Yvelines : menaces sur l’emploi chez le spécialiste de l’aéronautique

Publié le par angeline351

Yvelines : menaces sur l’emploi chez le spécialiste de l’aéronautique

Spherea à Élancourt envisage de fermer son site pour se recentrer sur la région Midi-Pyrénées. Les 121 salariés ne veulent pas déménager vers la région toulousaine

Elle fait partie de ces pépites technologiques nichées au cœur de Saint-Quentin-en-Yvelines (SQY). Spécialisée dans les bancs de tests pour l'aéronautique civile et militaire, Spherea Tests et Services a présenté mardi dernier, lors d'un comité social et économique (CSE), un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui prévoit la fermeture de son site d'Élancourt où travaillent 121 employés. S'y est ajouté un objectif de suppression de 90 postes sur son siège social toulousain (261 emplois).

Le directeur général, Christian Dabasse, est venu ce mardi à Élancourt afin de rencontrer les syndicats et de tenter de rassurer les salariés. Cette visite a marqué la première étape du projet de restructuration de l'entreprise et la consultation des partenaires sociaux devrait s'étaler jusqu'à la mi-décembre avant la mise en œuvre des mesures retenues.

Une activité qui a chuté de 25 à 30 %
En début d'après-midi, Christian Dabasse a pris la parole devant l'établissement où le personnel avait tendu une banderole déplorant le « sacrifice de la vitrine d'Élancourt. »

 C'est la survie de notre groupe qui est en jeu. L'aéronautique traverse une crise extrêmement forte, notamment pour les compagnies aériennes, nos principaux clients dans le civil. Notre activité a chuté de 25 à 30 %. Ce n'est pas un simple trou d'air mais une tendance durable. Cette adaptation de nos structures conditionne notre reprise qui n'est pas envisageable avant 2023 », explique le DRH, Fabrice Dairon.

Pierre Luciani, délégué syndical CFE-CGC, mesure lui aussi la gravité de la situation. « Après la douche froide de l'annonce, c'est maintenant l'attente qui domine, soupire-t-il. Ce sont les aspects financiers qui guident les décisions de notre direction. Elle a décidé d'adapter les effectifs et de regrouper des activités. Personne ne peut savoir comment le personnel va se positionner par rapport aux propositions de reclassement. »

De fait, Spherea entend tailler dans ses coûts et rapatrier sur Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) des forces basées dans les Yvelines, notamment dans le domaine militaire. Seuls 5 postes « secs » devraient ne pas suivre, tous les autres étant sujets à de la mobilité.

« Personne n'a envie de partir à Toulouse »
Du côté des salariés, c'est l'incompréhension. « On se sent sacrifiés », est la phrase la plus entendue. « Le site est rentable et stratégique pour Spherea. Nous contribuons pour un tiers à l'activité du groupe car nous sommes spécialisés sur l'activité défense, dépendante des contrats d'Etat et de l'armement, par exemple avec les bancs de test du Rafale ou du char Leclerc. Ces contrats sont les plus durables dans cette période d'incertitude », explique une salariée qui déplore un projet « déjà dans les cartons » pour la direction et uniquement guidé par des « considérations financières ».

Un autre évoque des éléments plus personnels. « Personne n'a envie de partir à Toulouse et de déménager avec femme et enfants, lâche ce cadre, nullement tenté par une telle aventure. Nous serons les derniers arrivés et donc les plus fragiles en cas de difficultés économiques, sans compter que nos conjoints risquent de ne pas trouver un job correspondant à leurs qualifications. N'oublions pas que Toulouse et sa région figurent parmi les plus sinistrées de France pour l'emploi ». Élancourt semble payer le fait que ses effectifs sont moins nombreux que ceux additionnés du groupe en Midi-Pyrénées.

La possibilité d'un accord d'activité partielle de longue durée (APLD), une nouvelle formule proposée par l'Etat afin de protéger l'emploi dans le secteur, est sur la table. « Il n'exclut en aucun cas le PSE », lâche la direction. « Il ne touchera que les emplois pérennes », répondent en écho les syndicats.

Devant « le risque de tout perdre » selon un salarié
Il faut dire que Spherea Tests et Services est passé d'une très bonne santé économique à une vraie morosité en un temps record. Cette ancienne filiale d'Airbus, devenue indépendante en 2014 et d'abord accompagnée par des fonds - ACE Management et Irdi-Soridec Gestion - a été rachetée, en 2019, par un consortium d'investisseurs composé d'Andera Partners et d'Omnes (52 % du capital) mais aussi par son management pour un peu moins de 30 %.

Les bons chiffres de Spherea avaient conduit ces nouveaux actionnaires à envisager l'acquisition d'une société nord-américaine d'une taille équivalente. L'opération était même quasiment bouclée au printemps, avant l'émergence du coronavirus.

Début 2020, on parlait d'un doublement de notre taille et de perspectives de développement incroyables. On était complètement dans l'offensif, rappelle un salarié. Six mois plus tard, on évoque un PSE et du défensif. Tout cela pèse dans nos têtes avec ce risque de tout perdre, notamment en termes de compétences. »

 

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