[Résistance] Mireille Lauze, la jeunesse sacrifiée

Publié le par angeline351

[Résistance] Mireille Lauze, la jeunesse sacrifiée

Tout l’été, « la Marseillaise » dresse le portrait de personnalités engagées qui ont marqué leur époque.Cette semaine, Mireille Lauze , 25 ans consacrés à la lutte pour un avenir meilleur.

 

A 16 ans, elle a fait son choix. Il lui coûtera la vie. Le peu de littérature existante sur Mireille Lauze est inversement proportionnel à sa courageuse démarche. Elle fait partie de ces « femmes de l’ombre » dont on ne reconnaîtra le mérite que bien après leur sacrifice. L’engagement de la jeune Aubagnaise sera sans faille. Une fille exemplaire depuis sa plus tendre enfance.

« Généreuse, d’une sensibilité profonde », Mireille, « toujours parmi les premières dans toutes les classes où elle passait », obtient « le prix de bonté » à l’âge de 13 ans note dans sa biographie l’Union des Femmes françaises (UFF). Récompense logique pour celle qui possédait aussi « une vive soif de justice ». Fille de communistes, elle est née le 29 mars 1920 d’un milieu modeste. Dès 1936, elle adhère à l’Union des jeunes filles de France (UJFF) tout juste créée par le PCF au congrès de Marseille, emmenée par Danielle Casanova. Élève de l’école primaire supérieure Anatole France, elle y fonde un foyer de l’UJFF. C’est l’année du Front populaire. La « fille du soleil » a décidé de lutter pour un avenir meilleur.

Quand arrive la guerre d’Espagne, elle « vient spontanément en aide aux Républicains espagnols » rapporte l’historienne Renée Dray-Bensousan, une des auteurs du Dictionnaire des Marseillaises. Tombolas, collectes, écriture d’articles pour le journal du foyer, la jeune femme se révèle « infatigable ». Jusqu’à la déclaration de la guerre, elle sera la secrétaire de Jean Cristofol, député communiste, déchu de son mandat en 1940 avant de devenir maire de Marseille, 6 ans plus tard.

Sténo-dactylo aux Forges et chantiers de la Méditerranée, avenue de Toulon, Mireille se met rapidement au service de la Résistance. « A son travail ou après son travail, tôt le matin, tard le soir, elle rédige des tracts, forme des groupes » de jeunes filles, « fait comprendre la nécessité de la lutte, entraîne à l’action ». L’UJFF dissoute, avec son amie Renée Dray Silhol, elle établit la liaison des différents organes du parti avec Pierre George, le futur colonel Fabien. Battant le rappel au sein de la jeunesse de Marseille, elle contribue à la diffusion des journaux clandestins en les distribuant le soir à la sortie des cinémas ou autres théâtres sur la Canebière.

 

Dix mois dans « l’infecte prison » des Présentines

Sur dénonciation, Mireille sera bien vite arrêtée le 11 février 1941, avec Renée. Après un passage par l’Évêché, les deux jeunes filles sont transférées à « l’infecte prison » des femmes, les Présentines. En fait un ancien couvent, en lieu et place de l’actuel siège du conseil régional, Porte d’Aix. Dix mois plus tard, si Renée est libérée, « faute de preuves », le tribunal militaire de Marseille en décide autrement pour Mireille, condamnée à 15 ans de travaux forcés. Direction la prison Saint-Joseph à Lyon. L’une de ses compagnes d’infortune se souvient : « des jours de parloir où pendant quelques instants, elle allait voir ses parents. Mireille, pourtant dépourvue de coquetterie, frottait ses joues pâles, avivait ses lèvres, pour que, la croyant en bonne santé, ses parents eussent moins d’inquiétude. »

Les privations vont pourtant avoir raison d’elle. Des ganglions à l’intestin la fragilisent au point qu’elle est hospitalisée. Même si elle continue son œuvre en établissant la liaison avec Toulon. Mai 44, nouveau transfert à Châlons-sur-Marne d’où elle est déportée en Allemagne. A Ravensbrück, où son amie Renée finira par la rejoindre, son état s’aggrave. Mireille est à l’agonie mais elle tient bon. Par crainte de la chambre à gaz, ses camarades la soutiennent lors des appels du matin dans un froid glacial, tentent de lui épargner les travaux forcés avec des « ruses de Sioux ». « Elle voulait vivre, tenir, afin de revoir sa famille, son père, sa mère qu’elle adorait, la France libérée » raconte l’une d’entre elles, Antoinette Saccagi. Et toujours, « montrer l’exemple » pour remonter « les morals défaillants » jusqu’au jour où « elle ne put plus se lever de sa misérable paillasse ». Mireille est emmenée au « Revier », l’infirmerie, dont on ressort rarement vivant. Elle ne peut plus parler mais écoute ses soutiens lui raconter « le retour de l’Armée rouge, les Alliés ». Et s’éteint le 8 mars 1945, à deux mois de la capitulation allemande, à 25 ans à peine. Ses derniers mots auront été à son image : « Moi est-ce que je compte, c’est la France, c’est notre idéal qui doivent vivre et qui vivront ».

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