Covid-19. « Deuxième vague forte », cas en hausse… L’épidémie devient-elle incontrôlable ?

Publié le par angeline351

Covid-19. « Deuxième vague forte », cas en hausse… L’épidémie devient-elle incontrôlable ?

Le nombre de cas qui augmentent, des restrictions qui gagnent plusieurs régions françaises passées en rouge. L’épidémie de coronavirus est-elle en train de devenir hors de contrôle ? Non, répondent des épidémiologistes qui expliquent que la situation n’a rien à voir avec celle de mars.

5 084 cas de coronavirus le 5 octobre, 26 896 cinq jours plus tard. Un taux de positivité qui enfle. Santé publique France qui s’inquiète, le 9 octobre, de voir le nombre de cas doubler en cinq semaines chez les 65-74 ans, tandis qu’il a été multiplié par 2,2 chez les 75 ans et plus.

Rajoutez à cela les propos, ce lundi 12 octobre, du Premier ministre Jean Castex sur « une deuxième vague forte » et l’interview attendue, mercredi 14 octobre, du président de la République, Emmanuel Macron...

Il n’en faut pas plus pour voir émerger la crainte que la pandémie de coronavirus redevienne hors de contrôle.

Non, répondent Pierre Tattevin, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Rennes, et Matthieu Revest, épidémiologiste dans le même établissement. « Il y a des scénarios inquiétants mais le pire n’est jamais certain. En tout cas, ce n’est pas vrai de dire que l’épidémie n’est pas sous contrôle », indique le second.

Une bosse plutôt qu’une deuxième vague
Pierre Tattevin ne parle pas, d’ailleurs, de deuxième vague mais d’une « bosse qui va durer plus longtemps mais montera moins haut que ce que nous avons connu en mars ».

Le nombre de cas qui explose ? « À relativiser en fonction des remontées statistiques. Tout comme le taux de positivité. Plus on test, plus il augmente. L’important est de hiérarchiser les tests sur les personnes à risques et celles qui présentent des symptômes. »

Selon l’épidémiologiste, rien ne permet d’affirmer que la pandémie va devenir incontrôlable : « On voit bien que dans certaines régions où des mesures ont été prises, elle redescend. C’est le cas à Bordeaux, en Provence-Alpes-Côte-d’Azur et en Bretagne. Il n’y a rien d’irréversible. »

Pourquoi ? « Je serai bien incapable de vous le dire, avoue Matthieu Revest. Ce n’est pas que médical ni sociétal. Il faudra étudier cela une fois que l’épidémie sera finie. Mais c’est la preuve que les efforts finissent par payer. »

Une bonne stratégie mais une vigilance à maintenir
Ainsi, les indicateurs restent préoccupants en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France. Pour Pierre Tattevin, la stratégie adoptée, à base de tests et de mesures ciblées selon les territoires, est la bonne. « Ce n’est pas pire en France qu’ailleurs. Même l’Allemagne a ses zones rouges. »

Pour autant, l’infectiologue appelle plus que jamais à la vigilance, au port du masque, au respect des gestes barrières : « Il faut garder ce niveau d’exigence pour baisser le risque de transmission. » Le discours de Matthieu Revest est identique : « Il faut poursuivre les efforts, chacun joue un rôle majeur. »

Lors de son point presse du 8 octobre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait ainsi indiqué que le taux de reproduction était de 3 au printemps : une personne malade en contaminait trois. Aujourd’hui, il se situe en moyenne à 1,21.

Surveiller les hospitalisations
Le vrai risque actuel, c’est que « l’augmentation d’hospitalisations due au coronavirus qui empiète sur d’autres activités et oblige à déprogrammer massivement des opérations », relève Pierre Tattevin.

C’est déjà le cas en Ile-de France, Aurélien Rousseau, directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) a indiqué qu’avec « 474 malades , on a passé les 42 % d’occupation » des lits de réanimation. Un niveau qui va imposer des déprogrammations d’interventions pour faire de la place dans les hôpitaux.

Pour Pierre Tattevin, il est là, l’indicateur à surveiller : le nombre d’hospitalisations et d’admissions en réanimation. Et, pour l’instant, même s’il augmente, il n’explose pas avec 8 231 hospitalisations pour Covid-19 au 11 octobre, soit 255 de plus que la veille : « Nous ne sommes pas face à une vague comme en mars même s’il faudra attendre la fin du mois pour être fixé en termes de mortalité »

Au pic de l’épidémie, début avril, plus de 7 000 malades du Covid-19 (pour une capacité nationale initiale de 5 000 lits de réanimation) étaient recensés. Ce chiffre a chuté jusqu’à la mi-août avant de réaugmenter pour atteindre 1 483 personnes, selon le dernier bilan de Santé publique France daté du 11 octobre.

Un taux de mortalité en baisse, une meilleure prise en charge
Les profils des patients admis en réanimation n’ont d’ailleurs pas changé : des personnes âgées, des populations dites « à risque ». Surtout, d’énormes progrès ont été faits dans leur prise en charge.

Une étude menée par l’Institut Pasteur montre ainsi que le taux de mortalité a été divisé par deux : « Nous savons mieux ce qu’il faut faire face au coronavirus, remarque Pierre Tattevin. La prise en charge des patients est plus rapide et plus simple avec, à la clé, on peut l’espérer, des durées d’hospitalisation plus courtes. »

Lors d’un point presse sur l’évolution de l’épidémie en Ille-et-Vilaine, début septembre, Anne-Briac Bili, directrice de cabinet à l’Agence régionale de santé, indiquait ainsi : « En mars-avril, la durée moyenne d’hospitalisation en réanimation était de quinze jours à trois semaines. Elle est aujourd’hui de huit jours. »

Le mal-être des soignants
La crainte d’un engorgement des services hospitaliers demeure, notamment face à des soignants qui ne cachent pas leur épuisement face à une situation qui perdure depuis de longs mois.

Une consultation, lancée par l’Ordre national des Infirmiers auprès de 60 000 soignants du 2 au 7 octobre, et révélée dimanche 11 octobre par Le Parisien, révèle un mal-être croissant dans la profession. À tel point que 40 % des personnes interrogées envisagent désormais de changer de métier.

« Ne pas voir le bout du tunnel, lorsqu’on est en première ligne, c’est très compliqué, explique Patrick Chamboredon, président de l’Ordre national des infirmiers. Tout le monde se pose la même question : quand est-ce que ça va s’arrêter ? »

Les hôpitaux se tiennent en tout cas prêts : « C’est notre rôle de nous préparer à accueillir un afflux de malades. Cela ne veut pas dire que cela va arriver », note Matthieu Revest.

Pierre Tattevin veut croire que, même si « on ne sait pas clairement ce qui va se passer », que ce fameux bout du tunnel va finir par arriver « Nous avons une bonne trentaine de vaccins en bonne voie. Il faut rester vigilant mais les recherches vont finir par aboutir. » Quand ? La question reste pour l’heure en suspens.

Publié dans INFORMATION, SANTE

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