Pierre Gattaz : simplifier "jusqu'au bout le Code du travail"

Publié le par angeline351

Pierre Gattaz : simplifier "jusqu'au bout le Code du travail"

Pierre Gattaz participe, ce mercredi 4 octobre, à une conférence organisée à Auxerre. C'est la première fois que le président du Medef vient, sur le terrain, dans l'Yonne.

Il rentre d’un déplacement de quatre jours en Inde destiné à renforcer les liens économiques avec ce géant d’Asie du sud. Destination bien différente en ce mercredi 4 octobre pour Pierre Gattaz, de passage à Auxerre. Le président du Medef vient animer une conférence à la maison de l’entreprise, où environ 200 dirigeants, cadres, et jeunes suivant une formation en alternance doivent débattre avec lui. Au programme des discussions, entrepreneuriat local, sans oublier la politique nationale. Un domaine dans lequel le "patron des patrons" affiche sa confiance, tout en se disant vigilant. Entretien.

Quel regard portez-vous sur les premiers mois de la présidence Macron ? Je suis plutôt en confiance. Il a annoncé un programme lors de sa campagne, sur le fond il l'applique. Il a la légitimité pour le faire, ce qui n'est pas le cas de tous les présidents de la République. Sur la forme, il y a eu des concertations sur la loi travail, nombreuses et variées, qui ont abouti aux ordonnances. On ne dit pas que c'est l'idéal, il y a plein de choses qui ne vont pas, mais globalement ça va dans le bon sens. C'est de nature à rassurer les chefs d'entreprises français, ainsi que ceux de l'étranger. J'étais en déplacement en Inde. Là-bas, ils observent avec bienveillance ces réformes.  De nouveau, on voit des investissements revenir en France. La conséquence, c'est un peu de croissance, et surtout, de l'emploi.

Les craintes que vous avez pu formuler sont donc oubliées ? Les décrets d'application de la loi travail ne sont pas encore sortis. Je serai très vigilant sur le fait qu'on simplifie jusqu'au bout le Code du travail. On reste toujours un peu craintifs. Notamment sur les moyens de ce fameux CSE, le Comité social et économique qui doit remplacer les trois instances du personnel. Si on va jusqu'au bout du raisonnement, il faut impérativement que cela permette des économies. Si on a autant de personnel en délégation, ça ne servira à rien. Mais il faut rappeler que le salarié n'a pas perdu de droits, il reste au centre du jeu avec ces ordonnances. Sans son accord, rien ne se fait. Cela va dans le bon sens.

Sentiment similaire concernant la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ? Je l'ai toujours dit, cet impôt représente le poison de l'économie française. Je donne le cas de figure de ma société Radiall. Quand je suis arrivé dans l'entreprise, dans les années 1990, j'avais une vingtaine de concurrents et une trentaine en Allemagne. En 2017, il n'en existe plus un seul en France. Certains sont partis. Alors que les Allemands sont toujours là, en pleine forme. Je suis le dernier des Mohicans, principalement à cause de l'ISF. 
Il faut arrêter que la fiscalité soit dogmatique ou politique.  Pour faire fonctionner une économie, il faut de la confiance : en matière de marché du travail et de fiscalité. Si elle n'est pas attractive, les entrepreneurs vont créer leur usine ailleurs. Enfin, après 30 ans, le sujet est mis sur la table avec courage. C'est fondamental.
Après, je demandais la suppression totale de l'ISF. Ce qui me gêne, c'est qu'on va taxer l'immobilier, qui est une filière d'excellence de la France. 

Alors vous devez bondir à l'idée avancée d'une taxation des produits ostentatoires. Je dis "attention". Les filières d'excellence, autour des produits de luxe, font partie de la France,  de sa réputation, il ne faudrait pas les affaiblir. Je trouve qu'il s'agit d'un mauvais signal sur le plan économique. 

On parle beaucoup de reprise, mais dans l'Yonne comme dans d'autres départements, le chômage repart à la hausse ces derniers mois. Comment expliquez-vous cela ? L'économie française a créé, grosso modo, 300.000 emplois sur ces douze derniers mois, ce qui est important. Après, ce niveau n'est pas suffisant pour faire baisser le chômage plus massivement. 
Il faut aussi voir que, du fait de notre démographie positive, de nombreux jeunes arrivent sur le marché du travail. On sait aussi, statistiquement, que lorsque la croissance reprend, les gens ont tendance à se réinscrire à Pôle emploi. Ce qui se voit moins dans les statistiques, ce sont par ailleurs toutes ces personnes qui avaient des missions courtes, et qui ont de plus en plus des missions longues.
In fine, le chômage représente ce qui est le plus difficile à faire baisser, c'est pour ça qu'il faut des présidents visionnaires.  Si les réformes se font bien, ça va venir. Il faudra peut-être cinq ou six ans, il ne faut pas se leurrer, mais ça va venir. La croissance revient, le chômage va inévitablement baisser. Il faut être patient.

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article