Entre les caisses régionales de Crédit Agricole et les activités de banque de financement et d'investissement (BFI), les relations restent tumultueuses. L'annonce hier de nouvelles dépréciations
de 1,2 milliard d'euros liées à la crise dans la filiale Calyon, qui ramèneront le résultat net du groupe bien en-dessous des attentes à 892 millions d'euros au premier trimestre, en fournit une
autre preuve.
Obligées de suivre une augmentation de capital de 5,9 milliards d'euros, les caisses régionales, actionnaires majoritaires de la banque verte, vont en effet remettre la BFI au pas. La nomination - pas encore officielle - de Patrick Valroff, artisan du succès de Sofinco dans le crédit à la consommation, comme directeur général de Calyon, à la place de Marc Litzler, homme de marchés, donne une idée de la diète qui attend la banque d'investissement. Un recentrage sur les « expertises et clientèles clés », avec « une réduction de la proportion des fonds propres du groupe allouée à ces activités, et un programme de réduction significatif des frais fixes ».
La banque verte précisera demain ses intentions lors de la présentation de ses résultats. Pour les connaisseurs du groupe, Calyon devrait se concentrer sur des métiers traditionnels du financement où elle a des positions fortes - comme l'aéronautique - et lever le pied sur les activités de marchés. Celles-là même que Marc Litzler avait été pourtant chargé de développer à son arrivée en 2004, pour hisser Calyon dans la cour des grands.
Ce nouveau coup de balancier n'est pas sans soulever d'inquiétudes. « Les caisses régionales n'ont pas la culture de la BFI. Un excès risque de succéder à un autre », s'alarme un collaborateur de Calyon, qui rappelle que la filiale s'apprête à connaître son cinquième patron en cinq ans depuis le rachat du Crédit Lyonnais en 2003. « On peut craindre, si la crise s'étend, un très net coup d'arrêt du développement de Calyon, plus prononcé qu'ailleurs en raison de la structure actionnariale du groupe », prédisaient déjà le 4 avril les analystes du CM- CIC.
Depuis le rachat d'Indosuez en 1996, le bilan laisse il est vrai à désirer. Les caisses régionales ont dû dès 1998 payer la facture des crises russe et asiatique. Et si Calyon a rapporté 3,4 milliards d'euros de résultat net en 2005 et 2006, la fusion avec les équipes du Crédit Lyonnais, lors du bas de cycle de 2003, s'est faite dans la douleur.
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