Chômage partiel: le bazooka anti-crise du gouvernement bat son plein dans les entreprises

Publié le par angeline351

Chômage partiel: le bazooka anti-crise du gouvernement bat son plein dans les entreprises

Pour amortir le choc, l'exécutif utilise massivement le dispositif du chômage partiel dont bénéficient déjà 2,2 millions de salariés. Une arme efficace mais coûteuse.

"Surtout ne licenciez pas." Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, répète depuis trois semaines la même incantation inédite: "Je fais une demande aux entreprises: saisissez-vous de l''activité partielle. On a mis en place un dispositif qui est le plus protecteur d'Europe afin de préserver l'emploi." Avec ce dispositif datant des années soixante, l'exécutif semble avoir trouvé son arme pour répondre à l'urgence économique. "Aucun salarié dans une entreprise touchée par une baisse de chiffre d'affaires ne sera laissé de côté et ce quoi qu'il en coûte", promet le président, Emmanuel Macron.

Un message reçu cinq sur cinq par les entreprises qui y ont recours massivement depuis la mi-mars: quelque 220.000 sociétés ont utilisé cet outil et 2,2 millions de salariés sont concernés, selon le ministère du Travail. Et ce n'est qu'un début: "On est à plusieurs milliers de demandes par minute, a avancé Muriel Pénicaud. Entre jeudi et vendredi, on a eu 600.000 requêtes de plus en 24 heures."

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Ce succès s'explique par l'ampleur du choc mais aussi par la peur des entrepreneurs d'être poursuivis en justice: "Une entreprise doit assurer la santé de ses salariés, explique François Asselin, président de la CPME, organisation patronale. Or, beaucoup d'entre elles n'avaient jusqu'à présent pas les moyens matériels (masques, gel) de sécuriser les conditions de travail. De plus, le gouvernement a mal communiqué: en disant ‘restez chez vous', il a malgré lui encouragé certaines enseignes à baisser le rideau. Mais bon, tout est rentré dans l'ordre et le dispositif d'aujourd'hui, après quelques ajustements, est très bien calibré." D'ores et déjà, la facture s'annonce salée selon Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, qui table sur un coût d'au moins 8 milliards d'euros.

Une procédure accélérée
Mais pas question de jouer les grippe-sous: Emmanuel Macron a tiré les leçons de la gestion de la crise financière de 2008. Il y a une décennie, malgré les efforts de Nicolas Sarkozy pour réformer le chômage partiel, la France était restée petite joueuse face à l'Allemagne qui avait dépensé quelque 10 milliards d'euros entre 2007 et 2010, soit dix fois plus que l'Hexagone. Résultat, "le taux de chômage n'avait augmenté en 2009 que de 0,2% en Allemagne alors que ce pays a subi une récession deux fois plus forte que l'Hexagone", avance Emmanuel Jessua, de Coe-Rexecode.

Cette fois, le gouvernement a ouvert en grand les vannes en publiant le 26 mars un décret qui précise les contours du dispositif. Les employeurs qui indemnisent directement leurs salariés à hauteur de 84% du salaire net (100% au niveau du smic) seront remboursés par l'Etat à 100% jusqu'à 4,5 smic. Autre engagement fort: "Pour ne pas pénaliser les entreprises, un délai de trente jours leur sera accordé pour déposer leur demande, avec effet rétroactif", a promis Édouard Philippe, le Premier ministre. En parallèle, les services du ministère du Travail ont 48 heures (14 jours en temps normal) pour éplucher les dossiers et refuser les demandes. Si l'administration ne répond pas, la demande doit être considérée comme acceptée.

Afin d'inciter les entreprises à maintenir le salaire intégral des salariés, Muriel Pénicaud a par ailleurs annoncé ce mardi 31 mars que "nous exonérons de charges sociales et patronales (hors CSG- CRDS) les sommes versées au-delà des 84% pour les entreprises qui souhaitent maintenir intégralement la rémunération de leurs salariés".

Le dispositif est très large puisqu'il concerne aussi bien les intérimaires, les employés à domicile, les saisonniers des stations de ski, les assistantes maternelles… Et plus souple pour les employeurs qui peuvent imposer à leurs salariés de prendre leurs jours de RTT, voire de vacances: six jours consécutifs jusqu'au 31 décembre, à condition de signer un accord collectif.

Concrètement, "cet arsenal de protections", dixit le ministère du Travail, permet à "une entreprise de baisser la durée hebdomadaire du temps de travail de ses salariés ou carrément fermer un site le temps de la crise, explique Bertrand Martinot, économiste spécialiste du marché du Travail. En clair, les employés sont mis au chômage partiel pour une durée maximum de 1.000 heures sans rupture du contrat de travail." Et ses vertus sont multiples: "Prévenir les défaillances d'entreprises et protéger les salariés du chômage, analyse Yannick L'Horty, professeur d'économie à l'Université Paris-Est-Marne-la-Vallée. Son autre force, c'est d'éviter les déperditions de compétences au sein des entreprises. Lorsque la pandémie sera finie, ces dernières pourront redémarrer plus rapidement."

Des contrôles renforcés
Dans les secteurs touchés de plein fouet comme le transport de personnes, on apprécie l'allant de l'exécutif pour stopper l'hémorragie. "L'activité partielle permet de limiter la casse, témoigne Jean-Sébastien Barrault de la Fédération nationale de transport de voyageurs (FNTV). Et elle est utilisée en masse par nos entreprises adhérentes." C'est le cas de Christine François, directrice générale des transports Grisel: elle envisage de mettre l'essentiel de ses 220 salariés en chômage partiel suite à la perte sèche de 400.000 euros de chiffre d'affaires. "On est dans la survie", lâche-t-elle la mort dans l'âme. L'outil est aussi apprécié par des mastodontes tricolores tel qu'Air France qui a annoncé un grand plan massif de chômage partiel: 80% des quelque 40.000 salariés du groupe sont touchés. Même tonalité à Michelin, fleuron de l'industrie hexagonale, qui ferme toutes ses usines pour une semaine en Espagne, en Italie et en France à cause du Covid-19.

Mais gare aux opportunistes: Altice, géant des télécoms, a annoncé vouloir mettre en chômage partiel quelque 50% de ses effectifs, soit bien plus que le nombre de salariés de ses 600 boutiques en France. Polémique assurée d'autant que le groupe a dégagé 14,8 milliards d'euros de revenus, en hausse de 5% sur douze mois. A l'inverse, d'autres grands groupes comme L'Oréal ou Chanel montrent l'exemple: malgré un arrêt partiel de leur activité, ils ont déclaré renoncer, par solidarité nationale, à utiliser le dispositif de chômage partiel. De son côté, le ministère du Travail met en garde les entreprises tentées par la fraude: les contrôles vont être renforcés et réalisés a posteriori.

Publié dans INFORMATION, SANTE

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