Les ménages, grands perdants de la crise de la Covid-19

Publié le par angeline351

Les ménages, grands perdants de la crise de la Covid-19

Selon Patrick Artus, chef économiste de Natixis, les ménages seront les grands perdants de la crise. Les destructions de richesses se traduiront par une hausse du chômage structurel de 4 points à horizon 2022.

es prévisionnistes internationaux s’acccordent pour prévoir une disparition de 4,4% du niveau de produit intérieur brut (PIB) en 2022 par rapport à son niveau dans un monde sans virus. Cette estimation, plutôt optimiste, ne reflète pas moins un choc inédit qui aura de lourds impacts sur la croissance nationale. Chaque récession détruit de la croissance potentielle. La France a déjà perdu 3% de sa croissance potentielle à la suite de la crise des subprimes. Cette année, la crise de la covid-19 a sapé près de 5% de la croissance potentielle : absence de création de capital, destructions d’emplois, manque de perspectives économiques pour les secteurs en difficulté comme hôtellerie-restauration, tourisme, culture, aéronautique… Cette perte est irréversible. Qui, de l’Etat, des entreprises ou des ménages payera les pots cassés d’une crise qui s’annonce bien plus grave que la crise des subprimes ?

Pour l’Etat, la situation en 2022 sera différente de celle de 2020. Cette année, le déficit du niveau du PIB, chiffré à 11,3%, est dû à l’arrêt de la production pendant le confinement, puis par sa faible reprise. En 2022, le déficit du niveau du PIB s’expliquera par le fait que les ménages et les entreprises auront accumulé moins de capital, et que la demande et la consommation auront baissé.

L'Etat ne peut plus s'endetter
Pendant la crise des subprimes, l’Etat avait amorti le choc économique en augmentant durablement son déficit public, passant de 3,3% en 2008 à 7,2% en 2009 puis en le réduisant progressivement jusqu’à son niveau d’avant-crise, 2017. Seulement, en 2020, l’Etat ne peut plus durablement s’endetter autant au regard de ses partenaires européens. Emmanuel Macron a promis que la France reviendrait à un déficit public à 3% du PIB en 2025. L’Etat n’amortira pas directement la chute du niveau du PIB - indépendamment des effets du plan de relance sur l’économie, déjà intégrés dans ses estimations. Le coût en sera donc supporté par les agents du secteur privé, soit les entreprises et les ménages.

Les entreprises ont prouvé, pendant la crise des subprimes, qu’elles restauraient très rapidement leur profitabilité. En 2010, les profits des entreprises avant dividendes ont retrouvé leur niveau de 2007 (13% du PIB, selon l’INSEE). Cette caractéristique économique indique qu’elles n’absorberont pas durablement les 4,4 points de PIB disparus. 

Ménages et salariés en première ligne
Ce seront donc les ménages et les salariés qui en subiront tous les effets, via une augmentation massive du chômage. A la lumière de la crise de subprimes, le chômage structurel pourrait passer de 7% aujourd’hui à 11% en 2022. A moins que syndicats et patronat se mettent d'accord pour baisser les salaires, ce qui qui atténuerait les pertes d’emploi.

Pour éviter de déplacer tous les effets de la crise sur l’emploi, les entreprises et les ménages doivent se partager la contribution sociale, les premières en acceptant des marges bénéficiaires plus faibles, et les secondes en acceptant des modérations salariales et des baisses d’emploi.

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