne pouvait laisser indemnes les économies européennes.

 


Le recul de 0,2% de la croissance de la zone euro en T2 est une première depuis l’introduction de la monnaie européenne. Si la demande extérieure a sa part de responsabilité, c’est du côté de la demande intérieure qu’il faut chercher la principale cause de ce repli. Le repli de la consommation est le résultat de la modération salariale qui règne en zone euro et de la dégradation du pouvoir d’achat. La remontée du chômage contribue également à déprimer la consommation des ménages. L’investissement des entreprises s’est également ralenti en réponse à la baisse des prévisions de demande et au durcissement des conditions de crédit.

Dans la plupart des pays les voyants virent au rouge et le chômage repart à la hausse. Mais pour changer la donne, chacun doit arbitrer en fonction ou non de sa cagnotte budgétaire. Qui a respecté la règle du zéro déficit pourra tenter de s’en sortir en utilisant ses marges budgétaires. Qui a laissé filer ses dépenses publiques paiera le prix de son incurie ! Par conséquent, chacun pour soi et que le meilleur gagne !

Croissance et chômage Union européenne – Etats-Unis

 

 

Croissance du PIB

(var. trimestrielle, en %)

Taux de chômage

(en %)

Variation en point de chômage

Variation en nombre de chômeurs (en milliers)

 

2008 T1

2008 T2

Juillet 2008

Depuis le 1er Janvier

Depuis le 1er Janvier

UE-27

0,7

-0,1

6,8

0

- 31

Zone euro

0,7

-0,2

7,3

+0,1

+ 237

France

0,4

-0,3

7,3

-0,5

- 127

Allemagne

1,3

-0,5

7,3

-0,6

- 242

Italie

0,5

-0,3

6,5 (en mars)

Nd

Nd

Royaume Uni

0,3

0,2

5,3 (en mai)

Nd

Nd

Espagne

0,3

0,1

11

+2,2

+ 553

Portugal

-0,1

0,4

7,5

-0,2

- 9

Belgique

0,5

0,3

7,1

+0,1

+ 5

Pays Bas

0,4

0

2,6

-0,3

- 24

Danemark

-0,6

Nd

2,3

-0,9

- 26

Suède

0,1

0

5,3

-0,6

- 32

Pologne

1,4

Nd

6,8

-1,5

- 224

Etats-Unis

0,2

0,8

5,7

+0,7

+ 1129

Source : Eurostat, Bureau of Labor Statistics

 

Prévisions de croissance pour l’année 2008

 

 

Croissance trimestrielle

Croissance annuelle pour 2008

 

T1 2008

T2 2008

T3 2008

T4 2008

Prévision avril 2008

Prévision septembre 2008

Zone euro

0,7

-0,2

0,0

0,1

1,7

1,3

France

0,4

-0,3

0,0

0,1

1,6

1,0

Allemagne

1,3

-0,5

-0,2

0,2

1,8

1,8

Italie

0,5

-0,3

0,0

0,1

0,5

0,1

Royaume Uni

0,3

0,0

-0,2

-0,2

1,7

1,1

Espagne

0,3

0,1

-0,1

-0,3

2,2

1,4

Source : Commission européenne, prévisions intermédiaires, 10/09/08



Cette situation masque néanmoins des différences entre les Etats-membres. L’Allemagne et L’Italie affichent une croissance négative au second trimestre. En Espagne, la croissance est proche de zéro après plusieurs années relativement fastes. La Commission européenne prévoit qu’elle entre « en récession technique » aux deux derniers trimestres. Première victime de ce ralentissement, le chômage qui opère une remontée spectaculaire (+24% en glissement annuel en août), principalement dans le secteur de la construction. Le Royaume Uni est également au bord de la récession et l’activité n’a pas été aussi ralentie depuis longtemps. Soulignons enfin que « l’exemplaire » royaume du Danemark loué en France pour son modèle de flexicurité du marché du travail est le premier à avoir amorcé la récession (- 0,2% au dernier trimestre 2007 et -0,6% au premier trimestre 2008).



 


Il était peu probable que la rencontre bruxelloise qui réunissait le 13 septembre dernier, à la demande de la France, les grands argentiers de la zone euro débouche sur une réponse adaptée à l’enjeu du moment : faire bloc pour éviter la récession effective. Interrogé sur un possible plan de relance pour soutenir la croissance, Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, le rejetait avec fermeté.

Sortir de la décélération en 2009 ou 2010 autrement qu’en misant sur la résistance des pays émergents ou du rétablissement des Etats-Unis exigerait un peu de réalisme et l’audace qui va de pair ! Il faudrait d’abord convenir qu’il y a bel et bien une amorce de récession : or, ici et là on rejette le mot fatidique ; ensuite négocier avec le président de la BCE un compromis tendant à réorienter la politique monétaire (baisse des taux d’intérêts, action sur le taux de change), enfin, geler (au minimum) les contraintes budgétaires.

L’ancien président de la Commission Européenne, Romano Prodi qualifiait de « stupide » le pacte de stabilité et de croissance. Le moment est venu pour l’Etat-major de l’Union de prouver son intelligence en instaurant une véritable politique macro-économique qui permettrait de contrer les chocs, de soutenir l’activité et d’en finir avec la croissance pauvre en emplois. Qu’on le veuille ou non, le simple fait que les PIB reculent, suggère une crise profonde qu’il faut surmonter par des remèdes appropriés, fussent-ils contraires au dogme du laisser-faire, laisser-agir, savamment cultivé à Bruxelles.

Quand tous les clignotants s’allument, il est irresponsable d’agiter le chiffon rouge des déficits. Le pragmatisme du Japon fournit le contre-exemple : le PIB de la deuxième économie mondiale a reculé de 0,6 % au second trimestre 2008 et menace de se replier à nouveau. Malgré une dette record, le gouvernement devrait injecter 73 milliards d’euros pour empêcher que le pays ne sombre dans la récession qu’il a connu pendant des années. Un plan d’urgence est également en cours d’élaboration au Royaume Uni, pour venir en aide aux familles les plus touchées par la crise de l’immobilier.

Au terme des discussions les vingt sept ont réitéré leur engagement en faveur de l’assainissement des finances publiques et le Président de la BCE a fustigé les revendications salariales. En clair, rien ne sera fait pour contrer la récession !

 


Devant la contraction de 0,3 % du PIB et l’avalanche de mauvais indicateurs, le Premier Ministre s’est rendu à l’évidence d’un « fort ralentissement » à l’œuvre, tout en contournant le vocable honni de « récession ». Alors que l’INSEE passait en juin pour pessimiste avec une prévision de croissance de 1,6% pour 2008, le gouvernement qui tablait sur une fourchette comprise entre 1,7 et 2 % au printemps affiche désormais 1%, tout comme la Commission européenne. Les premières estimations pour 2009 vont de 0,5% à 1% dans le meilleur des cas, selon les instituts de conjoncture.

Mais s’estimant gardien des engagements européens de la France, le premier ministre vise toujours l’équilibre des comptes publics pour l’année 2012, et à l’instar de son homologue allemand (qui affiche pourtant un excédent budgétaire) il exclut tout plan de relance. Martelant la poursuite des réformes, ce qu’en toute franchise, il devrait nommer « rigueur », il annihile ainsi toute possibilité de reprise. Or quand on frise la récession…

 


Car tous les moteurs de la croissance patinent. Les dépenses de consommation stagnent (+0,1% en T2), l’investissement est en chute libre (-1,5%) et les exportations, qui n’étaient déjà pas très vigoureuses reculent de 2%. L’emploi a reculé au second trimestre, avec 19 100 postes détruits. Les effectifs sont en repli dans l’industrie mais également dans les services marchands, sous l’effet d’un fort recul de l’intérim. La remontée du chômage officiel n’est plus très loin…

Dans ce contexte, la question du pouvoir d’achat reste entière, Face à une très forte accélération de l'inflation, de 1,1 % en rythme annuel en juillet 2007 à 3,6 % en juillet 2008, l’évolution des salaires nominaux affiche une stabilité surprenante avec une hausse annuelle de 2,7 % au premier trimestre 2008 (3% pour le second trimestre, chiffre provisoire), soit le même niveau qu'au premier trimestre 2007. En terme de pouvoir d’achat, le gain annuel moyen s’élevait à 1,5 % fin mars 2007 contre une perte de 0,4 % au premier trimestre 2008 et 0,5% au second trimestre (chiffre provisoire). On est donc loin d’un mécanisme d’inflation du type spirale prix-sa

Par angeline351 - Publié dans : Information
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