PORTUGAL : LE VIRAGE ANTI-AUSTÉRITÉ PROVOQUE UN MIRACLE ÉCONOMIQUE

Publié le par angeline351

PORTUGAL : LE VIRAGE ANTI-AUSTÉRITÉ PROVOQUE UN MIRACLE ÉCONOMIQUE

Après des années de récession, le Portugal a tourné la page des politiques d’austérité imposées par la Commission Européenne. Depuis 2015, le pays mené par le Premier ministre socialiste António Costa a entamé un véritable virage à gauche. Croissance solide, chômage en baisse, et déficit public au plus bas en redistribuant la richesse créée… le Portugal semble réussir l’improbable. 

Un temps « mauvais élève » de l’Union européenne, le Portugal figure désormais parmi les premiers de la classe ! Durement frappé par la crise de 2008 et frôlant la faillite en 2011, le pays a subi des années d’austérité avant d’en tourner la page en 2015 avec l’arrivée au pouvoir d’une coalition de gauche. Aujourd’hui, le pays enregistre une croissance solide, un chômage en baisse et réussit à diminuer massivement son déficit public en augmentant le pouvoir d’achat des Portugais ! Un pied-de-nez, donc, face aux directives de la Commission européenne.

Tourner la page de laustérité

Suite aux élections législatives de 2015 remportées par la droite, une coalition composée du Parti Socialiste, du Bloc de gauche, de communistes et d’écologistes s’est formée pour obtenir la majorité et renverser la droite au pouvoir. Un gouvernement socialiste mené par António Costa a alors pris la tête du Portugal. C’est le début d’une nouvelle ère pour ce pays qui va entamer un virage anti-austérité.

« La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs. »

Extrait du programme de la coalition de gauche

Visé par une procédure pour « déficit excessif » en 2016, le Portugal risquait de lourdes sanctions pouvant aller jusqu’à une amende conformément à l’article 126 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Avec un déficit public en 2015 à 4.4% du PIB au lieu des 2.5% fixés par Bruxelles, la Commission européenne préconisait alors à Lisbonne de réduire ses déficits notamment par la baisse des dépenses sociales. Mais c’est pourtant l’inverse qui a été mis en place par le gouvernement d’António Costa.

Antonio Costa a préféré mener une politique socialiste pour stimuler la demande intérieure. Résultat, le salaire minimum a ainsi augmenté de 10,3% passant de 505 à 557 euros. Les retraites et les allocations familiales ont aussi été revalorisées. Les programmes de privatisation de services et d’infrastructures publics ont été interrompus. Les impôts ont diminué pour les plus modestes. Le temps de travail des fonctionnaires est passé de 40 à 35 heures. Une stratégie payante, donc, puisque le graphique montre une nette hausse de la croissance s’établissant à 2.5% pour l’année 2017 et un déficit public ramené à 1.5% du PIB selon le gouvernement socialiste. «Un pays qui appliquerait une politique de relance verrait son déficit budgétaire se réduire. Quand vous faites une politique de relance, vous avez des rentrées fiscales qui font baisser le déficit et donc la dette publique. On a exactement lillustration avec le cas portugais que cest le contraire de laustérité quil faut faire aujourdhui » soutient Dany Lang, membre des Economistes Atterrés et responsable du groupe de travail « Analyses et modélisations Post-Keynésiennes » du Centre d’Economie de Paris Nord (UMR CNRS).

« La politique de relance porte ses fruits »

Dans le même temps, le chômage continue sa chute et devrait s’établir à 9.9% pour l’année 2017. D’ici 2019, le chômage devrait même atteindre les 7%. Une belle performance, donc, pour le gouvernement socialiste portugais comme le confirme Dany Lang. « Les résultats obtenus au Portugal sont bien meilleurs que les autres pays européens comme la France, l’Italie ou l’Espagne qui sont les bons élèves de l’austérité. A mon sens, la politique de relance porte ses fruits même si ça n’est peut-être pas le seul facteur. C’est lié en partie à ce qu’on appelle en économie « le multiplicateur des dépenses publiques », on injecte de l’argent dans le système par la dépense publique et l’augmentation des salaires. Les carnets de commande des entreprises se remplissent, elles embauchent et font repartir l’emploi. C’est une politique keynésienne qui va dans le sens contraire des politiques d’austérité qui tuent l’économie. Le Portugal est ainsi dans un cercle vertueux malgré les contraintes de la monnaie unique au sein de l’Union européenne ».
Un constat partagé par Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, interrogé par Atlantico. « Les mesures du gouvernement socialiste portugais ont rendu du pouvoir d’achat aux ménages portugais. Cela a permis une accélération de la consommation qui a été le déterminant essentiel de la reprise au Portugal. C’est cette reprise de la consommation qui a produit une grande partie des créations récentes d’emploi après les destructions massives dues à l’austérité, même si l’embellie des exportations y a un peu contribué également ».

Ces très bons résultats viennent ainsi contredire la politique menée par le gouvernement de centre-droit entre 2011 et 2014 qui avait alors gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Le pays était alors entré en récession. « L’austérité est foncièrement mauvaise pour l’emploi et pour l’économie. Lorsque le Portugal jouait le bon élève de l’austérité, le chômage avait alors explosé. Ces politiques font partie du logiciel de l’Union européenne alors même que le FMI avait admis que l’austérité ne fonctionnait pas et que le multiplicateur économique était élevé. A Bruxelles, il s’agit plus d’une affaire d’idéologie que d’une affaire de pragmatisme économique. Il y a aussi une affaire d’intérêts avec des classes dirigeantes qui ont toujours voulu imposer des réformes en Europe et qui profitent de cette situation dramatique » décrypte Dany Lang. En 2014, le pays avait néanmoins retrouvé la croissance, bien que faible, due à la compétitivité retrouvée des entreprises portugaises. Mais le gouvernement de centre-droit n’avait alors pas réussi réduire son déficit public en deçà des 3% fixés par le Pacte de Stabilité et de Croissance.

Une dette publique toujours exorbitante

Si le Portugal réalise de belles performances sur le plan économique, une ombre au tableau perdure… celle de la dette publique. Alors que la zone euro affiche une tendance à la baisse depuis 2015, le Portugal voit sa dette publique tendanciellement augmenter pour atteindre environ 130% du PIB. Une situation qui n’est cependant pas problématique selon Dany Lang des Economistes Atterrés. « On ne devrait pas être obsédé par cet indicateur. En soit le niveau de la dette publique par rapport au PIB n’est pas grave puisque ça n’est pas un bon indicateur. La dette est un stock alors que le PIB est un flux. La dette s’est cumulée sur plusieurs années alors que le PIB se cumule sur une année, donc ce rapport n’est pas intéressant. La première chose à faire pour réduire la dette c’est de faire repartir l’économie. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, la France avait une dette monstrueuse de l’ordre de 200% du PIB. Déjà à l’époque des gens demandaient à ce qu’on applique des politiques d’austérité, puis le gouvernement de l’époque a préféré relancer la machine notamment à l’aide du Plan Marshall ce qui a diminué drastiquement la dette ».  La note attribuée à la dette publique portugaise vient, d’ailleurs, d’être revue à la hausse passant d’un « BB+ » à « BBB- » assortie d’une « perspective stable » selon Standard and Poor’s. Le ministre des Finances Mario Centano s’est félicité de la décision de l’agence de notation et a salué « les progrès remarquables réalisés par le Portugal sur le front de l’économie et des comptes publics ».

Avec des politiques sociales applicables en dépit des exigences de la Commission Européenne, le Portugal semble montrer que l’on peut renouer avec la croissance et l’emploi tout en réduisant le déficit public. Devrait-on désormais du parler « modèle portugais » au lieu du « modèle allemand » ?

Publié dans Information, EUROPE

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