Etudiants en soins infirmiers : des dérives remarquées pendant la crise

Publié le par angeline351

Etudiants en soins infirmiers : des dérives remarquées pendant la crise

Placés, comme leurs futurs confrères, sur le devant de la scène pendant la crise sanitaire, les étudiants en soins infirmiers (ESI) sont aujourd’hui nombreux à dénoncer leur « exploitation » par les structures hospitalières. Difficile pourtant de quantifier le nombre de postes d’aides-soignants déguisés en stage.

Stage ? Vacation ? Faisant-fonction aide-soignant ? Les frontières d’emplois des ESI pendant la période de la crise sanitaire semblent floues.

Pour Mathieu, étudiant en troisième année au sein d’un Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi) de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), les deux mois de confinement ont été synonymes de travail en tant que faisant-fonction aide-soignant, sous couvert de stage.

« Mon stage de troisième année a débuté le 9 mars dans un service de réadaptation respiratoire, et lorsque la crise sanitaire a débuté, j’ai été mobilisé en tant qu’aide-soignant en pneumologie, au sein d’un service Covid-19 », témoigne-t-il.

Et de poursuivre : « L’IFSI refuse de reconnaître notre engagement, certainement parce que nous avons travaillé en étant en convention de stage. 

Certes, l’étudiant a bénéficié de la prime versée par la région aux stagiaires, mais il aurait préféré un contrat de travail et tout ce que cela implique à savoir un salaire, la prime versée aux aides-soignants et la reconnaissance de son travail qu’aujourd’hui personne ne lui accorde. « Nous sommes les oubliés des discours de Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP. Il ne fait aucune allusion à nous qui sommes venus travaillés et qui repartons sans rien. »

Une situation difficile à digérer, d’autant plus que pendant ce « stage » déguisé, il n’a bénéficié d’aucun encadrement. « Malheureusement, nous n’avons pas beaucoup de recours à notre disposition, car d’un autre côté, si notre travail est reconnu en tant que tel, cela veut aussi dire que notre stage ne sera pas validé, et de ce fait, nous ne bénéficions pas des ECTS correspondants pour valider notre année. Notre situation est vraiment floue. Nous n’osons pas agir. » 

Incitations fortes
De son côté, Juliette* étudiante en deuxième année dans les Pyrénées orientales, a décidé d’arrêter ses études pour prendre le temps de réfléchir à son avenir. « Les comportements que j’ai vus pendant la crise sanitaire ne sont pas compatibles avec la soignante que je souhaite devenir, explique-t-elle. Je suis déçue de voir que j’ai idéalisé ce milieu. »

Et de témoigner : « De nombreuses personnes dans ma promotion voudraient témoigner. Mais nous avons reçu des menaces de la part de notre institut de formation. » Le premier fait contestable pour les étudiants de cet Ifsi : « ceux qui ont travaillé au sein du secteur Covid de l’établissement hospitalier auquel notre Ifsi est rattaché, ont dû ramener leurs tenues chez eux pour les nettoyer. Certes, en temps normal, c’est à nous de le faire, mais en période de crise sanitaire avec le risque de contamination élevé, nous avons trouvé cela dangereux. »

Après deux semaines de discussion, la direction des ressources humaines a finalement accepté ce nettoyage. « D’autres problèmes sont survenus lorsque certains d’entre nous ont été réquisitionnés en tant qu’ASH, poursuit Juliette. L’école a proposé à certains étudiants d’occuper des postes ASH après une formation de deux jours en échange de la validation de leur stage infirmier. Mais une fois sur le terrain, les étudiants n’ont pas bénéficié des protections nécessaires. »

Et d’ajouter : « Une étudiante n’a pas accepté la proposition. Elle a alors reçu un appel de la directrice de l’Ifsi qui a remis en cause sa conscience professionnelle en lui disant que pendant ce type de crise, il fallait s’engager. Mais elle a tenu bon. »

Situations exceptionnelles
« Le confinement a entraîne un chamboulement dans l’organisation et l’affectation des stages et il est possible que dans les territoires où les besoins en soins ont été importants, certains étudiants aient été, pour une période, affectés à un poste d’aide-soignant  alors qu’ils étaient supposés être en stage », reconnaît  Martine Sommelette, présidente du Comité d’entente des formations infirmières et cadres (Cefiec).

Ce sont, selon elle, des situations qui n’auraient pas perduré, « du moins, je ne pense pas que ce soit la règle », ajoute-t-elle. Dans de nombreux endroits, les établissements et les équipes ont essayé de jouer le jeu et de prendre les ESI en stage. « Il est vrai qu’en fonction du lieu, du territoire et du service, l’encadrement n’a pas toujours été de la qualité que nous aurions souhaité, ajoute-t-elle. Mais nous demandions au minimum un professionnel référent pour chaque ESI. Les Ifsi ont aussi veillé à la sécurité physique et psychologique des étudiants. »

Concernant la rémunération, certaines régions ont attribué des aides aux ESI et aux élèves aides-soignants sous convention de stage, « une reconnaissance du renfort qu’ils ont pu apporter pendant la crise », estime Martine Sommelette.

Une enquête en cours
De son côté, la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi) dénonce le « sentiment de mise à disposition obligatoire que ressentent de nombreux étudiants », souligne Félix Ledoux, son président.

De nombreux directeurs ont adressé des demandes de stages étudiants, et « dans les faits ils ont remplacé du personnel soignant, précise-t-il. Le sentiment d’injustice est réel car ils n’ont pas été rémunérés pour le travail accompli et les conditions d’encadrement d’un stage n’étaient pas réunies. »

Les directeurs et les équipes reconnaissent que sans les ESI, « ils n’auraient pas pu subvenir aux besoins en soins à prodiguer aux patients, indique Félix Ledoux. Les compétences et l’importance des ESI dans les services sont reconnues. Nous devons nous en servir pour revaloriser le statut étudiant, les conditions d’encadrement et les indemnités, dans le cadre des discussions du Ségur de la santé d’Olivier Véran. »

La Fnesi a de son côté lancé une enquête nationale pour faire la lumière, de manière chiffrée, sur ces situations abusives. Les résultats seront connus au plus tard à la fin du mois de juin. « Notre objectif est de trouver des solutions aux situations irrégulières et éviter qu’elles ne se reproduisent », conclut Félix Ledoux.  

 

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