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Publié le par angeline351

 

Turquie : le journaliste français Loup Bureau écroué pour «terrorisme» ​​​​​​​

Soupçonné par les autorités turques d'assistance à une organisation terroriste, Loup Bureau, qui collabore avec plusieurs médias français, a été arrêté mercredi dernier à la frontière avec l'Irak. Paris assure que la situation est suivie «avec la plus grande attention».

Moins de deux mois après la libération du photographe Mathias Depardon, un nouveau journaliste français a été arrêté en Turquie. Accusé d'assistance à une organisation terroriste, Loup Bureau est emprisonné depuis le 26 juillet. Depuis Paris, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères assure suivre «avec la plus grande attention la situation».

D'après l'agence de presse Anadolu, Loup Bureau a été interpellé mercredi dernier alors qu'il se trouvait au point de passage de Habur, à la frontière avec l'Irak, en possession de photographies et d'interviews de combattants kurdes.

Cette zone est située à moins de 20 kilomètres du nord-est de la Syrie, sous le contrôle des miliciens kurdes syriens des Unités de protection du peuple (YPG). Contacté par Le Figaro, Johann Bihr, responsable de la Turquie au sein de Reporters Sans Frontière (RSF), précise que «Loup Bureau était en possession d'un reportage qu'il a fait sur le Kurdistan syrien en 2013.»

Placé en garde à vue, il a été présenté mardi au tribunal de Sirnak, la capitale provinciale. Selon RSF, le Français a été incarcéré dans une prison d'État, ce qui inquiète Johann Bihr car «ses conditions de détention sont inconnues». Précédemment détenus en Turquie, les journalistes Olivier Bertrand et Mathias Depardon avaient, eux, été placés en centre de rétention pour étrangers.

Depuis son arrestation, le journaliste n'a eu le droit qu'à un appel mardi soir avec son père. D'après le responsable de RSF, son avocat doit lui rendre visite ce jeudi. L'ONG appelle à sa libération immédiate.

Originaire de la région nantaise, Loup Bureau est passé par l'IUT de journalisme de Lannion, en Bretagne. Un ancien camarade décrit au Figaro «un aventurier, qui n'a pas peur d'aller dans des zones de conflit. La vingtaine à peine dépassée, il était allé au Pakistan photographier les Talibans». Après son diplôme, il part couvrir la révolution égyptienne, symbolisée par l'occupation de la place Tahrir en 2011-2012. Passionné par le Moyen-Orient, il y apprend la langue arabe.

De retour en Europe, il se rend à Kiev pour photographier le soulèvement ukrainien qui a fait tomber le président Viktor Ianoukovitch. Se présentant sur Twittercomme un collaborateur de TV5 Monde, Arte Journal ou Slate, Loup Bureau vit actuellement à Bruxelles. Selon son ancien camarade, il y étudie le travail de réalisateur dans une école de journalisme.

Mobilisation des journalistes du monde entier

Des organisations françaises et internationales de journalistes ont réclamé jeudi la libération «immédiate» du jeune journaliste. Dans un communiqué commun, les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes, soutenus par la Fédération européenne des journalistes (EFJ) et la Fédération internationale des journalistes (IFJ), ont appelé à «la libération immédiate» de leur confrère.

Ces organisations exigent «que le gouvernement français mette tout en oeuvre» pour obtenir sa libération. «Les propos convenus ne suffisent plus», disent-elles. Pour les trois syndicats, «il est clair que les dirigeants turcs et le président Erdogan en tête abhorrent les journalistes étrangers trop curieux et n'hésitent pas à les arrêter pour imposer un mur du silence sur la réalité de ce pays, qui est la plus grande prison au monde pour les journalistes où 160 de nos confrères sont derrière les barreaux».

L'EFJ et l'IFJ rappelent aussi que Deniz Yücel, le correspondant en Turquie du quotidien allemand Die Zeit «est lui toujours derrière les barreaux depuis février», et qu'un autre journaliste français, Olivier Bertrand, qui effectuait un reportage sur l'après-coup d'Etat pour le média en ligne Les Jours, avait été expulsé en novembre. Les organisations de défense de la liberté de la presse dénoncent des atteintes régulières à cette liberté de la part des autorités turques, notamment depuis la tentative de coup d'Etat du 15 juillet 2016. La Turquie occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.

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