Coronavirus : état d’urgence pour le Portugal, mais vraie solidarité nationale

Publié le par angeline351

Coronavirus : état d’urgence pour le Portugal, mais vraie solidarité nationale

Après le léger réveil économique du Portugal, le pays, confronté à ses premiers décès liés à la crise sanitaire du coronavirus Covid-19, retombe en léthargie. Tous les acteurs de la vie portugaise sont au front, publics comme privés, élus compris.

Mercredi soir, 18 mars 2020, l’état d’urgence a été décrété au Portugal pour faire face à la crise sanitaire liée au Covid-19, avec une nette restriction des libertés mais pas de confinement total, seulement une interdiction de déplacement, mais aussi la possibilité de réquisition des forces vives du pays, où cela sera utile.

La décision a été annoncée par le président portugais, Marcelo Rebelo de Sousa. Une décision inédite pour ce pays de 10 millions d’habitants depuis la "Révolution des Œillets" en 1974, qui mettait fin à une dictature d’un demi-siècle. Si pas de confinement au Portugal, pas non plus de couvre-feu a annoncé le Premier ministre, António Costa. Quant à la presse portugaise, elle met en avant le fait que la décision du gouvernement est un acte de restriction des droits, et des libertés individuelles.  

Au Portugal, la guerre aussi est déclarée   
"Et c’est par un long combat, dans une période d’exception avec une décision d’exception, avec un combat long et intense…" Voici, en quelques mots, l’ensemble des propos du président portugais pour justifier l’état d’urgence et les pleins pouvoirs au gouvernement. Cet état d’urgence a été décrété pour 15 jours renouvelables.

Pour l’instant, on recensait mercredi dernier 18 mars, 642 cas déclarés de coronavirus et 2 décès. Les entreprises portugaises seront aidées par le gouvernement, mais aussi les particuliers, au niveau de leurs crédits engagés, des impôts et de leurs découverts bancaires.

Plages et parcs, jardins sont désormais interdits, quant aux écoles, collèges, lycées et universités, leurs portes seront fermées au moins jusqu’à Pâques, c’est-à-dire le 12 avril prochain. Les frontières aussi sont fermées et les transports aériens restreints aux vols dans l’Union européenne. Les transports publics sont désormais gratuits et désinfectés, ainsi que les gares, tous les jours.

Ovar, la ville la plus touchée  
Bien connue des touristes, la ville d’Ovar, située au centre du pays, est la ville la plus touchée du Portugal, et la ville est confinée, en raison de l’importance du phénomène du virus dans cette ville avec 440 personnes sous surveillance, 30 cas confirmés pour 55.000 habitants. Mais ce qui pêche le plus au Portugal, c’est l’état de son système de santé qui fait craindre le pire aux Portugais.  

La crise de 2008 a appauvri le pays  
La crise de 2008 a appauvri le pays qui a subi des coupes énormes dans ses finances publiques, entre autres, le système de santé. Depuis moins de 10 ans, le pays a connu des drames sanitaires, soit parce que les personnes ne pouvaient, faute de moyens financiers ou structurels, se rendre à l’hôpital, soit par l’absence de couverture sociale.

Le Portugal a remboursé le FMI et l’Union européenne en avance, et les caisses sont vides. Quant à la Banque centrale, sont état n’est pas au mieux de sa forme. Aussi les médecins hospitaliers portugais poussent un cri d’alarme, car il n'est pas dit qu’ils seront en mesure de faire face à cette épidémie, un cri dont l’écho retentit dans tout le pays. L’hôpital portugais est en grand danger.   

Le début de la reprise s’est arrêté  
Notre invitée, la journaliste Ana Navarro-Pedro, précise que la reprise confiante du Portugal va s’écrouler comme un château de cartes, puisque le tourisme et les exportations représentent une moyenne de 60% du PIB.

Il faut s’attendre à une situation similaire à celle vécue lors de la crise de 2008, avec, comme charge supplémentaire, l’épidémie de Covid-19. Aujourd’hui, la reprise s’éloigne de plus en plus d’un pays qui croyait sortir du néant.       

La solidarité nationale n’est pas un vain mot  
Le pays se mobilise et l’ensemble des acteurs économiques, élus, privés sont solidaires dans la crise que connaît le pays. La compagnie pétrolière portugaise GALP offre 29 respirateurs aux hôpitaux publics, 8 cette fin de semaine et 21 seront livrés la semaine prochaine. 

Le club de foot de Lisbonne Benfica donne un million d'euros au Service national de santé pour l'achat de respirateurs et matériels de protection. Un groupe de santé privé portugais, CUF, donne 50 respirateurs à l'hôpital public. Le matériel neuf est déjà en cours de livraison. La mairie de la grande ville industrielle du Nord, Porto, va fournir 55 respirateurs aux trois grands hôpitaux publics de la ville. La mairie en a acheté cette semaine 50 en Chine, dont les autorités ont facilité la transaction rapide, et une entreprise de Porto, non identifiée, a acheté 5 autres respirateurs pour l’offrir au Service national de santé.

Selon le gouvernement portugais, le Service national de santé SNS, réalise 9.000 tests Covid-19 par jour et veut commencer à tester massivement, et gratuitement, la population à partir de la semaine prochaine avec des kits de tests rapides (résultats en quatre heures, contre 24 heures au moins pour les tests en laboratoire). Les autorités sanitaires considèrent qu’un dépistage général de la population est une condition essentielle pour éviter la propagation du virus. Mais  la priorité du dépistage est toujours donnée aux personnes qui présentent des symptômes du Covid-19.  Ce vendredi 20 mars, il y avait déjà 18 centres de  dépistage, du nord au sud, dirigés par le SNS.

Parallèlement, un grand nombre de mairies ont commencé à acheter les tests et à monter des centres de dépistage municipaux, où tout citoyen ou étranger peut aller se faire dépister gratuitement. Les médecins s’en inquiètent et préviennent que rien ne doit être fait, et pour l’hygiène rigoureuse des tests, et pour la collecte scientifique, toute aussi rigoureuse des données, sans la coordination et le contrôle du SNS. Quant à l'Armée portugaise, elle accepte des volontaires pour l'aider à seconder le Service national de santé dans la lutte contre la propagation du virus.  

 

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