La crise des œufs contaminés au fipronil s'est étendue à la France avec la livraison de 13 lots concernés à deux établissements de fabrication d'ovoproduits. D'après le ministère de l'Agriculture, la présence de traces de fipronil ne constitue pas en soi un risque. Qu'en est-il vraiment ?

Publié le par angeline351

 

La crise des œufs contaminés au fipronil s'est étendue à la France avec la livraison de 13 lots concernés à deux établissements de fabrication d'ovoproduits. D'après le ministère de l'Agriculture, la présence de traces de fipronil ne constitue pas en soi un risque. Qu'en est-il vraiment ?

Après les Pays-Bas, l'Allemagne ou encore la Belgique, la France est à son tour touchée par la crise des œufs contaminés. Le ministère de l'Agriculture l'a confirmé ce lundi : 13 lots contaminés au fipronil, soit 30.000 œufs et 200 tonnes d'ovoproduits en provenance des Pays-Bas, ont été livrés à deux établissements français de fabrication d'ovoproduits entre le 11 et le 26 juillet. Une enquête de traçabilité va avoir lieu "pour pouvoir déterminer si des produits transformés ont utilisé ces œufs et le cas échéant, où est-ce qu'ils sont actuellement" assure Fany Molin, porte-parole au ministère de l'Agriculture.

Les œufs signalés sont suspectés de contenir des traces d'une molécule insecticide, le fipronil, utilisée pour éradiquer le pou rouge des poules. En grande quantité, le fipronil est considéré comme "modérément toxique" pour l'homme par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les autorités françaises assurent ne pas avoir "à ce jour, d'informations de contamination d’œufs en coquille et de viande destinés à la consommation".

Qu'est-ce que le fipronil ?

D'après l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire en Belgique, "le fipronil est un composant utilisé dans des produits vétérinaires contre les puces, les acariens et les tiques. En grandes quantités, il pourrait causer des dommages hépatiques, au niveau de la thyroïde ou des reins". C'est d'ailleurs pour cela qu'il est interdit sur les animaux destinés à la chaîne alimentaire dans l'Union Européenne.

Si vous mettez suffisamment de fipronil sur la peau d'une poule, vous pouvez la tuer" - Alain Picot, toxico-chimiste

Des propos que confirme Alain Picot, toxico-chimiste et président de l'Association Toxicologie Chimie. "Le fipronil est dangereux en toxicité aiguë, c'est-à-dire que si vous en mettez suffisamment sur la peau d'une poule par exemple, vous pouvez facilement la tuer, c'est clair et net" explique le spécialiste. "Le fipronil a été testé sur les rats et les chiens" rappelle Alain Picot.

D'après lui, ces tests ont montré que l'insecticide "perturbe le fonctionnement d'une glande sous le cou : la thyroïde. Or elle est très importante puisqu'elle intervient au niveau du développement cérébral et elle contrôle un peu la façon de fonctionner de l'organisme, ce qu'on appelle le métabolisme". "Cela veut quand même dire qu'il ne faut pas trop traiter son chien contre les tiques à coup de fipronil, poursuit Alain Picot, un peu ça va, mais surtout pas trop".

Ce mardi, les Pays-Bas ont annoncé qu'ils menaient désormais des tests sur la viande de poulets provenant d'élevages touchés par l'affaire des œufs contaminés pour déterminer une éventuelle présence là-aussi de fipronil. Si les tests s'avèrent négatifs, les éleveurs dont la distribution d’œufs est bloquée à cause de la présence de fipronil, auront le droit de rouvrir leur branche viande a précisé l'organisme néerlandais chargé de la sécurité alimentaire et sanitaire NVWA.

Comment le fipronil s'est-il retrouvé dans les œufs ?

La Belgique est le premier pays de l'Union européenne à notifier le 20 juillet la Commission européenne via le système d'alerte mis en place en cas de risque pour la santé des consommateurs européens. Les Pays-Bas suivent le 26 juillet, puis l'Allemagne le 31. Début août, les autorités nationales commencent à communiquer auprès du public. Le 1er août, l'organisme néerlandais chargé de la sécurité alimentaire et sanitaire NVWA annonce qu'une substance toxique a été détectée dans des centaines de milliers d’œufs vendus à la consommation et que 180 élevages de volaille ont été bloqués, un nombre "provisoire" dans l'attente d'analyses supplémentaires.

C'est criminel, c'est très clair" - Christian Schmidt, ministre allemand de l'Agriculture

Selon le gouvernement français, les enquêtes menées en Belgique "ont démontré la présence" de fipronil "dans un produit antiparasitaire falsifié, commercialisé sous l'appellation DEGA 16, utilisé dans les élevages de volailles". Des exploitations touchées aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne ont affirmé avoir eu recours aux services de la société néerlandaise ChickFriend. Spécialisé dans la désinfection d'élevages, l'établissement est soupçonné d'avoir frauduleusement utilisé du fipronil dans un produit antiparasitaire.

Pour les autorités allemandes, cela ne fait aucun doute : "la contamination en Europe de millions d’œufs par un insecticide potentiellement toxique est liée à des activités criminelles". Le ministre allemand de l'Agriculture l'a déclaré ce mardi.

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Samedi, l'Afsca belge a reconnu qu'elle avait connaissance depuis juin d'un "problème de fipronil dans le secteur avicole", mais la Belgique n'en a informé ses pays voisins, par un système d'alerte européen, que le 20 juillet. L'agence explique cette discrétion par le fait qu'elle était tenue de respecter le "secret de l'instruction". Face aux critiques, notamment des autorités allemandes, le ministre belge de l'Agriculture Denis Ducarme a commandé un "rapport circonstancié" à l'Agence et promis de "faire la transparence la plus complète".

Y a-t-il un risque pour l'homme ?

"On a peu d'expérience sur l'homme" reprend Alain Picot, le président de l'Association Toxicologie Chimie, "sauf sur les travailleurs, ceux qui fabriquent ce produit (commercialisé par Bayer)". Et d'après le spécialiste, les études menées auprès des ouvriers qui fabriquent le fipronil ont montré "quelques signes de trouble de métabolisme, pas du tout aussi nets que chez les animaux, mais il y a quand même un doute".

Le fait de manger beaucoup d’œufs contaminé peut-il alors être dangereux pour la santé ? "Le risque n'est jamais nul, explique Alain Picot, mais il est ici vraisemblablement faible car les quantités de fipronil sont peu importantes". De toute façon, on n'a pas de recul là-dessus, en fait "on ne sait pas" résume le toxico-chimiste qui a, du coup, du mal à comprendre que les autorités françaises puissent se montrer si rassurantes.

Concernant un risque éventuel pour le consommateur, la porte-parole du ministère de l'Agriculture assure qu'"il y a plusieurs éléments à prendre en compte : tout d'abord, les données toxicologiques concernant le fipronil sont bien connues : c'est un produit qui ne présente pas de risque à l'état de trace. Ce qu'il faut que nous fassions maintenant, c'est conduire des analyses pour déterminer le niveau de contamination réelle des éventuels produits qui auraient été mis sur le marché, sachant que ces produits ont été transformés".

C'est un produit qui ne présente pas de risque à l'état de trace" - Fany Molin, porte-parole au ministère de l'Agriculture

En parallèle, le ministère de l'Agriculture a sollicité l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour qu'une évaluation scientifique soit conduite en urgence. "En fonction du résultat des analyses et de l'évaluation scientifique de l'Anses, on pourra estimer le risque éventuel pour le consommateur" ajoute Fany Molin.

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