Projet de loi sur l'IVG : l'Académie de médecine et l'Ordre des médecins défavorables

Publié le par angeline351

Projet de loi sur l'IVG : l'Académie de médecine et l'Ordre des médecins défavorables

Manifestation au Conseil national de l'ordre des médecins, à Paris, le 18 mars 2019, après que l'Union des gynécologues-obstétriciens de France (Syngof) a menacé de faire grève des avortements. Photo Jacques Demarthon. AFP 
La première estime qu'un délai de 14 semaines «augmente le recours à des manœuvres chirurgicales qui peuvent être dangereuses pour les femmes», le second que «la disparition de la clause de conscience ne permettra pas de répondre aux difficultés qui peuvent se poser à nos concitoyennes souhaitant avoir recours à une IVG».
  Projet de loi sur l'IVG : l'Académie de médecine et l'Ordre des médecins défavorables
Le combat pour un meilleur accès à l’avortement en France n’est pas encore gagné. L’Académie nationale de médecine s’est, dans un communiqué publié samedi, opposée à l’allongement du délai légal d’accès à l’IVG de 12 à 14 semaines, adopté jeudi en première lecture par l’Assemblée nationale malgré des réserves du gouvernement. Cette instance de conseil des pouvoirs publics justifie : «En portant ce délai à 16 semaines d’aménorrhée [14 semaines de gestation, ndlr], on augmente le recours à des manœuvres chirurgicales qui peuvent être dangereuses pour les femmes et à une dilatation du col plus importante susceptible de provoquer des complications à long terme comme un accouchement prématuré.» Pour l’académie, «cet allongement entraînera inéluctablement une augmentation significative des complications à court ou à long terme». Cet allongement ne répondrait «à aucune demande légitime des femmes qui espèrent au contraire une prise en charge plus rapide, avec le risque d’augmenter le délai de leur démarche».

L’Académie de médecine recommande donc «de maintenir le délai légal» actuel de 12 semaines tout en «rendant plus accessibles et dans des délais moindres» les centres de santé qui prennent en charge des IVG. Interrogée avant le vote de l’Assemblée, la députée EDS (Ecologie démocratie solidarité) Albane Gaillot, qui porte cette proposition de loi, nous exposait : «Les risques sont les mêmes. Des femmes peuvent avoir des risques très importants même à huit semaines de grossesse. Le fœtus est plus grand à quatorze mais c’est la même technique d’aspiration qui est utilisée.» Elle soulignait également : «Certains pays le font jusqu’à 24 semaines [le Royaume-Uni], on le saurait si au Pays-Bas, où l’IVG est autorisé jusqu’à 22 semaines, tout le monde mourait ou avait des complications importantes. Cette loi vise simplement à allonger ce délai de deux semaines.»

Il faut être un peu formé»
Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes, nous faisait la même analyse : «Aux Pays-Bas, on utilise la technique d’aspiration bien plus tard [dans la grossesse]. Il faut être un peu formé pour ne pas être brutal, bien s’assurer qu’on n’a pas oublié un petit fragment parce que ça va provoquer une infection. C’est le même geste, qui va nécessiter un peu plus de patience, d’habileté. Mais les gens qui le font à douze semaines peuvent le réaliser à quatorze sans problème s’ils le veulent. Le problème sera ceux qui ne veulent pas.»

Le texte adopté jeudi propose aussi de permettre aux sages-femmes de réaliser des IVG chirurgicales jusqu’à la dixième semaine de grossesse afin de pallier le manque de praticiens. L’Académie de médecine «déconseille» également ce «transfert de compétences aux sages-femmes pour la pratique des IVG chirurgicales quel qu’en soit le terme, […] compte tenu de leur absence actuelle de qualification chirurgicale». Albane Gaillot nous indiquait : «C’est une des recommandations du rapport de la délégation des droits des femmes de l’Assemblée qui montre que les sages-femmes sont tout à fait compétentes. Elles pratiquent aujourd’hui des actes chirurgicaux intra-utérins tout le temps. Le Conseil national de l’ordre des sages-femmes m’a dit aussi qu’elles étaient tout à fait volontaires pour participer à cet accroissement de l’offre.»

Des mesures jugées inutiles
Cette mesure est contestée, notamment par les gynécologues. Ghada Hatem-Gantzer estime : «Les sages-femmes ont un tout autre métier, on en manque dans les salles d’accouchement, je ne comprends pas pourquoi on leur ferait faire autre chose. Elles seraient en plus embêtées s’il y avait des complications.» Elle plaide en revanche pour une meilleure «diffusion des centres de planification sur le territoire» mais aussi pour une revalorisation des médecins pratiquant les avortements. «Ils sont payés au lance-pierre, le forfait IVG ne couvre absolument pas toutes les dépenses que ça implique.»

L’Ordre des médecins s’est de son côté opposé samedi à la suppression de la clause de conscience spécifique à l’IVG, deuxième mesure phare de cette proposition de loi. L’organisation juge que «ni la disparition de la clause de conscience ni l’allongement des délais légaux […] ne permettront de répondre aux difficultés qui peuvent, aujourd’hui encore, se poser à nos concitoyennes souhaitant avoir recours à une IVG». Cette suppression est une demande récurrente des militantes féministes pour qui cette double clause stigmatise l’avortement en le catégorisant comme un acte médical à part et donc un droit lui aussi à part. L’Ordre des médecins appelle en revanche l’Etat «à prendre des engagements forts […] pour assurer, en tout point du territoire, la mise à disposition pour les femmes des moyens matériels et professionnels de prise en charge de qualité». Seuls ces engagements et «un investissement important dans la stratégie de prise en charge» permettront, selon eux, «l’accès sans entrave à l’IVG».

Publié dans INFORMATION, SANTE

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