Caoutchouc : Hutchinson France engage la restructuration de ses 32 établissements

Publié le par angeline351

Caoutchouc : Hutchinson France engage la restructuration de ses 32 établissements

Parmi les premiers groupes à annoncer une réduction drastique de ses effectifs (jusqu’à 1 000 postes sur 9 640), Hutchinson France, filiale de Total spécialisée dans la transformation du caoutchouc, entre dans la phase opérationnelle du Plan de départs volontaires (PDV) négocié sous forme de Rupture conventionnelle collective. FO a signé le socle commun, au niveau central, deux tiers des départs au moins devant relever de mesures d’âge. Et une garantie de maintien des emplois restants a été obtenue.

Depuis que, début juin dernier, l’équipementier Hutchinson France a annoncé son intention de supprimer 800 à 1 000 postes sur 9 640, l’inquiétude grandissait dans les 32 établissements tricolores (dont 25 usines) de cette filiale du groupe Total, spécialiste des joints d’étanchéité, des durites et autres systèmes anti-vibratoires.

Tous les salariés sont désormais fixés sur leur sort : l’ensemble des entreprises constituant Hutchinson France ont validé, par accord majoritaire, le « socle commun » construit en juillet au niveau central par les syndicats, dont FO [on ne peut parler d’accord groupe, Hutchinson France recouvrant une société holding et des filiales, NDLR].

Il était important de bâtir un socle commun, pour assurer les conditions d’une équité de traitement entre tous les salariés, explique Ildefonso Benitez, coordinateur FO d’Hutchinson France, qui a signé en responsabilité. La direction France est restée intransigeante sur le volume d’emplois à supprimer, qu’elle motive par une baisse attendue du chiffre d’affaires de 20% en 2020, suite à la chute des activités automobile et aéronautique. Mais nous avons obtenu des avancées, commente le militant.

Dans notre industrie, les salariés arrivent à 55 ans épuisés
La restructuration se fera exclusivement par des départs volontaires, dans le cadre d’une Rupture conventionnelle collective (RCC), défendue ici par FO. La direction a proposé un plan de départ volontaire autonome [hors PSE, NDLR]. Mais la rupture conventionnelle collective est plus sûre juridiquement, car elle doit être validée par les services déconcentrés du ministère du Travail. Et le régime socio-fiscal des indemnités est plus favorable, précise Ildefonso Benitez.

Surtout, par le jeu de la négociation, les départs volontaires ont été priorisés en mesures d’âge. Au final, les pré-retraites seront possibles dès 57 ans (avec maintien de 80 % du salaire brut pendant 24 mois), et soutenues par des indemnités complémentaires à 10, 15, 20 et 30 ans d’ancienneté.

Dans notre industrie, les salariés arrivent à 55 ans épuisés par les horaires décalés, en 2X8 ou 3X8. Il y a une importante demande pour partir, poursuit le représentant FO. Rien qu’en prenant comme borne des pré-retraites à 58,5 ans, la direction a déjà comptabilisé 640 départs possibles en mesures d’âge, soit les deux tiers des 800 à 1 000 départs projetés. Une proportion logiquement appelée à grandir avec des pré-retraites élargies à 57 ans.

Les autres départs volontaires (création d’entreprise, congé mobilité) bénéficieront d’un important accompagnement financier.

Pas de fermeture d’usine
Surtout, FO et les deux syndicats signataires du « socle commun » ont obtenu des garanties pour les salariés qui restent. Au final, Hutchinson France s’engage à ne fermer aucun site et à ne procéder à aucun licenciement économique jusqu’en décembre 2022. Le dispositif RCC, ouvert jusqu’au 31 mars 2021, pourra être reconduit pendant six mois.

Cette garantie sur l’emploi était nécessaire pour FO. Le site France paie déjà un lourd tribut à la restructuration mondiale engagée par la multinationale Hutchinson, présente dans 25 pays. Alors que sa filiale française représente près de 20 % des effectifs mondiaux (47 556 permanents), elle va subir... un tiers des 3 000 suppressions d’emplois prévues au total.

Mais des délocalisations d’activités
Et il y a la crainte de délocalisations. Elle est ancienne sur le site de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire), où les suppressions d’emplois (97 sur 523 CDI) s’ajoutent à la délocalisation de la ligne « transfert de fluides » vers la République tchèque, annoncée fin 2019 avec, à la clé, 120 suppressions d’emplois. Différée par la crise, cette délocalisation devrait être effective en juin 2021. Mais, restructuration oblige, les suppressions d’emplois liées ne seront plus « compensées » par une nouvelle cellule de production. Le projet est abandonné.

A Montargis (Loiret), principale usine d’Hutchinson France où 382 CDI vont être supprimés sur 1 220, la menace d’une délocalisation vient d’émerger. Début octobre, la direction a annoncé la fermeture de l’atelier « flexibles », ou plutôt son transfert en Pologne et au Portugal. En réponse aux débrayages immédiats, le projet est suspendu. Pour l’instant.

Hutchinson France profite de la restructuration pour faire le ménage, en clair fermer les activités jugées pas assez rentables, et lance des ballons d’essai en matière de délocalisation d’activités. Un virage stratégique est en train de s’opérer, dénonce le coordinateur FO.

Une restructuration prématurée ?
Pressé de se restructurer, l’équipementier est entré dans la phase opérationnelle du dispositif RCC, le 19 octobre avec l’ouverture de Points d’information-conseil destinés à renseigner les volontaires au départ. Elle semble bien à contre-temps, la plupart des sites ayant retrouvé un bon niveau d’activité et un volant d’intérimaires, de 10 à 15% des effectifs en moyenne.

 Il y a un retour d’activité en trompe-l’œil : on rattrape les retards de production, commente Ildefonso Benitez. Au dernier trimestre 2020, la baisse d’activité devrait être limitée à -10 %, estime la direction France qui table sur une reprise normale d’activité... en 2023.

Pour autant, si Hutchinson France se restructure, c’est pour préserver ses marges financières. En 2020, l’ensemble des sites resteront bénéficiaires, souligne le coordinateur FO.

L’équipementier compte parmi les rares groupes à avoir choisi, pendant le confinement, de ne pas recourir au chômage partiel, bien qu’il ait suspendu son activité et assuré le versement des salaires à 100 %. Tout comme son actionnaire Total qui a, lui aussi, privilégié le versement de ses dividendes. En 2019, Hutchinson France a réalisé 1,51 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

ELIE HIESSE
Journaliste à L’inFO militante

Publié dans INFORMATION, COMMUNIQUE FO

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